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Métamorphose du sentiment érotique, Jean-Jacques Pauvert

Ecrit par Laurence Pythoud Grimaldi 03.07.11 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Jean-Claude Lattès

Métamorphose du sentiment érotique, 2011, 348 p. 20€

Ecrivain(s): Jean-Jacques Pauvert Edition: Jean-Claude Lattès

Métamorphose du sentiment érotique, Jean-Jacques Pauvert


Le sentiment érotique… Georges Bataille, cité par Jean-Jacques Pauvert, écrivait dans ses notes : « Science sexuelle égale rien ». Ici tout l’enjeu de ce très précis et précieux voyage du dit du sexe à travers le temps, les pays et les gens. Un véritable manuel d’histoire mondiale de l’érotisme en littérature, mais où la France apparaît le centre, par sa langue et son esprit d’emblée faits, dirait-on, pour l’imaginer et le dire. La liberté, mais le secret. Pendant très longtemps. Le meilleur aiguillon sans doute, cette tension.

Sentiment… chaque mot compte. Et dans le domaine érotique, plus encore qu’en tout autre. Sentiment ? Le mot interpelle. Oui, sentiment. Mot flou, mais puissant parce que troublant. Vague, on dirait un parfum. Mais bien réel. Parfait en somme pour qualifier érotique. Tout est dans le sentiment quand il s’agit de parler d’érotisme. Une manière peut-être de clore un instant le sempiternel débat entre érotisme et pornographie, lassant et très usé. Abscons, définitivement.

Truffé de citations, grandement documenté (sans être indigeste, ni élitiste), ce livre engage le lecteur sur un mode gourmand (la curiosité) et subtil (la séduction).

Sentiment subtil… Il semble que c’est dans l’évolution contrariée que s’épanouit le sentiment érotique. Pris entre morale et politique, guerres et libérations, philosophie et boudoir, et toutes ces sortes de choses, il s’est frayé un chemin profond et clandestin. L’évolution de la langue et des idées ont été son meilleur lait ; la contrainte morale et politique son tison le plus ardent. Jusqu’à hier, en somme. Le déclin de l’empire des sens commença dans les années 1970. Jusque-là, TOUT faisait lit au sentiment érotique (sa propre expansion et ses carcans), lentement monté, siècles après siècles, au jour, mais à la lumière fondamentalement poétique.

C’est la poésie qui a déserté notre champ imaginaire, et avec elle, le Désir. Ou peut-être est-ce le contraire ? Profusion d’images, annulation du temps et de l’espace, dans le tout concomitant. La chair est devenue triste, vidée de sa palpitation subversive ; non au sens particulier mais universel de la subversion, comme l’est l’amour. L’amour dérange, transforme, ouvre, porte, emporte, libère… L’amour, donc, Jean-Jacques Pauvert termine son livre par lui. L’amour, l’érotisme.

Un monde s’est éteint, pour un temps. Feu de braise, cependant. La métamorphose ne saurait s’arrêter là, par définition. A ce constat : le sentiment érotique est mort, on répond : Vive le sentiment érotique !

Oui, il y a un espoir, toujours (on n’en sort pas). A l’orée de 2010, des découvertes scientifiques, dont celle des trois gènes uniques à l’homme ont bouleversé « des millions d’années de certitudes lentement accumulées. (…) Touchent-elles au domaine que nous avons évoqué ? Pouvons-nous en attendre là quelque surprise ? », se demande Jean-Jacques Pauvert.

Et la poésie dans tout ça ?

Et je vois d’ici le sourire matois, yeux mi-clos, de l’éditeur du Marquis de Sade, d’André Breton, de Georges Bataille, d’Histoire d’O, de Françoise Sagan, et… de quelques autres (j’ai eu la chance qu’il publie mon premier livre). Lecteur infatigable, érudit, secret et parfois facétieux, libre, Jean-Jacques Pauvert a lui métamorphosé l’édition du XXème siècle. Il faut lire le passionnant premier tome de ses « mémoires » (à quand le deuxième ?), La Traversée du livre (Viviane Lamy, 2004).

A quatre-vingt-cinq ans, cher Jean-Jacques, vous avez sûrement toujours cette charmante coquetterie de vous vieillir de quelques années ?


Laurence Pythoud Grimaldi


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A propos de l'écrivain

Jean-Jacques Pauvert

Jean-Jacques Pauvert a renouvelé l'édition française par la réédition d'œuvres oubliées, proscrites ou considérées comme marginales. Il a surtout eu l'audace d'être le premier éditeur à publier Sade sous son nom d'éditeur. Jusqu'alors, cette œuvre était diffusée sous le manteau.

Par ailleurs, il a rafraîchi l'aspect du livre en faisant appel à des maquettistes de talent qui ont innové le format autant que la présentation, comme Pierre Faucheux, qui, dans les années 1960, a inventé le format de la collection "Liberté" (9cm x 18cm) dont la couverture en papier craft abaissait le coût et offrait une présentation originale.

Fin lecteur, il a aussi découvert de nouveaux talents qui ont connu un immense succès de librairie : Albertine SarrazinJean Carrière, Hortense DufourFrançoise LefèvreBrigitte Lozerec'hMario Mercier.


(Source Wikipédia)


A propos du rédacteur

Laurence Pythoud Grimaldi

Ecrivain, a publié deux romans ("Homme marié, je vous aime" et "La Danse du ventre"), plusieurs nouvelles (dans Supérieur Inconnu, La Presse littéraire, La Vie Littéraire, Reflets du Temps), un livre-poème, "Fièvre", illustré par Michel Haas...

Critique d'art, a été rédactrice de la revue L'Oeil, et a préfacé de nombreux catalogues d'expositions d'artistes.
"Il ne faut pas comprendre. Il faut perdre connaissance" Paul Claudel