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Nécessité de lire la poésie contemporaine ... (4/5)

Ecrit par Matthieu Gosztola 17.12.12 dans La Une CED, Etudes, Les Dossiers

Ou de l’importance des sites Internet la faisant exister

Nécessité de lire la poésie contemporaine ... (4/5)

 

 

La poésie contemporaine ne présente pas le quotidien tel qu’il peut survenir tout au long de la vie humaine avec ses thèmes invariables mais la jonction profonde entre l’homme et celui-ci (ou plutôt la dénaturation de cette jonction qui est seule jonction possible, autrement dit une anti-jonction qui est seule jonction possiblement exprimée en accord avec une sincérité profonde de l’homme plongé au sein de l’Histoire – de tout homme en somme – et ne se tenant pas dans une posture d’aveuglement), au travers de ses interrogations, de ses inquiétudes, de sa quête angoissée de sens, lesquelles trouvent la forme d’une interrogation constante sur la langue et la forme, la langue et la forme devenant véritablement cette interrogation, son cours, ses méandres, ses frémissements, cette interrogation qui se poursuit inlassablement, cherchant à se figer sous une posture qui lui permettrait d’être dans la vérité d’une apparition : d’une apparition, c’est-à-dire d’un apparaître qui soit constant et structuré.

Le formalisme sert ici le sens (c’est-à-dire la recherche inlassable d’un sens qui ne serait tel qu’en tant qu’il parviendrait à se muer en apparaître constant), et ainsi la poésie contemporaine présente-t-elle davantage ontologiquement le quotidien que si elle cherchait à en dégager la vérité profonde. Car il n’y a pas de quotidien de fait, mais toujours le quotidien n’est tel que dans la façon qu’il a de pouvoir être pris en charge par une existence individuelle : le quotidien n’a de sens que dans la liaison profonde qu’il exprime avec l’humain qui lui donne toute sa résonance puisque ce dernier le fait émaner entièrement de son empirisme autant qu’il est le cadre au sein duquel peut se déployer cet empirisme.

Ainsi, quand bien même elles se construisent dans le plus grand formalisme, les écritures contemporaines sont toutes situées loin d’une distanciation théorique froide face à la quotidienneté qu’elles prennent en charge dans leur cours même, et dans la façon qu’a ce cours de ne jamais parvenir à une finalité de la forme. Or, qu’est la quotidienneté si ce n’est ce cours qui se déploie avec la rigueur d’un infini en puissance, la finalité se confondant avec la mort du corps comme la finalité de la forme et de la langue se confondraient avec la mort du questionnement qui fait l’identité du poème, et par conséquent avec la mort du poème lui-même en tant qu’expression de la poésie contemporaine ?

Le mouvement de la vie se confondant avec un questionnement insatiable, les écritures poétiques contemporaines sont elles-mêmes formulation (et expérimentation constante) d’un questionnement dans la façon qu’elles ont de toujours chercher une assise qui soit définitive au sein même de la page et qui puisse ramener la forme et le dire aux idées séculaires d’harmonie, d’achèvement, de paix en somme (résolvant alors les tensions qui fondent et font le poème jusque dans ses moindres frémissements langagiers), renouant ainsi avec une tradition littéraire qui colore de son empreinte toute l’historicité de la littérature.

Et – en outre – les écritures poétiques contemporaines drainent-elles sémantiquement cette fois un questionnement lui aussi inlassable, questionnement auquel Bernard Noël a prêté le plus justement possible son écoute. Chez Bernard Noël, comme chez nombre de poètes et prosateurs vifs d’une vie vibrante recueillie dans les pages virtuelles de PoezibaoRecours au poèmeSitaudisTerre à ciel…, s’est constituée très tôt l’intuition non immédiatement théorisée comme quoi il y a une dichotomie fondamentale entre écriture et apprentissage.

Cette dichotomie permet à l’écriture de s’affranchir de tous les modèles avec l’éclat de la liberté libre, puisque l’écriture construit sa liberté d’une certaine façon eu égard aux cadres formels qui l’emprisonnent, de la même façon que l’auteur de L’Outrage aux mots construit sa pensée dans sa liberté eu égard à ce qui met en péril la pensée, dans une visée sans cesse reconduite vers l’intensification du politique au sein même du poème (de ce qui semble être par conséquent le moinspolitique), puisque sa pensée est avant tout expression (et expérience) du poème, même quand il écrit en prose, la découpe de la langue, son édification sur le souffle et le phrasé des voix possiblement multiples (comme c’est le cas de ses monologues), rendant la prose sous sa main joyau du poème, brut pour que la pensée puisse s’y réfléchir et être éclat dardant vers l’ailleurs, plus pur, plus intensément.

 

Matthieu Gosztola

 

À découvrir ou à redécouvrir :

Poezibao http://poezibao.typepad.com/

Recours au Poème http://www.recoursaupoeme.fr/

Sitaudis http://www.sitaudis.fr/

Terre à ciel http://terreaciel.free.fr/

  • Vu : 1988

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A propos du rédacteur

Matthieu Gosztola

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Rédacteur

Membre du comité de rédaction

 

Docteur en littérature française, Matthieu Gosztola a obtenu en 2007 le Prix des découvreurs. Une vingtaine d’ouvrages parus, parmi lesquels Débris de tuer, Rwanda, 1994 (Atelier de l’agneau), Recueil des caresses échangées entre Camille Claudel et Auguste Rodin (Éditions de l’Atlantique), Matière à respirer (Création et Recherche). Ces ouvrages sont des recueils de poèmes, des ensembles d’aphorismes, des proses, des essais. Par ailleurs, il a publié des articles et critiques dans les revues et sites Internet suivants : Acta fabula, CCP (Cahier Critique de Poésie), Europe, Histoires Littéraires, L’Étoile-Absinthe, La Cause littéraire, La Licorne, La Main millénaire, La Vie littéraire, Les Nouveaux Cahiers de la Comédie-Française, Poezibao, Recours au poème, remue.net, Terre à Ciel, Tutti magazine.

Pianiste de formation, photographe de l’infime, universitaire, spécialiste de la fin-de-siècle, il participe à des colloques internationaux et donne des lectures de poèmes en France et à l’étranger.

Site Internet : http://www.matthieugosztola.com