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Récits de vie (1954-2008), Nadine Gordimer

Ecrit par Victoire NGuyen 13.12.12 dans La Une Livres, Afrique, Les Livres, Recensions, Biographie, Grasset

Récits de vies (1954-2008), traduit de l’Anglais (Afrique du Sud) Philippe Delamare, 2012, 409 p. 21,50 €

Ecrivain(s): Nadine Gordimer Edition: Grasset

Récits de vie (1954-2008), Nadine Gordimer

 

 

L’histoire de mon Afrique du Sud

 

Lorsque le lecteur commence un texte de Nadine Gordimer, il ne peut que constater l’extraordinaire lucidité de sa pensée et de sa réflexion. Dans Récits de vies (1954-2008), elle expose aux yeux du monde une rétrospective de l’Afrique du Sud depuis le temps de l’Apartheid à la libération nationale et à son indépendance. L’écriture débute par la vie tranquille de la petite fille qu’elle était. Elle retrace l’histoire de sa famille et notamment de ses parents. La peinture qu’elle fait de sa mère est sans compromission, surlignant par ci ses qualités et par là ses préjugés raciaux. Le lecteur pourrait alors voir dans cette période l’âge d’or, le paradis aux mille couleurs.

Cependant, l’horizon s’assombrit très vite laissant la petite fille devenue adolescente seule avec ses désillusions. « C’est essentiellement la découverte d’un mensonge. Le grand mensonge sud-africain ». On suppose alors que le douloureux apprentissage de l’inégalité entre les Blancs et les Noirs la hisse à la connaissance. Comme Eve croquant la pomme, Nadine Gordimer ne voit pas dans cette découverte une culpabilité mais au contraire une libération. En effet, cette liberté nouvelle lui permet de tracer sa trajectoire, préparer l’offensive pour changer l’Histoire à son niveau (comme elle se plaît à le souligner) : « La découverte du mensonge s’accompagne d’une révélation : vous ne pouvez pas vous sentir coupable d’avoir été roulé. Dès que j’ai découvert que ma société cachait le fait que les Noirs étaient des personnes – pas des boys des mines, pas notre Lettie, mais des personnes –, j’avais la possibilité de devenir une Sud-Africaine telle que je la conçois. J’avais la responsabilité d’accepter ce que je savais désormais ».

Ainsi criant à demi-mot l’expression « responsable mais non coupable », Nadine Gordimer reconnaît qu’elle fait partie de la minorité blanche, mais elle se démarque de sa communauté par son combat contre l’apartheid qui est éthiquement et moralement condamnable. « (…) le racisme est le mal – une damnation de l’homme au sens de l’Ancien Testament – et, pour lutter contre lui, aucun compromis, aucun sacrifice ne devaient être trop grands ». Mais dans son livre qui se veut être une autobiographie, une « conversation confidentielle » avec le lecteur, elle aborde aussi les problèmes liés à l’Afrique par extension de la problématique sud-africaine. Les pages magnifiques de son voyage sur le fleuve du Congo en témoignent. Elle pénètre au cœur des ténèbres pour une introspection, pour en extirper la quintessence du mal afin de défaire un à un les stéréotypes.

Elle aborde aussi les conditions difficiles de l’Afrique du Sud au lendemain de l’indépendance et devant faire face à la nouvelle carte du monde (sida, explosion de la violence inter ethnique, la mondialisation et le chômage). Sa réflexion est empreinte d’humanisme sans jamais faire de concession. Elle se penche aussi sur la question de la littérature et la place de l’écrivain dans ce monde en transition. Influencée par la pensée de Georg Lukacs exprimée dans sa Théorie du roman, elle ne cesse de nous dire ceci : « (…) l’écrivain est un être chez qui la sensibilité se fond avec ce que Lukacs appelle la dualité de l’intériorité et du monde extérieur, et qu’on ne doit jamais lui demander de détruire cette union ». A méditer…

 

Victoire Nguyen

 


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A propos de l'écrivain

Nadine Gordimer

 

Nadine Gordimer est une écrivaine sud-africaine née à Springs en 1923. Issue d’une famille bourgeoise, elle a grandi dans l’environnement privilégié de la communauté anglophone blanche. Néanmoins elle a eu très tôt conscience de l’iniquité de traitement entre Noirs et Blancs et de l’apartheid. Ecrivaine engagée, elle a été très proche de l’ANC de Nelson Mandela. Ses romans comme L’Histoire de mon fils relatent ces années de luttes et de tensions dans son pays. Après la fin de l’Apartheid elle a su s’adapter à la nouvelle vie politique de son pays tout en l’étudiant en profondeur et sans langue de bois. Elle a été décorée de la Légion d’Honneur française en 2007. Elle est en outre Commandeur de l’Ordre Des Arts et des Lettres. En 1991, elle a reçu le prix Nobel de littérature.

 

A propos du rédacteur

Victoire NGuyen

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Un peu de moi…

Je suis née au Viêtnam en 1972 (le 08 Mars). Je suis arrivée en France en 1982.

Ma formation

J’ai obtenu un Doctorat es Lettres et Sciences Humaines en 2004. J’ai participé à des séminaires, colloques et conférences. J’ai déjà produit des articles et ai été de 1998 – 2002 responsable de recherche  en littérature vietnamienne dans mon université.

Mon parcours professionnel

Depuis 2001 : Je suis formatrice consultante en communication dans le secteur privé. Je suis aussi enseignante à l’IUT de Limoges. J’enseigne aussi à l’étranger.

J'ai une passion pour la littérature asiatique, celle de mon pays mais particulièrement celle du Japon d’avant guerre. Je suis très admirative du travail de Kawabata. J’ai eu l’occasion de le lire dans la traduction vietnamienne. Aujourd’hui je suis assez familière avec ses œuvres. J’ai déjà publié des chroniques sur une de ses œuvres Le maître ou le tournoi de go. J’ai aussi écrit une critique à l’endroit de sa correspondance (Correspondance 1945-1970) avec Mishima, auteur pour lequel j’ai aussi de la sympathie.