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Quand on s’appelle Simone, Corinne Naa

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas 21.03.14 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, La Grande Ourse

Quand on s’appelle Simone, février 2014, 192 pages, 17 €

Ecrivain(s): Corinne Naa Edition: La Grande Ourse

Quand on s’appelle Simone, Corinne Naa

 

Toutes les familles possèdent leurs particularités, leurs habitudes, leurs loufoqueries et leurs secrets bien préservés. Pour Simone, la destinée semble s’être surpassée lorsqu’elle lui a offert en partage la famille Molière. Bien loin des planches et de la littérature, Simone grandit entre deux parents flics et une grand-mère singulière mais aimante, guérisseuse à ses heures.

Gino, le père, un géant roux collectionneur de couteaux et obsessionnel de la sécurité, a bien du mal à faire se côtoyer dans le même pavillon sa culturiste de femme Gisèle et sa forte tête de mère. Dans ce petit monde, les détails font tout et apportent une touche d’humour réussie au récit : les billets de banque mouillés de la grand-mère, les petits noms donnés aux objets par le père, l’odeur pestilentielle d’une maîtresse d’école peu portée sur l’hygiène corporelle… On s’attache aussi à cette petite qui avance comme elle peut dans la vie, pas douée pour grand-chose, sans réelle passion mais qui n’a pas sa langue dans sa poche.

« Bordel, c’est le terme approprié. Depuis gamine, j’erre dans une vie trop large pour moi. Mes parents me refilent la mauvaise taille. Mamie raccommode le tout. Maman est au commissariat, papa y est aussi. Je porte ce costume mal coupé, sans ourlet. Mes parents ne cousent pas, par contre ils rament ! ».

L’ambiance s’impose, le style direct, énergique également. L’intrigue bondit lors de la révélation de l’identité du père de Gino. Puis c’est le flottement, la réaction bornée et disproportionnée de la gamine qui passe de l’adolescence au monde adulte en un clin d’œil fardé. Un amour, deux amours, des larmes, un décès et la vie en solo. Là le récit se perd, se dilapide, on s’ennuie, on attend le rebondissement qui nous fera sortir de la torpeur. Mais il ne vient pas et on referme le livre en se disant qu’on a perdu Simone ou plutôt que l’auteur l’a perdue en cours de route… Puis on le reprend et on retrouve peu à peu la voix et le ton de notre anti-héroïne : Simone galère dans sa ferme, elle accumule les factures impayées, les rencontres miteuses et les pilules pour faire passer le tout. Alors, la veille de ses trente ans, elle vend son bien et revient chez ses parents. « Ma famille baigne dans le mensonge depuis des décennies tels des embryons dans du formol, pas étonnant que ma vie soit un flop. Pourtant, je me tourne vers elle ». Vient ensuite la valse du vide à Pôle Emploi, « l’usine à déprime », l’embauche à Tropa, un supermarché où elle fera ses preuves et où se jouera la tragédie finale de cette existence banale, née entre parenthèses, comme tant d’autres aujourd’hui.

Quand on s’appelle Simone est un roman de la violence ordinaire, celle qui envahit les foyers en galère et les travailleurs précaires, qui mine les cœurs solitaires et monte les gens les uns contre les autres. Derrière la drôlerie et la légèreté pointe une férocité d’autant plus atroce qu’elle est commune, massive et sans espoir. Corinne Naa réalise ici une œuvre surprenante et dérangeante, à qui il faut donner sa chance.

 

Myriam Bendhif-Syllas

 


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A propos de l'écrivain

Corinne Naa

 

Corinne Naa partage son temps entre une activité professionnelle au sein d’une collectivité locale et l’écriture. Quand on s’appelle Simone est son quatrième roman.

 

A propos du rédacteur

Myriam Bendhif-Syllas

 

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Rédactrice

Responsable de la section "littérature jeunesse"

Domaines de prédilection : littérature jeunesse, littérature francophone, documentaires.

Genres : récits, documentaires et albums jeunesse, BD, romans sur l'enfance et l'adolescence, la marginalité.

Maisons d'édition les plus fréquentes : Talents Hauts, Seuil Jeunesse, Sarbacane, Gulfstream, La Boîte à Bulles... Seuil.