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Pages, mots, images, Quentin Blake

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas 10.03.15 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Gallimard Jeunesse, Jeunesse

Pages, mots, images, octobre 2014, traduit de l’anglais par Marie Ollier, 216 pages, 25 €

Ecrivain(s): Quentin Blake Edition: Gallimard Jeunesse

Pages, mots, images, Quentin Blake

 

Entrer dans l’univers de Quentin Blake c’est un peu comme de virevolter entre folie et poésie, dans un réel saugrenu où tout est juste à hauteur d’enfant et offrant « un miroir qui donne à voir, en les célébrant sous forme de dessins, tous ces petits moments de la vie qui font une grande part de son sel ; ces instants où l’on a plaisir à être, et qu’adultes et enfants peuvent savourer ensemble ».

Dans ce livre sur les livres, sur son métier, l’auteur-illustrateur raconte son parcours, dans une démarche de transmission à de jeunes artistes comme à ses lecteurs. Le ton est bonhomme, humble, souvent plein de malice, les conseils remarquables, l’œil et la plume amusés et prêts à tout moment à saisir sur le vif l’aspect drolatique des choses. On va de découverte en découverte, plongeant avec délices dans les anecdotes et récits, ainsi que dans les nombreuses illustrations proposées : esquisses, versions successives d’un même dessin, illustrations inédites ou rares. On retrouve Matilda, l’énorme Crocodile, Mister Fox, on batifole avec Tom et on court après des perroquets ou des gredins. On espère mettre la main sur des ouvrages épuisés ou non traduits, partir en excursion avec Mimi Artichaut ou éviter Mlle Casque-de-Fer. La bibliographie qui clôt l’ouvrage est tout simplement impressionnante…

Pages, mots, images est une occasion unique d’entrer, à son invite, dans l’atelier du maître et de l’écouter décrire ses méthodes, ses difficultés, ses trouvailles. On y découvre un tout jeune homme venu proposer ses premiers dessins à Punch, un artisan apprenant sur le tas auprès de professionnels expérimentés, un professeur du Royal Art College déjà peu académique, une adaptation de Notre-Dame-de-Paris, un artiste s’émerveillant de rencontre en rencontre des nouveautés qui s’offrent à lui, des défis techniques à relever et des joies soulevées par les projets si différents auxquels il se consacre. Il explicite avec précision les différents aspects de la relation qui lie auteur et illustrateur, les démarches auxquelles lui-même s’est confronté dans ses propres créations. Sans se départir à aucun moment de sa simplicité et de son humour bienveillant.

Le récit de quelques-uns de ses échanges avec Roald Dahl pour la création ou la modification d’un costume sont truculents : on comprend ce qui a amené une Mme Legourdin ou un Bon Gros Géant à leur apparence finale jusqu’au moindre chausson. Tout comme le passage consacré au service militaire où il fut chargé d’illustrer un livret faisant office de manuel d’instruction. On voudrait tout montrer ou tout transcrire tant ce moment passé en compagnie de Quentin Blake présente un concentré de talent, d’esprit et de joie. Joie et fierté de ces cinquante années à offrir aux enfants des livres incroyables, touchants, hilarants, fous et heureux.

Un grand livre qu’on aurait même voulu plus grand encore, pour découvrir un si grand monsieur de l’illustration.

« De temps à autre, on me demande pourquoi, à mon avis, les enfants aiment mes dessins ; question qui, selon moi, devrait s’adresser à ceux qui regardent mes dessins, et non à moi. Quoi qu’il en soit, je me dis qu’une des raisons plausibles serait que ces dessins sont comme quelque chose qui est en train de se produire. Il s’agit de séquences temporelles où un bras va représenter le geste autant que l’anatomie. C’est un petit théâtre. Si l’on regarde par exemple le quotidien de Martin : il n’y a pas de décor, juste quelques accessoires de théâtre. Nous avons la vie de Martin en actions : c’est une tornade parce que, comme la plupart des enfants, il est tout à la joie d’exister ».

 

Myriam Bendhif-Syllas

 


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A propos de l'écrivain

Quentin Blake

 

Quentin Blake publie son premier livre pour enfants, en tandem avec John Yeoman, en 1960. A partir de 1968, il donne vie aux personnages de Roald Dahl. Figure emblématique de l’illustration, il est devenu en 1999 le premier Ambassadeur du livre pour enfants. Il a également reçu le Prix Andersen, « prix Nobel » du livre jeunesse.

 

A propos du rédacteur

Myriam Bendhif-Syllas

 

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Rédactrice

Responsable de la section "littérature jeunesse"

Domaines de prédilection : littérature jeunesse, littérature francophone, documentaires.

Genres : récits, documentaires et albums jeunesse, BD, romans sur l'enfance et l'adolescence, la marginalité.

Maisons d'édition les plus fréquentes : Talents Hauts, Seuil Jeunesse, Sarbacane, Gulfstream, La Boîte à Bulles... Seuil.