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Nouvelles vies, par Gil Yan

Ecrit par Gil Yan 06.12.17 dans La Une CED, Ecriture, Création poétique

Nouvelles vies, par Gil Yan

 

A l’ombre de ta peau, j’ai senti la lumière,

Et j’ai vu dans tes yeux

Les montagnes d’antan.

Elles ont offert des pierres

De la taille d’un galet,

Elles ont offert des contes,

Des légendes qui prennent vie.

Mes parents étaient nés,

Mes parents étaient bergers.

Au milieu des cascades et des tendres vallées,

Malgré les chocs qui bouleversent les vies,

Ils ont offert

Quelques dattes et du thé,

Une coupe de kéfir et leur timidité.

Ils ont rythmé le temps, tout comme ces mélodies

Qui bercent les enfants et les cœurs amoindris.

De la grande Algérie jusqu’en France,

Le destin,

Dame Nature a suivi et un peu de magie.

Pendant neufs mois,

Les galets près de moi

Discutaient sur le Monde,

Chaque jour un débat.

Par une matinée,

Je les ai accueillis,

Et je les ai guidés

Dans mon corps, le foyer.

Ils ont tracé des chemins

Dans le creux de mes reins,

Usé du feu sacré

Pour les galeries secrètes,

Dessiné les sillons

Dans les pieds et les mains,

Et même sous les cheveux,

Le cerveau bien garni

De multiples histoires des ancêtres nomades.

Puis ils ont dévalé,

Modelé la colonne,

Fabriqué les vertèbres,

Avec sang et charades.

Arrivés à la bouche, ils ont sculpté

Des canines de lionne,

Le palais des trésors,

Et la langue qui ronronne

Ces mots doux que l’on couche

Sur une femme et un homme,

Une fois que vibrent ces dons les plus précieux,

En tout cas à mes yeux, car ainsi je suis née :

Le bel instinct d’amour et la sensualité.

Et pendant des années, je me suis laissée faire,

Ce n’était pas facile, c’était souvent la guerre,

Quand un après-midi

Où je me promenais,

J’ai croisé ton regard,

Je me suis égarée, comme perdue dans le noir,

Tous les sens exaltés.

Le soir-même,

Au milieu des caresses,

Nous avons mélangé

Nos timides baisers,

Nos vies et nos envies,

Des t’es beau, des je t’aime.

Si bien qu’en plein hiver,

C’était pendant la nuit,

L’esprit était dompté,

Le corps avait suivi.

Quant à nos deux histoires,

Disparues par magie !

Le temps n’existait plus,

Il n’y avait que nous deux,

Comme c’était merveilleux !

J’ai puisé dans nos corps

De ces jus parfumés qui révèlent

Et les êtres

Et les mots,

Libres et éternels,

Et écrit dans notre âme

Ce tout nouveau poème,

Pétri dans le henné

Et dans l’huile de Haarlem :

Il était une fois la femme et l’homme,

Il était une fois l’amour de la vie,

L’amour est une fusion

Qui détruit les frontières.

 

Gil Yan, in Mélodies en sous-saule

 


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A propos du rédacteur

Gil Yan

 

Gil YAN, présentation

Je suis née en 1970 dans le Nord de la France, d’une mère Kabyle et d’un père Algérien. J’ai baigné dans le bouillon des cultures française, arabomusulmane, chinoise, japonaise, indienne et russe. Elles m’ont enrichie dans la compréhension du monde. J’ai fait de longues études de lettres modernes et médiévales, puis bifurqué vers les métiers de la documentation et de la bureautique. L’écriture a longtemps été incontournable parce que pour la première fois je pouvais plonger au cœur des émotions humaines, et par-dessus tout, avec une bonne louchée d’empathie. Après avoir coupé le lien avec l’écriture, j’y suis revenue 15 ans plus tard, comme un passage obligé, afin de me rencontrer et me découvrir, notamment à travers les autres. Ces rencontres ont été bouleversantes. Elles m’ont nourrie et appris à grandir de bien des façons, tout en révélant mon âme d’enfant. De ces personnes touchantes et uniques, j’ai cette phrase qui me revient souvent à l’esprit : « je sais sur vous ce que vous ignorez de beau, hé bien pourtant c’est vous qui m’avez tout appris. Merci ».