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Oeuvres complètes, Charles Baudelaire

Ecrit par Eddie Breuil 30.07.11 dans La Une Livres, Bouquins (Robert Laffont), Les Livres, Critiques, Classiques, Essais, Poésie

Œuvres complètes, Charles Baudelaire, 2011, 27 euros, 1024 p.

Ecrivain(s): Charles Baudelaire Edition: Bouquins (Robert Laffont)

Oeuvres complètes, Charles Baudelaire

Les éditions Bouquins ont proposé cette année une nouvelle édition des Œuvres complètes de Charles Baudelaire. Le défaut des « œuvres complètes » des écrivains classiques est qu’en tant que lecteur, l’on est souvent amené à considérer d’abord la qualité prêtée à l’auteur et à ses textes qu’à l’établissement du texte lui-même, alors qu’il convient surtout de se demander si la nouvelle édition propose une lecture intéressante de l’œuvre concernée ? Car la mention trop facilement apposée d’« œuvres complètes » est une construction commerciale qui a le défaut d’aider à ignorer cette question. Pour ne regarder que le contenu même de l’œuvre (et donc pas l’annotation) presque aucune édition d’« œuvres complètes » ne se ressemble et même aucune n’est jamais « complète » (car selon les contextes, on considère tel ou tel document de l’auteur comme faisant partie de son Œuvre : les actes notariés, la correspondance, les œuvres écrites en collaboration, les traductions sont parmi les premières victimes de ces purges). L’édition Bouquins n’échappe pas à la règle avec ses « Œuvres complètes » de Baudelaire : il convient cependant d’apprécier la particularité du choix réalisé (puisque choix il y a). L’avantage de cette édition par exemple est d’avoir accepté et explicité la majorité de ses choix (quand d’autres éditeurs préfèrent simplement passer sous silence les éléments non retenus).

Ne sont ainsi pas retenus :

– les traductions d’Edgar Poe. Exclusion peu dommageable puisque chez le même éditeur, sont reprises ces traductions. Mais aussi les traductions ou adaptations de Longfellow qualifiées de « laborieuses ». Il s’agit donc d’un jugement qualitatif mais qui est sans aucun doute bénéfique pour une édition grand public.

– deux pièces « mineures » d’œuvres écrites en collaboration, et pour lesquelles la participation de Baudelaire a sans doute été anecdotique. Ce choix est important car il évite ce que provoque généralement la publication d’œuvres complètes : de traiter sur le même plan, selon la même valeur, les différents éléments. Or, toute la production ne se vaut bien évidemment pas, et (outre pour le chercheur, pour lequel il est utile de connaître l’intégralité), l’édition grand public a davantage intérêt à proposer les œuvres les plus significatives.

– la correspondance. Cette absence est palliée – outre par un choix de lettres – par la reproduction de morceaux choisis dans l’annotation elle-même. Cette méthode permet de considérer la correspondance comme ce qu’elle est : un document éclairant l’œuvre, plutôt qu’une Œuvre créée par les éditeurs posthumes pour la gloire d’un grand homme.

A l’inverse, parmi les éléments qui ne sont pas toujours admis dans les « œuvres complètes », sont présentés ici des plans, ébauches, brouillons et notes diverses relatives à l’œuvre. Il ne s’agit pas d’inclure les plans pour rendre un culte aux divers brouillons, mais d’opérer une sélection qui permet d’éclairer les œuvres. L’éditeur a ainsi judicieusement intégré les notes relatives aux Fleurs du mal, intéressantes en rapport précisément aux modifications qu’a connues le recueil.

Quant à l’annotation, elle est agréablement exempte d’interprétations libres. L’éditeur se contente d’apporter les faits et ne souhaite pas gonfler le volume par une glose qui serait dépendante de son contexte d’écriture, voire périmée au bout de quelques années. Les explications sont donc des éclaircissements par des extraits de la biographie, des précisions bibliographiques ou encore des précisions lexicologiques. L’appareil critique est donc réduit, par souci d’efficacité et d’objectivité, à l’essentiel. L’édition n’a d’ailleurs pas été bâclée mais mûrie à l’aide des apports qu’a eu l’éditeur à travers l’échange avec des spécialistes de Baudelaire, comme Marcel Ruff, Jacques Crépet (auteur d’une édition critique majeure sur Les Fleurs du mal) ou Claude Pichois (auteur de plusieurs volumes pour la Bibliothèque de La Pléiade).

Plutôt que de proposer une nouvelle édition, Bouquins a donc eu raison d’offrir à nouveau au public la très satisfaisante édition procurée par Michel Jamet en 1980, même si le choix réalisé par l’éditeur peut immanquablement frustrer les chercheurs. L’édition est ainsi particulièrement satisfaisante surtout pour un grand public, en ce qu’elle éclaire et contextualise suffisamment les textes, et surtout en ce qu’elle créée une hiérarchie nécessaire entre les documents retenus, remettant à leur « place » des textes mineurs et insistant sur les majeurs. Michel Jamet a donc préféré produire une édition qui insiste sur l’œuvre plutôt que sur le mythe de l’auteur, et c’est probablement mieux ainsi.


Eddie Breuil


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Eddie Breuil soutient prochainement une thèse de doctorat sur le sujet « Histoire et théories de l’édition critique des textes modernes ».

Ses principales préoccupations critiques tournent autour d'Arthur Rimbaud, de Germain Nouveau, des avant-gardes du XXe siècle, de Lautréamont et des problèmes philologiques.