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Mouvement de l’entendeur de voix (1er écrit d’hôpital) (par Julien Quittelier)

Ecrit par Julien Quittelier 06.11.19 dans La Une CED, Ecriture, Création poétique

Mouvement de l’entendeur de voix (1er écrit d’hôpital) (par Julien Quittelier)

 

Car je suis le maso des couplets psychotique,

J’aboie et je me mords en usant de l’ennui,

Et j’ai pitié de moi partout où chaque lit

Me renvoie à l’asile en chien rongé de tique

Bouffant mon os de mort et pleurnichant phallique.

 

Sans trop savoir, je pense… et je pense un seul mot,

Je ne vois plus l’orgueil des douleurs personnelles,

Je vis dans le Paris des crapauds et des pelles,

J’empeste le tabac, cinquantième mégot,

Sans trop savoir, je pense… et je pense un seul mot :

 

Je suis le nouveau Christ et je bave l’hostie,

Comme tout agonise aimerais-je un mouroir

Que j’en ferais l’aurore et l’ultime savoir

Où tous devineraient juste avant l’aporie

Dans les sueurs de vin et les baves d’hostie :

 

La révélation… Je suis l’homme pour qui

Rien n’est plus désirable, au fond j’avouerais même

Que je suis l’impassible en proie au mot suprême,

Je suis l’irréversible au sens d’un cœur fleuri

Dont la graine s’enflamme en compulsif lazzi.

 

Je suis l’inadmissible en crevant littéraire,

Le poids de ma bêtise écrase mes poignets,

Je suis l’homme banal des christiques fumets

Que l’art nauséabond frappe de cimetière ;

Je suis l’inadmissible en crevant littéraire ;

 

Je suis l’imperfectible et je crève en pensant,

Ma morale bourgeoise aux feintes mendiantes

Me donne l’air-babil des philos de brocantes,

Voici : la basse-cour mentale du pensant :

Je suis l’imperfectible et je crève en pensant ;

 

Je suis l’homme sans bible et je pense ma crève,

Qu’il est saint de crier sans susciter d’échos,

Qu’il est ardu d’écrire un pastiche de mots

Au siècle que je crois la parodique trêve :

Je suis l’homme sans bible et je pense ma crève.

 

Ostensible, inaudible, horrible crescendo

De chaque os lacrymal qui vogue dans sa taule,

Je suis le consomptible au doigté de l’épaule

Métastasant mes doigts de métrique credo

Ostensible, inaudible, horrible crescendo.

 

Et quitte à me vomir : je suis comme mutique

D’une pensée immonde… « À mort ! À mort ! À mort !

À mort ou prie ! Au pas ! Toi le-poète-à-mort !

Toi l’Albatros, le fils de l’épouvante orphique !

Le rail d’Anastalise au naseau magmatique ! »

 

Dans mes vols d’immondice au temps de m’achever

Ce fut la honte du plus loin qu’il me souvienne…

Les pavés d’utopie ont l’aspect d’un domaine

Où rêver du déluge est sursis de rêver

D’éthique soleilleuse à sanctuariser…

 

Hé ! Porteurs d’encensoir, saignez ! Saignez ! Je saigne-

Cent-couleurs-de-la-trouille ; annoncez les cent cieux

En dissolution du cœur illumineux,

Mon cœur c’est de la messe à crever vierge teigne !

Hé ! Porteurs d’encensoir, saignez ! Saignez ! Je saigne

 

Quand tari j’ai le cœur à demander… « Au pas ! »

Les psaumes de l’esthète en Esseintes sur pattes,

Donnez-m’en puisque en vrac j’ai l’art des scélérates

Au péplum de l’amen : séminales « olas » !

Moucheur de gros sabots qu’on me bénisse… « Au pas ! »

 

Car dans l’ombre et jadis j’avais Faust dans mon âme…

Fémurs, bassin, thorax, j’irai crever moral,

S’il faut la vénusté des putains du fatal,

S’il faut crever moral à bon droit je m’exclame

Car dans l’ombre et demain j’aurai Faust dans mon âme.

 

Par les fécondités de l’amen séminal,

Comme celui d’un prêtre au lasso des Marie,

Humanisé de vœux, je suis l’abject qui prie

En chrétien sexuel de péché social

Par les fécondités de l’amen séminal.

 

Je m’exclame : ni Dieu, ni le banc des confesses,

Ni de ce mythe d’Er le juge omnipotent,

N’endiablent pas assez la sténo de Satan,

Ah ! comme je suis… fils des capotes d’abbesses

Quand je m’exclame « Dieu ! » : Qu’on me castre en confesses.

 

Je suscite l’amour de la poète : avoir

De ce pied dans la tombe au seuil de l’art des rêves,

– Quand ouvrir la paupière est symbole des crèves,

Me fait cauchemarder dans le khôl de l’espoir ;

Qu’on m’enseigne l’amour : mon gros sexe au fichoir !

 

Et puis, en révélant ma Cène personnelle,

Je me nourris de glas, de fers, de clous… « À Mort

Toi le siphon d’erreurs sur l’océan du tort ! »

J’allume un feu de mots dans ma proche cervelle

Comme un Grec sur sa cime en victoire irréelle.

 

Jadis je fis les croix la beuverie en moi,

L’une fut l’eau de l’art, l’absinthe ou la ciguë,

Exilé sans appel dans la secte absolue :

L’autre le « flac » des vins du Pari sans effroi ;

Telles furent mes croix : la beuverie en moi.

 

Aujourd’hui, tel le vieil instrument des débâcles :

Moi la brebis j’annonce un Faust… « Par cœur ! Au pas ! »

La hideur de mes traits présage le trépas,

« Parodique poète as-tu fui les Spectacles ?

Aujourd’hui tu n’es que l’instrument des débâcles ! »

 

Quand l’apparition mariale et l’azur

Se mêlent dans l’asile en scalp d’un œil trop rance,

J’anticipe le mot ainsi que la béance

Qui seront dénués de l’instant de l’art pur :

Cette apparition mariale et l’azur ;

 

Je dessine mon sang, mes torsions : ma plaie,

Je joue un suicide aux mimes de boyau,

Sisyphe aux doigts de glu, feu-soi, jaune rideau,

Je suis comme un Malin si bien que je m’effraie

À dessiner mon sang, mes torsions : ma plaie.

 

« Au pas ! Là : l’évangile ! Au pas ! Baisse les yeux !

Par cœur ! » C’est qu’aujourd’hui je veux mes sens putrides,

Les cafards aristos, et consorts : les Danaïdes

Scalper chaque idolâtre en sarcloir de tous dieux…

« Au pas ! Là : l’évangile ! Au pas ! Baisse les yeux !

Par cœur ! »

 

Plus que crever moral ma laideur sataniste

Deviendra la bonté de chaque adversité,

Quand mon œil de bouseux dans l’inepte clarté

Au détour des tréfonds prendra l’air d’un fumiste

Je crèverai moral de laideur sataniste.

 

« Au pas ! Par cœur ! Rends-toi ! Prie ! Avoue ! Arme-toi

D’illuminations… » Au nom de ma tourmente

Les nuits ont bu mon âme et je vois la charpente

De mon art dessoûlé : l’indestructible moi…

« Au pas ! Par cœur ! Rends-toi ! Prie ! Avoue ! Arme-toi

D’illuminations… »

 

Affreux moi : j’en ai honte… En ce vivre d’ascèse

Je rêve d’une ascèse où le pleur serait pus,

« Ne crains pas d’être seul, eux, ils en sont repus ! »

Je suis le déglingué jusqu’à tant qu’il vous plaise :

Affreux moi : j’en ai honte… En ce vivre d’ascèse :

 

Ce n’est pas comme ça… c’est plus loin… paraît-il…

La décence du gouffre… un faux puits de bitume…

Il paraît qu’imprécise en la main qui s’exhume

La lettre ne sait pas rendre honneur à l’exil :

Ce n’est pas comme ça… c’est plus loin… paraît-il :

 

C’est plus vil, c’est impur, les fléaux y reposent,

Là-bas… Il faut atteindre un mal qui sera mal

Bien que mon odyssée ait ce champ vespéral

Où semer les gravats des cendres qui s’imposent,

C’est plus vil, c’est impur, les fléaux y reposent ;

 

C’est plus froid, c’est plus sombre ; au jour des survivants

Je serai ce mourant en proie au mourir-digne,

« Coupable de chercher nombre, talisman, signe :

Tu chercheras moral sur tes funestes dents

Le sang de tes doigts sur… l’ostensoir, pourrissants ! »

 

Et l’âme ? En condamné je souhaite les vices,

L’être en délabrement, l’insalubre palais

De mes intimités peint à coups de balais,

Je veux le reniement, le poteau des supplices,

Et l’âme ? « En condamné tu souhaites les vices ».

 

– C’est plus impersonnel, ça scalpe ou ça distend,

Toutes les fleurs du mal subsistent en semence,

Leur secret d’architecte a l’art comme licence :

De la trouille à Milton il passe un revenant

Dont le flip-flap crânien bafouille un fol étant.

 

Je souhaite l’amour… je n’aurai plus de mère,

Pouvoir lui démontrer le taudis du bourgeois,

Le truqué du génie et l’ordure des rois ;

Car j’ai l’œil de la plèbe et le cœur sans critère,

L’ongle du fossoyeur, l’aspect d’un ver de terre.

 

Seule elle me dirait ce qu’un fils n’écrirait,

Elle essaierait de voir si son fils est un autre,

Si son fils n’est que fils, si son deuil sans apôtre

Le couronne autrement fou de l’alcool abstrait,

Seule elle me dirait ce qu’un fils n’écrirait ;

 

Je souhaite le feu… je n’aurai plus de père,

Errant, errant plus bas… semble-t-il plus abscons,

L’interdit littéraire en brasier des raisons

À chercher l’insensé : « quand l’absurde prospère

Tu souhaites le feu… tu n’auras plus de père ».

 

Je suis une cité perdue au fond des cent

Ruines de l’ailleurs, je bâtis éphémères

Le ciment du savoir et le clou des carrières

Et je vis… paraît-il, cessible et délirant

Dans ma cité perdue au soleil sénescent ;

 

Dans mon nord il n’est d’art que mon vœu d’amnésie,

« Ta parole est à vendre aux bourreaux… aux vautours ! »

Qu’oublier sans motif soit le Graal du secours.

Qu’on nomme le néant l’aïeul de l’hérésie.

Dans mon nord il n’est d’art que mon vœu d’amnésie.

 

Comme chemin faisant, traître existentiel,

Comme je suis… rimeur de la crève et des miasmes,

Le fou-teste en monsieur des fosses et des asthmes

Dont le délabrement est le soin d’Uriel

Comme chemin faisant, traître existentiel.

 

Non mais… ratissez ça… vous râteaux de l’infâme,

Ratissez cet œil glauque et ce front de bouseux,

Jetez-les dans un puits, cimentez… pour qu’en cieux

Je ne fasse plus corps avec le poids de l’âme

Ronde à coups de tarière aux angles d’un vieux drame.

 

Comme l’on se dévoile en se blessant « Au pas ! »

Monticule de mots, bafouilleuses algèbres,

Confettis de cercueil à ne clamser « Ténèbres ! »

Comme un mot fait cent ciels pour s’écraser « Au pas ! »

Comme l’on se dévoile en se blessant « Au pas ! »

 

Et comme le hasard ne cueille pas ma danse,

Plus qu’un cœur c’est mon cœur qu’il emporte, rythmé

Dans le bar-Méphisto du pays névrosé,

Comme un verre en goulag se boit en lente transe

Et comme le hasard ne cueille pas ma danse…

 

Comme l’on tend la croix vers un cœur qui s’éteint

Je tends vers cette page une crève christique ;

Et pensant que cet âge est celui que j’abdique

L’assimilable Faust tend sa stance au destin

Comme l’on tend la croix vers un cœur qui s’éteint.

 

Julien Quittelier

Inédit

Extrait du manuscrit, Écrits d’hôpital tome 1


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A propos du rédacteur

Julien Quittelier

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Né à Mons (Belgique) en 1991, Julien Quittelier est un poète. Il publie, en 2019, une œuvre poétique de 900 pages en quatre volumes : Vespéral de l’être, Sonnets du levant lacrymal, Héliotrope aux enfers et Antécédences nocturnes. L'auteur travaille actuellement à un roman et à un essai sur le symbolisme belge.

Bibliographie

Vespéral de l’être, poésie, éditions ÉLP, juin 2019.

Sonnets du levant lacrymal, poésie, éditions Stellamaris, juin 2019.

Mail : quittelierjulien@hotmail.fr