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Musique Absolue, Bruno Le Maire

Ecrit par Romain Vénier 04.10.12 dans La Une Livres, Recensions, Les Livres, La rentrée littéraire, Roman, Gallimard

Musique absolue Une répétition avec Carlos Kleiber, août 2012, 109 p. 11,90 €

Ecrivain(s): Bruno Le Maire Edition: Gallimard

Musique Absolue, Bruno Le Maire

 

 

Dans ce court opus de quelques dizaines de pages, Bruno le Maire nous emmène dans un univers : celui de la musique, de l’orchestre, de la vie d’un musicien d’exception. Il prend pour cela le prétexte d’une rencontre entre un jeune journaliste et un violoniste d’orchestre, âgé, qui a connu le grand Carlos Kleiber (1930-2003). Le violoniste germanique maintenant octogénaire revient, tout l’ouvrage durant, sur ce chef qu’il a côtoyé.

Alors, « Roman », vraiment ? On en douterait tant le personnage principal, le chef admiré, prend de place dans le monologue quasi ininterrompu du violoniste. Aussi, le sous-titre du livre d’emblée le restreint à ce qu’en fait il n’est pas, tant les propos mêlés du violoniste vont bien au-delà des souvenirs d’une répétition. Voilà pour la première de couverture, qui ne doit pas arrêter ; les premières pages passées on est de toute façon happé par ce flot de paroles continu, ponctué de conseils et remarques au jeune journaliste français.

Ce vieux musicien à la fois porte le poids de la tradition (et ne manque pas une occasion de le rappeler à son interlocuteur) en même temps qu’il est témoin survivant du style de direction de Kleiber qui voyait personnel, décapant et libéré de tout a priori. Le récit du musicien est ainsi porté par une dynamique constante, voire un grand écart : son héros de chef d’orchestre est reconnu aujourd’hui comme un grand dans la lignée des Furtwängler, Kleiber père ou Karajan, alors qu’il tentait par tous les moyens de s’en démarquer, de s’évader, de faire mieux pour la seule gloire de la musique. Pour dépasser le père également, lui-même grand chef d’orchestre en son temps, et horizon indépassable du fils qui constituait son répertoire avec des œuvres qu’il était certain de pouvoir mieux diriger que lui. Tuer le père en dirigeant comme personne pour entrer dans le cercle très fermé de la grande tradition de direction d’orchestre germanique… pour finalement, au regard de l’histoire de la musique, finir par leur ressembler.

Les histoires d’amour finissent mal (en général), et ce récit n’y échappe pas : la maladie brusquement s’empare de Kleiber, sans trop de signes avant-coureurs pour le grand public, pour l’emporter à un âge où d’autres prévoiraient encore vingt ans de concert et d’enregistrement. Que l’on soit mélomane ou non, on ne peut qu’être touché par le récit, empreint d’une grande humanité, de Bruno Le Maire. La musique n’y est certainement pas étrangère, qui soulève les cœurs et rend les êtres heureux. « Léger ! Beaucoup plus léger ! » intimait Kleiber répétant une œuvre de Strauss ; l’auteur aurait pu paraphraser Glenn Gould (qui lui parlait des Variations Goldberg de Bach) pour qualifier la musique de Kleiber qui « repose, légère et sans entrave, sur les ailes du vent ».

 

Romain Vénier


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A propos de l'écrivain

Bruno Le Maire

 

Bruno Le Maire, né en 1969, est un homme politique et écrivain français. Agrégé de lettres modernes, normalien et énarque, sa carrière politique le mène du cabinet du premier ministre Dominique de Villepin au portefeuille du ministère de l’alimentation, de l’agriculture et de la pêche. Parallèlement il publie plusieurs essais. Musique absolue est son premier roman.

 

A propos du rédacteur

Romain Vénier

 

Romain Vénier est ingénieur en génie civil et lecteur compulsif à ses heures perdues. Sa curiosité le pousse vers l'histoire des mathématiques, la musique de piano, la découverte des villes à pied ainsi que tous les arts en général. Il est contributeur d'un blog, "Petit Chosier", où l'on parle entre autres de littérature :

http://www.petitchosier.fr/blog