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Origine, Dan Brown, par Belkacem Meghzouchène

Ecrit par Belkacem Meghzouchene le 09.07.18 dans La Une CED, Les Chroniques

Origine, Dan Brown, JC Lattès, 2017, trad. anglais Dominique Defert, Carole Delporte, 576 pages, 23 €

Origine, Dan Brown, par Belkacem Meghzouchène

 

 

Thriller maçonnique à l’affût de l’origine et du devenir de l’humanité

« D’où venons-nous ? Où allons-nous ? »

Deux questions fondamentales et existentielles dont se propose l’auteur américain à succès, Dan Brown (54 ans), de répondre dans son cinquième roman encrypté, Origine. Fidèle à sa plume dégoulinant de suspense, d’intrigues et de codes cryptés, Brown traîne le lecteur en Espagne. Pas si fortuit comme choix spatial, vu la riche histoire du pays ibérique en termes d’œuvres d’arts et de beauté architecturale. Les quatre précédents thrillers se sont déroulés principalement à Rome (Anges et démons), Paris (Da Vinci Code), Washington (Le symbole perdu), et Florence (Inferno).

Tout débute au monastère catalan de Montserrat, quand Edmond Kirsch, un futurologue et un féru de l’intelligence artificielle (IA), rend visite aux trois légats des trois principales religions monothéistes au monde. L’évêque espagnol Antonio Valdespino, le rabbin hongrois Yehuda Köves, et l’exégète musulman Syed al-Fadl des Emirats Arabes Unis. Kirsch leur annonce qu’il est sur le point d’annoncer au globe une découverte fracassante, à même de démolir les dogmes religieux qu’ils représentent. Les trois théologiens tentent de l’en dissuader. Vainement.

Le milliardaire Kirsch choisit un endroit atypique pour révéler au monde sa percée scientifique. Le musée d’art moderne Guggenheim, à Bilbao. Pour ce faire, il invite une centaine de personnes triées sur le volet, dont son ex-professeur de symbologie à Harvard, l’illustrissime Robert Langdon à la mémoire eidétique. Au musée, une intelligence artificielle de Kirsch, nommée Winston, accompagne ses convives via des oreillettes.

Kirsch commence sa présentation vidéo préenregistrée, et comme elle est diffusée en streaming, l’audience se compte par millions. Le globe retient son débit, à l’approche de l’annonce tant attendue. Langdon trouve son ex-étudiant pale et émacié.

Contre toute attente, et à la grande stupeur planétaire, Kirsch est assassiné par balles sur sa propre tribune. Mais qui a eu le cran d’y introduire une arme à feu au musée, bien que tous les invités aient été soumis au scanner de métaux ? Langdon n’en revenait pas. Les invités se bousculent aux portes de sortie dans un tohu-bohu indescriptible. Langdon se dessaisit de l’iPhone de Kirsch couleur turquoise, le déverrouille avec l’index du cadavre, puis file avec Ambra Vidal, directrice du musée, retrouver l’appartement de Kirsch à Barcelone, pour essayer de retrouver le mot de passe à 47 lettres, une ligne d’un poème anglais, dans l’espoir de reprendre le streaming de son ami décédé. Un taxi-barque (fleuve Nervión) les dépose au bord des buissons proches de l’aéroport basque, où le jet privé de Kirsch et son pilote les attendaient. Robert et Ambra y embarquent à la James Bond. Invraisemblable, quand le jet fonce sur la clôture aéroportuaire, permettant au couple Robert/Ambra de s’envoler, in extremis,vers Barcelone.

Le soir même, le rabbin Köves est tué à Budapest, et l’imam al-Fadl retrouvé mort de soif au désert de Sharjah. Les soupçons convergent vers l’évêque Valdespino, suspecté de vouloir étouffer le secret de Kirsch. La théorie de la conspiration y est entretenue dans le roman. Le Palais Royal madrilène en serait impliqué de près. Car le tueur Luis Ávila aurait été ajouté à liste des invités par la gérante Ambra Vidal, suite à un appel mystérieux émanant du Palais Royal.

Luis Ávila est un ex-amiral alcoolique tombé en disgrâce, ayant perdu cinq ans plus tôt sa petite famille lors d’un attentat terroriste à la bombe dans l’enceinte d’une église à Séville. La déprime le pousse à tenter le suicide par balles ; il y échoue et atterrit dans un hôpital. Ávila, un franquiste avéré, comme l’en atteste le tatouage sur sa paume. Aussi, il est un adepte de la secte extrémiste palmarienne, aux antipodes de la tolérance prônée par la papauté de Rome, qui le récupère et l’endoctrine. La vengeance l’aveugle, et se voit assigné à une mission délicate : zigouiller Kirsch l’athée. L’ordre et l’argent il les reçoit par Internet. De la part d’un énigmatique Régent.

Une fois dans l’appartement de Kirsch à Barcelone, Langdon bute sur une forêt de livres et d’encyclopédies qui ne contiennent pas ce que cherche le symbologiste américain. Toutefois, le hasard lui fait découvrir une carte de visite de l’Église Sagrada Familia, pas loin du stade Camp Nou. Kirsch y avait entreposé le recueil de poèmes de William Blake, ouvert sur la page 163 ! Le prof de Harvard s’en réjouit. Par miracle divin, un hélicoptère, venu de nulle part, transporte Langdon et Vidal vers ladite église. Enfin, il met la main sur le poème à quarante-sept lettres : the dark religions are departed et sweet science reigns.

Langdon entre le bon mot de passe dans un vieil ordinateur, et déclenche la reprise de la présentation de feu Kirsch (pas encore enterré, au passage !). L’audience internaute à trois heures du matin se chiffre à 227 millions ! On voit Kirsch tenir un flacon de Miller-Urey, résumant la soupe primordiale (expérience de 1953, qui essaya de mimer les toutes premières conditions de la vie sur Terre). Par simulation accélérée, Kirsch tente de démontrer que la vie ne pouvait y naître du nulle part, étant donné que l’organisation des molécules aléatoirement est contraire à l’entropie (la deuxième loi de la thermodynamique qui stipule que les choses tendent plutôt vers le chaos, et non vers l’ordre). D’où le concept qu’il croit trouver : « Les lois de la physique régissent tout ! Pour dissiper l’énergie dans l’Univers ! ». Mais Brown ne nous a pas entièrement éclairé la lanterne. Qui a mis ces mêmes lois physiques pour en régir l’Univers ? Les créationnistes se moqueraient-ils de ce postulat si fragile ? Voilà bien une déception concernant la toute première question : « d’où venons-nous ? ».

Quant à la deuxième question posée par l’auteur, « où allons-nous ? », la déception est encore plus criarde. Car, Brown oblige Edmond Kirsch à divulguer à l’humanité que l’Homo sapiens serait absorbé par une espèce insidieuse, baptisée Technium, des êtres à l’intelligence artificielle exceptionnelle ! Le monde des technologies de pointe surclasserait, donc, notre espèce humaine ! Bien évidemment, toutes ces soi-disant percées, que Brown étale dans cette œuvre peu convaincante, ne sont que des supputations de simulations informatiques. Point de preuves tangibles, quantifiables, et vérifiables.

Originene pourrait plaire à la monarchie espagnole, tant que Brown s’est inventé un amour platonique entre l’évêque Valdespino et le roi mourant. Même le prince héritier, Julien, se voit entiché de la directrice du musée basque. En sus, Ambra Vidal annonce à son fiancé royal qu’elle est stérile, ce qui mettrait fin à la lignée des souverains espagnols ! Le prince héritier s’en fout éperdument, donc.

L’épilogue de ce thriller ? L’évêque Valdespino et le roi meurent la même nuit, pas loin de la Vallée de Franco ! Luis Ávila fait une chute mortelle à la Sagrada Familia en tentant d’occire Langdon et la séduisante Vidal. Langdon se tourne les pouces en Catalogne avec sa montre fétiche Mickey Mouse, digérant les bourrasques de la nuit d’enfer. Et la plus grande surprise émane de Winston, cette AI, qui n’est autre que le Régent lui-même, le commanditaire du meurtre, son propre concepteur (pauvre Ed !), pour écourter sa souffrance de cancer de pancréas, et quintupler par la sorte l’audience de l’imminente découverte ! Winston est aussi la source du site web à conspiration, qui faisait croire en l’implication du Palais de Madrid dans tout le tintamarre de Bilbao !

Il faut bien le reconnaître, que les adeptes du créationnisme se donneraient à cœur joie pour cette fiction amusante, signée Dan Brown. Dieu a, finalement, de beaux jours devant Lui !

 

Belkacem Meghzouchene

 


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A propos du rédacteur

Belkacem Meghzouchene

 

Belkacem Meghzouchene, romancier algérien né le 18 octobre 1979, à Ain El Hammam, Tizi Ouzou. Généticien de formation (USTHB, Alger), il est auteur de romans en anglais, en arabe et en tamazight. Il est récipiendaire de deux prix littéraires: Prix Ali Maâchi des Jeunes Créateurs (Algérie, 2011), et Prix Tahar Ouettar du Roman (Algérie, 2017). Il est marié, a une fille, et vit en Algérie qu'il chérit bien.