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Partition, Louise Ramier (par Ahmed Slama)

Ecrit par Ahmed Slama 08.07.19 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie, Editions Louise Bottu

Partition, Louise Ramier, mars 2019, 130 pages, 14 €

Edition: Editions Louise Bottu

Partition, Louise Ramier (par Ahmed Slama)

 

Partition de Louise Ramier fait partie de ces textes que nous ne traversons pas mais qui nous traversent eux, opérant en nous, lecteurs, de ces sensations singulières, perdition des plus salutaires. Et tranche, ce Partition, avec ces temps littéraires où tout nous est, à nous lecteurs, mâché, prémâché, tout étant fait pour l’on soit, tous et toutes, confortablement installés dans nos pantoufles narratives.

Alors pas d’histoire ici, l’histoire telle que l’on se la figure. On le sait, Louise Ramier l’affirme, « le roman n’est qu’une blague délayée ». Loin de s’attacher à une narration quelconque, à une histoire prétexte, Partition déroule simplement « des mots de tous les jours éparpillés », disséqués, des mots encrassés – pour reprendre Mallarmé – « rien n’était clair, les mots eux-mêmes ». Mais il y a surtout cette composition des étonnantes, dans Partition, faites de ces portée 1 et portée 2 et qu’entrecoupent une succession d’intermezzos. Et c’est dans et par cette composition toute musicale que s’instaure ce que j’appellerai la ritournelle de la cuvette.

L’entonnoir langagier

On tourne, on tourne alors avec Louise Ramier autour de cette cuvette, de variation en variation, car ici comme dans toute ritournelle ce ne sont pas tant les thèmes ou les histoires qui comptent mais la manière ou les manières dont on les appréhende, dont on les prend et reprend de partition à partition. Et dans ces variations même, l’on se trouve invariablement plongé la tête dans la cuvette, cette cuvette où l’on découvre, tout au fond, cet œil aqueux et qui nous aspire.

Ainsi, au fil de l’écriture, l’on se rend compte que ce Partition est de ces entonnoirs langagiers, on tourne les pages, et autour de cette cuvette on sombre dans l’œil de ces toilettes et par la langue singulière qui avance par cette série de juxtapositions et que décalent les variations successives car les meilleurs histoires « finissent par lasser alors varier, varier parce que les goûts et les couleurs, et puis les souvenirs, ils sont à la réalité ce que le beurre est à la vache ».

Perdition ludique :

… et l’on se perd – c’est le jeu – et l’on joue – c’est l’errance – et l’on erre dans les ramures scripturales de Louise Ramier, de ces toilettes espace hétérotopique, rien n’est histoire tout est prétexte ; la cuvette à l’introspection. « Connais-toi toi-même n’est pas une invite à l’introspection mais à l’évaluation de soi comme élément parmi d’autres éléments d’autres éléments d’autres éléments » ; le lapin, ce lapin qui traverse les 126 pages, à la fois surnom et « histoire » racontée « quand les mots franchissent mon oreille, c’est difficile mais je ne dis rien, je ne vois pas trop de qui elle raconte l’histoire, en même temps je vois trop bien, elle mélange, du coup je mélange aussi, je me mélange ». Et l’on tourne, on tourne autour de ces mélanges et des mots qui les enveloppent, sans s’arrêter, une toupie qui creuserait, tout au long de ces 126 pages d’une écriture non pas épaisse et chargée, mais vaporeuse et diaphane, un écran de fumée qui nous traverse, que nous traversons avec délice.

 

Ahmed Slama


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A propos du rédacteur

Ahmed Slama

 

Ahmed Slama,

Agenceur de mots littéraire : finaliste du Prix du Jeune Ecrivain Français 2015 et 2016, lauréat du prix de la revue Rue Saint-Ambroise, retrouvez son feuilleton Topologie des Clopes. Agenceur de mots journalistique au BondyBlog. Il se propose, chaque semaine, de cartographier le réseau littéraire numérique à travers sa chronique, LittéWeb, à retrouver dans La Cause Littéraire.