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Occupe-toi d’Amélie, Georges Feydeau

Ecrit par Cyrille Godefroy 03.09.18 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Folio (Gallimard), Théâtre

Occupe-toi d’Amélie, juin 2018, 576 pages, 4,85 €

Ecrivain(s): Georges Feydeau Edition: Folio (Gallimard)

Occupe-toi d’Amélie, Georges Feydeau

 

Appelé par ses obligations militaires, Étienne confie à son meilleur ami, Marcel, le soin de veiller sur sa fiancée durant son mois d’absence : « Occupe-toi d’Amélie ! ». Sur la base de cette instance dont l’ambiguïté ne tardera pas à se révéler scabreuse, s’enclenche une intrigue complexe émaillée de rencontres impromptues, de rebondissements, de quiproquos et de cocasseries en tous genres.

Rien n’est simple dans la vie. Malgré tout, lassée de tant d’amertume et de désespoir, la fée veillant sur nous avec une désinvolture de baudet daigne parfois nous gratifier d’un coup de pouce salutaire, l’insigne pichenette du destin : Marcel, noceur désargenté, a l’occasion d’hériter d’une fortune colossale à condition qu’il se marie. Il profite donc de l’aubaine « Amélie » pour faire croire à son parrain qu’il est sur le point d’épouser celle-ci. Autour de ce conjungo fictif gravite une nuée de personnages secondaires, notamment un Prince slave aussi prodigue que concupiscent, courant la prétentaine, butinant tout ce qui papillonne autour de son sceptre. Ses appétits débordants le conduisent naturellement à convoiter avec une assiduité juvénile la belle et gracile Amélie, laquelle, loin d’être effarouchée, se montre particulièrement réceptive aux promesses de cadeaux dont le Prince la couvre.

Cet imprévu princier parasite quelque peu les desseins aigrefins de Marcel d’autant plus qu’Étienne revient prématurément au bercail et apprend d’une bouche indiscrète qu’en son absence, Marcel, le meilleur ami dont tout le monde rêve, et sa promise Amélie auraient succombé à un commerce charnel. Dès lors, la belle mélodie menace de virer à la sérénade, voire, avec un peu de bonne volonté, au règlement de comptes.

Georges Feydeau (1862-1921) surnommé « l’horloger du théâtre » compose une mécanique ébouriffante et désopilante au sein de laquelle les invraisemblances s’enchaînent et s’imbriquent parfaitement dans le réalisme d’ensemble. Dans ce joyeux méli-mélo de classes sociales, les situations farfelues se succèdent, les impedimenta absurdes s’accumulent, avec en toile de fond un marivaudage exaltant. Dans ce maelström d’intérêts, de cachoteries, de turpitudes, ça finasse sec, ça carambouille à toute berzingue, ça grenouille et patricote à bride abattue. Dans cet exquis maquis d’audace et de malice, les réjouissances se dégradent illico en mécomptes, les succès s’abîment en déboires. Comme dans tout vaudeville virevoltant, l’arroseur finit arrosé, le trompeur trompé, et pire, le lecteur trempé de rire. Les confrontations des personnages cousus main, loin d’être des ectoplasmes, des marionnettes ou des caricatures, notamment la cocotte sémillante, le parrain naïf, le père entremetteur, le cocu revanchard, l’aristocrate libertin, la servante espiègle, le sbire rustaud, génèrent un feu d’artifice incessant et détonnant. Ne serait-ce que l’onomastique polissonne de certains protagonistes (Mouilletu, Mouchemolle, Van Putzeboum…) invite à l’ébaudissement. Malgré quelques lourdeurs et futilités, le lecteur est littéralement happé par l’avalanche d’inventivité, la succession de loufoqueries, le suspense imbrogliesque, les dialogues percutants et l’engrenage infernal et burlesque caractérisant cette pétillante pochade. Celle-ci fut représentée pour la première fois en 1908 et consacrait s’il en était encore besoin la virtuosité de Feydeau, vaudevilliste invétéré disciple d’Eugène Labiche et auteur entre autres de La Puce à l’oreille et Un fil à la patte.

 

Cyrille Godefroy

 


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A propos de l'écrivain

Georges Feydeau

 

Georges Feydeau, né à Paris 9e le 8 décembre 1862 et mort à Rueil-Malmaison le 5 juin 1921, est un auteur dramatique, peintre et collectionneur d'art français, connu pour ses nombreux vaudevilles.

 

A propos du rédacteur

Cyrille Godefroy

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Rédacteur

Ecrivain dilettante de 42 ans (pièces de théâtre, nouvelles, critiques littéraires). Fabricant d’étrange le jour, créateur d’irrationnel la nuit, semeur d’invraisemblance le reste du temps. Les mots de Beckett, Ionesco, Cioran, Tchékhov, Kundera, Bobin s’entrechoquent dans sa caboche amochée comme des cris en forme de points de suspension.

Ses publications : Tout est foutu, réjouissons-nous (L’Harmattan, 2015), Les vacances de Markus (Mon petit éditeur, 2014), Le jeu du désespoir (Edilivre, 2014), L’errance intérieure (La cause littéraire, 2014).