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Petits riens pour jours absolus, Guy Goffette

21.06.16 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Gallimard

Petits riens pour jours absolus, février 2016 (poèmes), 120 pages, 14 €

Ecrivain(s): Guy Goffette Edition: Gallimard

Petits riens pour jours absolus, Guy Goffette

 

Sans compter trois titres pour la jeunesse, ni une vingtaine de livres d’artiste, avec ce vingt-cinquième volume chez Gallimard, Petits riens pour jours absolus, Guy Goffette place son beau fagot de poèmes sous le signe de Verlaine et de Robert Walser. Ce dernier, placé en exergue – les derniers seront les premiers –, invite à « nous contenter de nous aussi longtemps que ça va ». Quant à Verlaine, à qui Goffette a déjà consacré deux volumes [en Folio], c’est la simplicité même du génie. La grande poésie sait d’un rien tisser un miracle. Elle est à son aise ici. Si le poème de Guy Goffette en général tient dans une page, il peut aussi prendre de quatre vers à six feuillets. Il peut tenir dans les doigts d’une main. Il peut aussi, en une longue phrase, accumulant des distiques en versets, raconter toute « une histoire » qui se dépose longtemps dans la mémoire. Le poète enfin ne renonce à rien de ce qu’il aime à raison, ni la ballade, ni même la « chanson de la vie qui passe » et il multiplie ses dilectures, sa façon toute personnelle de rendre la vie à des prédécesseurs, Borges, Max Jacob, Jean Follain, Paul de Roux, Jean-Claude Pirotte, où il excelle.

Le titre dit assez le mouvement et, par-là même, définit celui de la poésie tout entière. Les titres sont d’une simplicité sans pareille. Ici on parle de la vie. L’abstraction ni la vantardise n’ont cours, encore moins la grandiloquence et le galimatias. Voici quelques-uns de ses titres : Couvée pascaleDevant la merRimbe encoreMater dolorosaLettre à mon pèreFin de campagne… Ce que Guy Goffette écrit de Max Jacob ne vaut-il pas pour lui : « Il n’a pas son pareil pour mettre sa vie et sa mort en images […] la déchirure de sa vie est dedans cachée sous un double fond », surtout lorsqu’il conclut : « Il faut mourir à soi pour entrer vivant dans la poésie ». En renouvelant notre vision de la brièveté de la vie : « C’est à peine si l’on voit filer / la mèche déjà la flamme est morte », il ne tait rien des merveilles de l’enfance, sauf à préciser que « là où l’enfant peut entrer de plain-pied / un mur se dresse que le temps a bâti ». Quant au mouvement, son vers chante, tantôt flûte de cristal, tantôt chope à ras bord. Jamais Guy Goffette ne se laisserait aller à cette sorte de prose découpée à la hache, hachée si menu qu’on dirait une poignée de clous jetés sur la page, et qui rouillent aux devantures des libraires !

Il peut frôler, à un vers près, le haïku, mais pour cela : « Mon amour / assigne-moi à résidence / dans la fraîcheur du linge / que tu portes ». D’autres fois, entre les larmes et les alarmes, il peut nous inviter à croiser la cycliste « aux seins étonnés », voire les « jupons métallifères » de la tour Eiffel, pour mieux « réveiller cette lumière à voix basse sur ton visage », sans oublier « ce sourire qui délivre du poids du jour et de la mort un instant ». En bref, c’est le monde qui est revisité, et ce monde, essentiellement intérieur, ne cède rien à l’autre qui multiplie « les dieux du profit que rien n’arrête », pas même les charniers. Tout cela, façon Goffette qui n’a pas son pareil pour distiller les plus limpides paradoxes de l’enchantement : « quand partir n’était encore / qu’une autre façon de rester // comme l’eau dans la rivière, les mots dans le poème / et moi, toujours en partance // entre l’encre et les étoiles, à rebrousser sans fin / le chemin de tes larmes ». Voilà donc un beau recueil, tel un manège de poésie qui entrouvre un grand nombre de portes vers le mystère de la clarté : « Ne te retourne pas / l’air est chargé du sel de nos vaines douleurs, va / dans le vent qui passe et laisse mourir les morts ».

Ce beau recueil des Petits riens pour jours absolus nous confirme que Guy Goffette est un grand poète et que le lire garantit un bonheur presque aussi grand que le ciel.

 

Pierre Perrin

 


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A propos de l'écrivain

Guy Goffette

 

Guy Goffette est un poète et écrivain belge né le 18 avril 1947 à Jamoigne (Gaume). Il a été tour à tour enseignant, libraire, éditeur des cahiers de poésie Triangle et de L’Apprentypographe. Il a parcouru nombre de pays d’Europe avant de poser ses valises à Paris où il vit actuellement. Il travaille chez Gallimard, où sont édités la plupart de ses ouvrages. Poète avant tout, même lorsqu’il écrit en prose, il a publié une quinzaine de livres et a obtenu en 2001 le Grand Prix de Poésie de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre, puis le Goncourt de la poésie en 2010. Entre autres travaux de préfaces, il est l’auteur de l’introduction aux œuvres complètes du poète Lucien Becker, à la Table ronde.