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Max Rouquette ou la liberté de l’imaginaire Exposition de la Médiathèque centrale Émile Zola, Montpellier

Ecrit par Martine L. Petauton le 23.02.15 dans La Une CED, Les Chroniques, Côté Arts

Max Rouquette ou la liberté de l’imaginaire Exposition de la Médiathèque centrale Émile Zola, Montpellier

 

Très belle expo de Zola cet hiver, donnant, comme toujours ici, l’envie de lire, de découvrir plus loin, et, surtout, fournissant cette pépite si rare : un moment de pur bonheur, au milieu de documents précieux, de photos émouvantes, bercés par – voix off – cette langue, cette musique ! occitane qui est l’autre nom de Max Rouquette. 10 ans après sa mort, l’hommage est réussi ; beau, émouvant, porteur de la liberté de la poésie, magique, universel ; on peut sans craindre penser qu’il aurait aimé !

L’homme des vieilles pierres de Montpellier, mais aussi des garrigues et de leurs animaux : « Ara es vengut lo tems de la becassa / », traduisant Joseph d’Arbaud ; du Larzac mystérieux ; « il était une fois… / Là passe le grand vent de Dieu/ »… l’enfant écoutant les contes d’ici dans leur étrange langue, pour tellement plus tard – enfin, pas tant que ça – nous les redonner en poèmes ; le jeune médecin arpentant son pays d’Oc des ruelles de la ville, aux murailles de son Argelliers perché au-dessus des vignes…

tout ça, c’est l’honnête homme, venu des Années Trente jusqu’au bord de notre siècle (il mourut en 2005, à 95 ans, droit dans sa belle vie-proue des mémoires occitanes, vives et prêtes, grâce à lui, à affronter tous les futurs).

Rouquette est d’abord un amoureux des textes, de leur cœur de sens, et des mots pour les faire vivre, donc de la langue. Dante (« quand je suis à plat, sa lecture me remonte »), Mistral, le très grand (« qui a montré l’étendue d’une langue qu’un pouvoir totalitaire voulait faire passer pour un éparpillement de patois »), Colette et tant d’autres – n’oublions pas Garcia Lorca – qu’il traduisit en fin artiste-artisan au service des mots, en langue occitane, son autre patrie. Cette langue haute et noble ; celle des Troubadours, dont il se fit une spécialité – à sa façon, poétique et conteuse (Crounica légendaria das troubadours, 1937), l’habitait au point qu’on est presque étonné en suivant un entretien, que présente l’expo, de l’entendre nous parler en Français, ce dérivé de langue, sonnant – sans doute, pour lui – harnachement des chevaliers fondant sur l’Occitanie au temps du Moyen-Age des croisades intérieures. C’est vrai, que rien qu’à la voir écrite – parfois en édition bilingue – et ne disons rien de l’entendre parlée, on pourrait dire, chantée ! L’Occitan est un outil magnifique, doux et ronronnant, juste un peu râpeux à la Catalane, sa cousine. Lisez, ou, écoutez ces titres de recueils de poèmes ou de contes : « Tota la sabla de la mar », « lo maucor de l’unicorn – le tourment de la licorne », et ce « son patres das estelas », reprenant un vers du poète arabo-anadalou, Ibn Hazm, au XIème siècle : « /les amoureux souvent sont visités par l’insomnie / ils sont les bergers des étoiles/ »…

Photographe, à ses heures, et dessinateur, croqueur de portraits, qui clignotent Cocteau – beau jeu de dessins au titre émouvant : « qui est-ce qui passe ici, si tard ? »

La voix de cet homme dont le visage est à rapprocher d’un Soulages ou d’un Sarthou – tous, beaux hommes du sud – a les accents qu’il faut pour raconter, le soir, et convaincre sans violence. De très beaux panneaux où s’égaillent ses vers en langue d’ici, sur bêtes et mystères, ont dû – on les entendrait presque ! – faire s’arrêter, bouche arrondie, tant de petits troupeaux de classes élémentaires… et nous, derrière, de retrouver l’enfance, ou bien notre futur – sait-on – en prêtant l’œil et l’oreille au passeur de lumière et de bonheur, aussi, qu’est l’immense Max Rouquette ; pardon ! Max Roqueta…

 

Martine L Petauton

 

Montpellier, Médiathèque Émile Zola, jusqu’au 28 Février 2015 ; et c’est gratuit

 


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A propos du rédacteur

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Rédactrice

Responsable du comité de rédaction

 

Chargée des relations avec les maisons d'édition

Présidente de l'association "Les amis de la Cause Littéraire"

Martinelpetauton@lacauselitteraire.fr

 

Professeure d'histoire-géographie

Rédactrice en chef du Webmag "Reflets du Temps"

Auteure de publications régionales (Corrèze/Limousin)