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Petit piment, Alain Mabanckou

Ecrit par Victoire NGuyen 17.10.15 dans La Une Livres, Afrique, La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, Roman, Seuil

Petit piment, aout 2015, 274 pages, 18,50 €

Ecrivain(s): Alain Mabanckou Edition: Seuil

Petit piment, Alain Mabanckou

 

Itinéraire d’un enfant perdu dans la République du Congo

Le dernier roman d’Alain Mabanckou se construit selon une structure narrative originale. Dans les premiers chapitres, le lecteur fait la connaissance de Moïse, un enfant orphelin qui est placé dans une institution éducative de Loango dirigée par Dieudonné Ngoulmoumako, homme aussi violent que corrompu. L’enfant grandit entre les leçons, les bêtises d’écoliers et les coups des surveillants. Cependant, l’atmosphère est empreinte d’insouciance et d’innocence. Les enfants, et Moïse en particulier, attendent avec impatience, chaque semaine,  l’arrivée de Papa Moupelo, le prêtre de l’orphelinat de Loango.

« Chaque week-end nous attendions son arrivée avec impatience et l’applaudissions dès que nous apercevons sa vieille 4L dont le moteur, disions-nous, souffrait de tuberculose chronique ».

L’enfance du jeune garçon a été façonnée par les rires et la douceur de cet homme. Il lui permet de supporter les brimades de l’orphelinat et le mépris qu’on voue aux enfants sans parents.

« Papa Moupelo symbolisait la tolérance, l’absolution et la rédemption tandis de Dieudonné Ngoulmoumako incarnait la fourberie et le mépris. L’affection que nous manifestions pour notre prêtre venait du fond de notre cœur et la seule récompense que nous espérions en retour était son doux regard qui nous redonnait du courage là où la mine renfrognée du directeur nous ramenait à notre condition d’enfants qui n’avaient pas eu la chance d’emprunter le chemin normal de l’existence. Les regards qui se posaient sur nous ne mentaient pas : aux yeux des Ponténégrins, “orphelinat” rimait avec prison, et on n’entrait dans une prison que parce qu’on avait commis un délit grave, voire un crime… ».

Cependant, ce bonheur est de courte durée. Le changement politique du pays et la corruption grandissante du directeur finissent par chasser Moïse de ce semblant d’Eden dans lequel il se sentait à l’abri les premières années de son enfance. Viennent ensuite les premières tribulations à Pointe-Noire, les larcins et l’amère expérience d’un enfant de rue. Le destin va conduire Moïse, devenu Petit Piment, à côtoyer Maman Fiat 500, une maquerelle au cœur généreux. Elle lui offrira un toit et un travail. Petit Piment aura un temps de répit avant la chute finale…

Petit Piment relate l’histoire d’un enfant qui a perdu trop tôt l’innocence des premiers âges. Confronté à la vie, ses ailes se briseront. Alain Mabanckou ne veut pas pour autant assombrir son intrigue dans le tragique. En effet, l’humour des situations parfois cocasses et la tonalité de l’histoire racontée par Petit Piment lui-même à l’âge adulte confèrent au récit une dimension picaresque. Petit Piment est le fruit d’une union entre Jacques, le fataliste de Diderot et Allah n’est pas obligé d’Ahmadou Kourouma. Malgré la violence et la folie des êtres pris dans l’engrenage de l’Histoire, Petit Piment est une célébration de la vie. Petit Piment choisit son vocabulaire et ses phrases pour raconter son histoire et celle du Congo à sa façon et avec simplicité. Il tente de comprendre sa vie et sa violence à l’aune de sa compréhension du monde qui l’entoure.

Avec Petit Piment, Alain Mabanckou réalise une prouesse. Il parvient à restituer les années sombres de la République du Congo secouée par les changements politiques. Cependant, il met aussi en exergue les anciens royaumes qui ont régi le pays tel que le très vieux royaume de Loango fréquemment cité dans le roman.

Encore une fois, Alain Mabanckou nous offre un vrai plaisir littéraire en nous faisant voyager sur les terres de ses ancêtres. Sans nous conter des fables, il nous montre aussi la réalité de son pays dans l’inégal partage des richesses grâce aux voyages du Petit Piment qui parcourt toutes les strates de la société de Pointe-Noire.

 

Victoire Nguyen

 


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A propos de l'écrivain

Alain Mabanckou


Alain Mabanckou, romancier, poète, est né au Congo-Brazzaville en 1966. Après avoir vécu en France pendant une quinzaine d’années, il réside maintenant aux Etats-Unis où il fut d’abord invité comme écrivain en résidence en 2002. Il est professeur de Creative Writing et de littérature francophone à l’université du Michigan-Ann Arbor. Il est l’auteur de cinq romans, de plusieurs recueils de poèmes, ainsi que de nouvelles. Il a reçu en 1995 le prix de la Société des Poètes Français et en 1998 le Grand Prix littéraire de l’Afrique noire. Verre Cassé, roman paru au Seuil en janvier 2005, a été finaliste du prix Renaudot 2005, et a été récompensé par trois distinctions : Le Prix du roman Ouest-France-Etonnants-Voyageurs 2005 ; Le Prix des Cinq Continents de la Francophonie 2005 ; Le Prix RFO du livre 2005. Mémoires de porc-épic, paru au Seuil en 2006, a reçu le Prix Renaudot 2006 (Source : Editions du Seuil).



A propos du rédacteur

Victoire NGuyen

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Un peu de moi…

Je suis née au Viêtnam en 1972 (le 08 Mars). Je suis arrivée en France en 1982.

Ma formation

J’ai obtenu un Doctorat es Lettres et Sciences Humaines en 2004. J’ai participé à des séminaires, colloques et conférences. J’ai déjà produit des articles et ai été de 1998 – 2002 responsable de recherche  en littérature vietnamienne dans mon université.

Mon parcours professionnel

Depuis 2001 : Je suis formatrice consultante en communication dans le secteur privé. Je suis aussi enseignante à l’IUT de Limoges. J’enseigne aussi à l’étranger.

J'ai une passion pour la littérature asiatique, celle de mon pays mais particulièrement celle du Japon d’avant guerre. Je suis très admirative du travail de Kawabata. J’ai eu l’occasion de le lire dans la traduction vietnamienne. Aujourd’hui je suis assez familière avec ses œuvres. J’ai déjà publié des chroniques sur une de ses œuvres Le maître ou le tournoi de go. J’ai aussi écrit une critique à l’endroit de sa correspondance (Correspondance 1945-1970) avec Mishima, auteur pour lequel j’ai aussi de la sympathie.