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Plupk, Olivier Douzou, Natali Fortier

Ecrit par Laetitia Steinbach 24.04.12 dans La Une Livres, Recensions, Les Livres, Jeunesse, Le Rouergue

Plupk, mars 2012, 40 p. 15 €

Ecrivain(s): Olivier Douzou et Natali Fortier Edition: Le Rouergue

Plupk, Olivier Douzou, Natali Fortier

 

« Plupk aime bien l’histoire de ce petit enfant perdu dans les bois qui retrouve sa maison en suivant les cailloux qu’il a semés ».

– Oh la la, ce qu’il est malin ce petit !

Plupk referme son livre. Soudain, il a peur.

– Et si mes parents décidaient de me perdre dans la forêt ? Et pourquoi vivons-nous dans une maison perdue au milieu de la forêt ? Mes parents sont-ils pauvres ? »

Logiquement donc, Plupk prend sa besace et sort ramasser des cailloux, juste au cas où ses parents auraient eux aussi de drôles d’idées…

Plupk comme tous les enfants aime les histoires, surtout celles qui font peur. Et Plupk aime se raconter des histoires, qui invariablement confondent réalité et imaginaire, et l’entraînent dans les territoires enténébrés des forêts légendaires.

A cours de sa promenade, Plupk ramasse ses cailloux, des cailloux petits, blancs et ronds qui soudainement s’animent, se personnifient et prennent la parole, sibylles inattendues de la quête du garçonnet : « Nous avons une bouche pour murmurer, mais nous nous parlons à nous-mêmes, car personne n’a à l’esprit que nous pouvons parler ». Enivré par son audace, persuadé d’être invulnérable, Plupk, à l’instar de nombre de héros de contes, décide de s’enfoncer plus avant dans des bois peuplés des créatures de papier de l’illustratrice Natali Fortier. Inspirées de l’imagerie populaire ou des rêves fantasmagoriques des siècles passés, elles hantent la page en un onirique sabbat. Les arbres semblent animés d’une vie propre, figures hybrides, mi animales, mi végétales, penchées sans bienveillance sur le destin de Plupk. On croise aussi d’inquiétants collages à la Max Ernst qui traversent l’album, encerclent l’enfant et le perdent dans les méandres d’une rêverie de plus en plus sombre.

« Dans sa course avec le caillou, Plupk commence à se fatiguer. Il s’arrête et pleure un peu, il est encore plus perdu. (…) Mais dans cette forêt personne ne lui demande où il est. Même pas l’ogre ».

Même son environnement familier et immédiat devient oppressant : sa maison se voit transformée en isba : des pattes lui poussent à la façon de celle de Baba Yaga. Quelle étrange ronde ! Un curieux chat noir à la Edgar Poe le fixe de ses yeux immenses, des ours l’entourent en dansant, tout droit sortis de la taïga russe ; les couleurs s’estompent, s’assombrissent : tout est noir, la lune grimace.

Plupk tremble, a froid. Il s’interroge : que vont devenir ses parents sans lui ? Et si l’ogre existait ? Va-t-il pouvoir retrouver la lumière rassurante de son chez lui ? Les bras et le sourire chauds de sa maman ?

Ce conte à l’envers, officiellement inspiré d’une tradition fictive d’un pays non moins inexistant, la Rhutéanie, entraîne toute la famille dans les espaces sans fin de l’imagination enfantine. Là où celui qui pose trop de questions n’obtiendra pas de réponses, là où le fait d’ouvrir les yeux nous emporte encore plus loin dans l’absurde. Là où il vaut mieux continuer à rêver : « Sois heureux, murmure le caillou, nous sommes là où tu voulais être ».

 

A partir de 6 ans.

 

Laetitia Steinbach


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A propos de l'écrivain

Olivier Douzou et Natali Fortier

Olivier Douzou est né le 27 novembre 1963 à Rodez. Architecte de formation, il a été fondateur et directeur de la collection Jeunesse des éditions du Rouergue jusqu’en 2001. Il est graphiste, auteur-illustrateur et a obtenu de nombreux prix pour une œuvre pléthorique et résolument moderne allant parfois jusqu’à l’abstrait.

Illustratrice et plasticienne franco-canadienne, Natali Fortier est une créatrice plurielle à l’imaginaire effréné, aimant explorer de nouveaux territoires. Des livres aux personnages en volume, des sculptures aux jeux, des expositions aux livres ou livres en terre : rien n’arrête son envie d’inventer et de se renouveler. Elle est l’illustratrice d’une trentaine de titres dont quatre au Rouergue (Merci, Va-t’en, Les doigts niais).


A propos du rédacteur

Laetitia Steinbach

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Rédactrice

 

Laetitia Steinbach est professeur de lettres modernes dans le secondaire. Elle s’intéresse particulièrement aux albums et romans graphiques et à la littérature de jeunesse contemporaine. Elle travaille actuellement à la rédaction d’une thèse portant sur l’homosexualité dans le roman pour adolescents et l’édition jeunesse.