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Mô-Namour, Claude Ponti

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas 27.02.12 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Jeunesse, L'école des loisirs

Mô-Namour, octobre 2011, 40 pages, 18,50 €.

Ecrivain(s): Claude Ponti Edition: L'école des loisirs

Mô-Namour, Claude Ponti

La cuvée Ponti 2011 a tout d’un grand cru. Belle robe, forte en bouche, avec ce qu’il faut de violence et d’amertume pour mieux goûter son mystère. A ceux qui penseraient que sa créativité pourrait trouver des limites, Mô-Namour, son dernier album, apporte un virulent démenti. Images et mots se cognent, se choquent, s’entrecarabistouillent dans une histoire dure et sensible, prêtant à des lectures multiples. Enfants et adultes ne liront pas cet album de la même façon mais ils y trouveront tous matière à réflexion, plaisir et questionnements.

La vie d’Isée bascule lorsqu’un arbre Borderoutt se retrouve endormi en plein milieu de la chaussée  sur laquelle roule la voiture de ses parents. Alors que ces derniers disparaissent dans le ciel, Isée et son doudou Tadoramour retombent parmi les débris. « Ils sont si hauts qu’ils doivent… être morts », se dit-elle, « le cerveau tout embrouillaminé ». Commence alors un cheminement plein de surprises et d’embûches, de transformations et de révélations dans un univers à la fois des plus simples et des plus loufoques où les éléments sont aussi changeants que les personnages, où l’on bâtit des maisons dans des forêts de bois mort, des véhicules dans des cossavoyages, où l’on retrouve sa tête au bout de quelques vignettes, où la dynamique de la composition nous emporte dans un tourbillon de vivacité.

Isée sort de sa cachette lorsque surgit Torlémo un géant mi-ogre mi-nounours qui lui propose de venir jouer à la baloune et pâtisser pour lui. Il la rebaptise Mô-Namour et lui dit qu’il l’aime. Isée se prête aux jeux mais elle se trouve reléguée au statut de ballon de foute, de volant. Torlémo est content mais, de ces jeux qui font mal et de ces gâteaux à plateforme incapables de le rassasier, Isée sort de plus en plus « plein-tournebouliglinguée ». Une étoile viendra lui révéler la vérité de sa douleur. Isée trouve alors dans sa colère la force de se révolter et de dire au monstre ses quatre vérités.


Il n’y résistera pas, finissant en tas d’os. Le parcours n’est pas fini mais Isée a affronté ses peurs et elle ne se laissera plus faire. Accompagnée de Tadoramour et de son étoile, elle avance, faisant face aux autres monstres et retrouvant même ses parents.

Comme dans les précédents albums, la trame suit ce mouvement, tantôt ralenti, tantôt accéléré par lequel le personnage enfantin traverse des étapes essentielles de son affirmation. C’est là l’une des grandes forces de Ponti, que de réaffirmer à chaque fois, sans didactisme ni bonne conscience, que c’est l’enfant lui-même qui possède les ressources de se libérer, de s’affranchir de ce qui pèse sur sa vie. Et ici, la violence ne manque pas : accident et deuil, solitude, déni d’identité et exploitation, maltraitances sous toutes les formes. Mais il ne faut pas confondre notre vision et notre sensibilité d’adulte avec celle des enfants. Cet album s’adresse à eux avec la véracité du rêve, la folie de l’imagination débridée, la saveur des bidouillages de mots. Ponti sait doser à la perfection l’effrayant et le drolatique, allier la fiction pure à la vérité des sentiments bruts. Comme l’étoile tombée de la douleur, il chuchote à notre oreille les choses que l’on n’a pas envie d’entendre et qui font la vie. Ces choses vraies auxquelles il faut se confronter afin de grandir et d’avancer.

A partir de 6 ans


Myriam Bendhif-Syllas


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A propos de l'écrivain

Claude Ponti

Claude Ponti est né à Lunéville, en Lorraine en 1948. Il a fait des études de lettres et d’archéologie à Strasbourg et les Beaux-Arts à Aix. A partir de 1969, il vit à Paris où il étudie le dessin, la peinture et la gravure et où il exerce divers métiers d’appoint. Il travaille dans la presse, à L’Express, Le Monde… Peintre, dessinateur de presse, auteur-illustrateur, il crée son premier livre pour enfants en 1985 pour sa fille Adèle. Il s’agit de L’Album d’Adèle qui paraît chez Gallimard et qui rencontre un vrai succès. Depuis, il nous entraîne dans un monde poétique et plein d’humour au fil de ses nombreux albums qui sont autant d’invitations à la rêverie. « Dans tous les albums de Claude Ponti il y a un itinéraire et des métamorphoses, un esprit à la Lewis Carroll… » Anne Diatkine, Libération, 1er décembre 1994. Il est l’auteur de trois romans pour adultes, Les Pieds-Bleus (1995) Est-ce qu’hier n’est pas fini ? (1999) et Le monde, et inversement (2006) aux Editions de l’Olivier. Il a reçu un Prix Sorcières Spécial en 2006 pour l’ensemble de son œuvre.

A propos du rédacteur

Myriam Bendhif-Syllas

 

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Rédactrice

Responsable de la section "littérature jeunesse"

Domaines de prédilection : littérature jeunesse, littérature francophone, documentaires.

Genres : récits, documentaires et albums jeunesse, BD, romans sur l'enfance et l'adolescence, la marginalité.

Maisons d'édition les plus fréquentes : Talents Hauts, Seuil Jeunesse, Sarbacane, Gulfstream, La Boîte à Bulles... Seuil.