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Mauvais fils, Raphaële Frier

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas 30.11.15 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Jeunesse, Talents Hauts

Mauvais fils, août 2015, 96 pages, 7 €

Ecrivain(s): Raphaëlle Frier Edition: Talents Hauts

Mauvais fils, Raphaële Frier

 

Les éditions Talents Hauts s’engagent à défendre des valeurs d’égalité, de liberté et en particulier, le droit de chacun et chacune à être qui il/elle est, dans ses particularités, ses différences. Ce roman en est un nouvel exemple. Fort, incisif et sans fioritures, comme les autres titres de la collection Ego. Mauvais fils relate comment un jeune homme nié dans ce qu’il est par ses parents, parvient à s’extraire de cette gangue familiale pour faire éclore l’homme qu’il est profondément.

Ghislain se laisse lentement couler, il ne va plus que rarement au lycée, hantant les parcs et se réfugiant dans la fumette. Ses parents forment un couple à la dérive qui ne se supporte plus mais reste viscéralement uni.

« Ça gueule derrière ma porte. Mon père dans son rôle de looser, plus de boulot depuis six mois, conquis par le règne de l’immobilité, télécommande en main, tout va bien… Ma mère, furax, crevée de sa journée à gratter des papiers, elle voudrait la jeter par la fenêtre, la télécommande. La broyer dans son mixer et la liquider dans le vide-ordures ».

Ghislain a peur de qui il est, il a peur d’accabler ses parents, de ne pas être « digne » d’eux. Il ne veut pas leur faire porter la responsabilité de cette erreur de parcours, de cette mauvaise voie. Il aime les garçons et ne sait pas quoi y faire.

« Chaque jour, je le tais en espérant que mes pensées prendront le bon chemin. En priant pour que mes mauvaises idées finissent par me lâcher. […]

Sauf que le temps passe et que je continue à m’endormir en rêvant de Mounir ».

Ses parents passent à côté ou refusent de voir la vérité. Ils réclament de rencontrer ses petites amies et surtout son père se met en tête de transmettre des connaissances pratiques à son fils. Un vrai métier, un truc manuel, un truc d’homme. Voilà Ghislain transformé en apprenti électricien, au diable le lycée. L’adolescent accepte parce qu’il voit bien que ça redonne vie à son père, que ce dernier retrouve ainsi un but chaque jour et qu’en plus, il a la satisfaction de s’occuper de son fils. Cet apparent équilibre permet au jeune homme de se risquer vers les autres et d’entrer pour la première fois dans un bar gay. Moment initiatique, libération. Mais les soirées et les nuits s’enchaînent et bientôt la transgression n’est plus qu’oubli de soi et dégoût pour celui qui aspire à autre chose qu’à une rencontre des corps. Ghislain cherche en vain « l’âme-sœur » ou plutôt « l’esprit-frère ».

Cette fragile composition s’écroule d’un bloc lorsqu’une rumeur atteint les parents : on a vu leur fils sortir d’un bar gay. La famille explose. Abattu, pas encore soulagé, Ghislain décide de partir. La deuxième partie du roman s’attache à son parcours, à sa sortie de sa chrysalide. L’enfant devient homme et finira par se créer une vie à sa mesure. Avec ou sans ses parents.

Dans ce court format, la voix de Ghislain résonne, tantôt révoltée, tantôt « mazoutée ». Elle essaye de trouver les mots justes pour dire sa vérité, sa complexité, sa singularité au-delà des clichés et des projections portées par les autres. En ce sens, le récit de Raphaële Frier se révèle extrêmement touchant et efficace, visant l’essentiel, le cœur et les tripes. Le portrait de Ghislain qui se dessine peu à peu témoigne de passages obligés de l’adolescence, ici exacerbés par l’homosexualité, mais surtout du devenir homme de ce garçon épris de simplicité et de sincérité. Or c’est aussi le portrait du père en particulier qui nous arrête, provoquant des sentiments contrastés à son égard. Un homme qui s’est perdu en cours de route et qui poursuit sa vie sur le mauvais chemin, rongé par les préjugés et la honte de lui-même plus que par celle de son enfant.

Mauvais fils est une œuvre qui interpellera et touchera les ados, son public cible, mais aussi les adultes qui les entourent, parents ou éducateurs. Qu’on le choisisse comme une lecture plaisir, par curiosité ou intérêt, ou qu’il serve de support à réflexion dans le cadre scolaire.

Roman à partir de 13 ans

 

Myriam Bendhif-Syllas

 


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A propos de l'écrivain

Raphaëlle Frier

 

Raphaële Frier est auteure pour la jeunesse. Elle a publié des albums, des romans et un documentaire. Elle enseigne le français à des enfants allophones.

 

A propos du rédacteur

Myriam Bendhif-Syllas

 

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Rédactrice

Membre du comité de rédaction

Responsable de la section "littérature jeunesse"

Domaines de prédilection : littérature jeunesse, littérature francophone, documentaires.

Genres : récits, documentaires et albums jeunesse, BD, romans sur l'enfance et l'adolescence, la marginalité.

Maisons d'édition les plus fréquentes : Talents Hauts, Seuil Jeunesse, Sarbacane, Gulfstream, La Boîte à Bulles... Seuil.