Identification

Petit traité d’équitation éthologique (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola 12.12.19 dans La Une CED, Ecriture, Création poétique

Petit traité d’équitation éthologique (par Matthieu Gosztola)

 

l’instant est cheval / cheval que nous pourrions

en-lâchant-prise

construire (pas autrement) / en étant

de toute notre pluralité / à son écoute

ainsi que nous l’enseigne / l’équitation

éthologique / construire comme

maisons

*

* *

nous construirons des maisons / nous

construirons des maisons / comme

des corps / les maisons seront

nos corps

*

* *

il y aura le dehors

il y aura le dedans / le dedans

du corps / sera l’exact prolongement

de l’intérieur des maisons / on

se sentira à l’abri

loin de la cohue / loin

du tumulte / loin de l’incessant ballet du visible

sur lequel on n’a que très peu de prise / ou pas

de prise du tout

*

* *

on sera dans un univers

que l’on pourra maîtriser / on saura

à quoi s’attendre / on sera dans le contrôle / on sera

loin du danger

que représente le dehors / du danger

que représente l’imprévisible

avec lequel le dehors se confond

ontologiquement / on sera

dans le prévisible / on aura choisi

chaque aspect de l’intérieur

*

* *

on sera dans l’intérieur

de nos maisons

comme on sera dans l’intérieur

de nos corps / à ceci près

que l’on ne choisit pas

l’intérieur de nos corps / on vivra

l’intérieur de nos corps / un

intérieur que l’on aura choisi

et qui se tiendra à l’abri

du déplacement aigu

douloureux

en dehors de nous-mêmes […] / à l’abri

du délabrement vécu

fantasmé

visible ou invisible

auquel nous contraint la maladie

*

* *

mais on se fatiguera vite

d’avoir tout prévu

d’être à ce point

dans le cocon des choses / on voudra

que le cocon

s’agrandisse à un imprévisible

qui ne soit pas douloureux / qui ne soit pas

cahots brusques

de l’existence / d’une existence

qu’on n’aurait pas choisie

*

* *

alors

dedans l’intérieur

de

nos

mais

on

s / on construira des chambres

*

* *

des chambres avec des portes / on fera

les chambres

pour faire apparaître l’audace

la pudeur / on fera

les chambres

car la chambre appelle

celui qui est appelé

celle / on fera

une porte

pour que la chambre

ne soit pas toujours / ce qui est

*

* *

il ne faudra pas ouvrir la porte

pour être dans la chambre / il faudra

secourir l’audace

la pudeur

*

* *

on sera plusieurs

dans l’intérieur des murs / de la maison

qui est l’intérieur / de nos

corps / on sera plusieurs / et alors

commencera

l’aventure (cette pudeur)

*

* *

on pourra vivre

l’intérieur / sans un regard vers

l’extérieur / on pourra être

dans l’intimité

du dé

voilement / dans l’intimité

de ce qui se rejoint / & se découvre

lié

relié / on sera alors

en proie à la chute

au-dedans de soi / d’un être qui tombe

en soi-même / et se rattrape

au-dedans de lui-même / dans les bras de l’autre

*

* *

de l’autre qu’il a

en soi / & qu’il peut

en même temps / voir dans la chambre

à un souffle de lui / de l’autre qui reste là

et que la chambre

n’emprisonne pas / n’empoisonne pas

avec son réel limité / […] n’empoisonne pas

son i.n.f.i.n.i / l’i.n.f.i.n.i avec lequel

il se confond

au point que l’i.n.f.i.n.i

puisse le résumer

sans mensonge

sans une faute qui soit

ce qui masque

*

* *

de l’autre que la chambre

rend libre / d’une liberté inouïe

qui ne peut que / se dé

couvrir / entre des murs

entre des bras / dans une immobilité presque

qui est celle / toute parcourue des frémissements

de feuille tremblant-tremblant (voyez, l’arbre) de l’étreinte

*

* *

liberté de ce qui semble

emprisonné dans un

cœur dans un

regard / liberté inouïe

de ce qui ne peut

être libre / qu’ainsi contraint

emprisonné

ravi à soi-même / pour mieux être rendu

à l’immensité

contenue en soi / au grand souffle

d’air de l’i.n.f.i.n.i

qui envoie tout valser

sur son passage / & qui ne laisse vifs

que les petits pas

de l’audace

(la pudeur)

*

* *

la chambre devient

le lieu fermé

qui permet

aux corps / de s’envoler

d’être / dans une absolue

liberté / au sein de laquelle

le temps n’a plus

aucune prise / au sein de laquelle

le temps est l’inopportun / se découvre

se sait tel / en prend acte

et s’en

vole

*

* *

liberté de ce qui

n’en finit pas de tour

noyer / & se découvre rétif

aux lois de la pesanteur / se découvre rétif

aux lois de la douleur / aux lois de ce qui n’est pas

pur et intense / acquiescement

*

* *

liberté de ce qui se suffit

à soi-même / faisant corps

avec l’instant

comme s’il n’existait

rien d’autre que lui / et il n’existe

rien d’autre

que lui

*

* *

on construira des maisons

pour que l’audace

la pudeur

puissent être

protégées du dehors

pour qu’elles puissent être / loin de ce qui

casse / pour qu’il y ait des chambres

où l’on puisse / les re

trouver

*

* *

on construira des maisons

pour dire notre amour / au frêle de l’être

au frêle éphémère / qui rend

par comparaison / toute architecture d’acier

plus fragile encore / eu égard à la force extrême

de ce frêle / qui contraint

toutes les certitudes / à mourir

 

Matthieu Gosztola

 

  • Vu : 759

Réseaux Sociaux

A propos du rédacteur

Matthieu Gosztola

Lire tous les textes et articles de Matthieu Gosztola

 

Rédacteur

Membre du comité de rédaction

 

Docteur en littérature française, Matthieu Gosztola a obtenu en 2007 le Prix des découvreurs. Une vingtaine d’ouvrages parus, parmi lesquels Débris de tuer, Rwanda, 1994 (Atelier de l’agneau), Recueil des caresses échangées entre Camille Claudel et Auguste Rodin (Éditions de l’Atlantique), Matière à respirer (Création et Recherche). Ces ouvrages sont des recueils de poèmes, des ensembles d’aphorismes, des proses, des essais. Par ailleurs, il a publié des articles et critiques dans les revues et sites Internet suivants : Acta fabula, CCP (Cahier Critique de Poésie), Europe, Histoires Littéraires, L’Étoile-Absinthe, La Cause littéraire, La Licorne, La Main millénaire, La Vie littéraire, Les Nouveaux Cahiers de la Comédie-Française, Poezibao, Recours au poème, remue.net, Terre à Ciel, Tutti magazine.

Pianiste de formation, photographe de l’infime, universitaire, spécialiste de la fin-de-siècle, il participe à des colloques internationaux et donne des lectures de poèmes en France et à l’étranger.

Site Internet : http://www.matthieugosztola.com