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Radieuse Une croisière en Adriatique, Claire Fourier (Article 2)

Ecrit par Thomas Besch-Kramer 07.07.16 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Editions de la Différence

Radieuse Une croisière en Adriatique, juin 2016, 223 pages, 17€

Ecrivain(s): Claire Fourier Edition: Editions de la Différence

Radieuse Une croisière en Adriatique, Claire Fourier (Article 2)

 

Un récit alerte et incisif où les pronoms personnels sujets disparaissent souvent au profit du rythme et de la prosodie ; une écriture « blonde et ronde » comme les boucles des cheveux de l’auteure, Claire Fourier – ondulations toutes maritimes qui rappellent sans cesse l’élément salin d’une croisière de luxe. Après l’escale décevante à Split, voici une île : Korčula. Claire Fourier se délecte – nous délecte poétiquement : « Une chaloupe fera le va-et-vient toutes les heures entre l’île et le bateau. On y monte comme dans un bus. La mer est de satin bleu, la chaloupe ondule. A peine un liseré d’écume : la proue soulève un duvet » (p.64).

Claire Fourier récite un grand rêve baltique désavoué mais transformé en moment antique où Eole et Dioclétien retiennent le souffle de l’histoire adriatique ; l’érudition historique de l’auteure nous permet d’apprécier la mélancolie de l’écrivaine intérieure : « Ecrire est mon lever d’ancre (…) je raconte la sensations que {les choses} me firent » (Stendhal, p.59).

Munie de carnets dans la poche de sa veste safari et de 36 crayons, Claire Fourier avance d’escales en petits déjeuners aristocratiques sur le bord, elle peint le roman biographique de Pierre et sa femme (elle-même) avec l’aide d’« un miroir porté le long du sillage » (d’après Flaubert).

Le propos elliptique : « M’effacer du paysage. Je vieillis. En ai le sentiment très vif » (p.34) inscrit l’efficacité narrative dans les questions existentielles propres à l’écrivain. Comparer ainsi une retraite passée en ermitage en Chartreuse à cette croisière contemporaine sur un yacht au « luxe international » n’est plus de mise ; se prévaloir d’une récompense littéraire non plus : l’auteure se questionne. Sait-elle profiter du bien-être du moment présent ? Oui, en écoutant le pianiste jouer « Yesterday »…

La quête du temps passé n’est donc pas étrangère au récit maritime : Claire Fourier remonte les flots d’une mer adriatique, berceau et creuset de nombreuses civilisations. Et secouée de nombreuses invasions ou occupations.

« Un peu lettrée, j’ai signé, je garde en main mon crayon » (p.35) montre le parallèle entre le bateau de Melville (le Péquod) et le « très grand yacht à la forme effilée » sur lequel s’est embarqué le couple Fourier. Paradoxe des temps et des lieux, repris par le paradoxe d’une écriture incisive entrecoupée de réflexions sur la place de l’homme.

Ce qui touche le marin-pilote que j’étais est la façon poétique et réaliste qu’a Claire Fourier de relater le réel du bord, avec les yeux d’un moussaillon « qui veut voir le monde » (encore Melville). Avec « des bribes de phrase », Claire Fourier sait narrer les paysages – qui toujours s’effacent – de la mer et de ses insulaires : « Ciel bleu, mer bleue (…) Un liseré blanc frétille à la proue du bateau qui file le long des îles. Glisse-t-il sur l’air ? sur la mer ? Sensation d’envol » (p.163).

 

Thomas Besch

 

Lire la critique de Pierre Perrin sur la même oeuvre

 


 


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A propos de l'écrivain

Claire Fourier

 

Claire Fourier, née à Ploudalmézeau au nord de Brest, Finistère, est un écrivain français.

 

A propos du rédacteur

Thomas Besch-Kramer

 

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Lauréat du Conseil International d'Etudes Francophones (Ottawa, 2005), je ne cesse d'interroger l'art, les sciences et les religions sur les questions du bien, du mal. J'ai fréquenté les cieux avec l'aviation et les langues avec l'enseignement.