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Matière première, Raphaël Enthoven

Ecrit par David Campisi 04.12.13 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Gallimard

Matière première, février 2013, 143 pages, 14,90 €

Ecrivain(s): Raphaël Enthoven Edition: Gallimard

Matière première, Raphaël Enthoven

 

Halte aux lourds concepts que nul ne comprend. La philosophie n’est pas réservée aux normaliens agrégés, aux écoles de pensée, aux professeurs qui cogitent et réfléchissent sur rien dans un sombre bureau sans jamais sortir de leur office, tel un Kant qui passa sa vie à ne rien achever, à créer, manier, manipuler puis diffuser des concepts déconnectés de la réalité, impossibles à comprendre pour qui n’est pas expert. La philosophie est démocratie, la philosophie n’est pas la tête mais le corps. Raphaël Enthoven incarne ici les grands philosophes de l’antiquité, ceux qui ne philosophaient pas dans un amphithéâtre comble mais qui proposaient leurs idées sur la place publique, là où tous pouvaient les écouter et les comprendre : les pêcheurs, les menuisiers, les badauds, riches et pauvres.

Il n’y a pas des sujets qui seraient aptes à la philosophie – l’être, le néant, l’univers, la mort, la vie, l’existence, l’amour – et des sujets qui ne le seraient pas. Tout est prétexte à philosophie : il existe un traitement philosophique de tous les sujets possibles, disait Nietzsche. Le football, le GPS, la carte de fidélité, l’iPhone, les capsules Nespresso, Lady Gaga.

Raphaël Enthoven, qui anime sur France Culture « Le Gai Savoir », et qui rédige des chroniques dans Philosophie Magazine, continue sa quête du peuple en vulgarisant sans vulgarité les sujets de la vie de tous les jours, du quotidien qui compose nos vies, s’emparant ainsi des objets pour en livrer des réflexions philosophiques sans se perdre dans l’histoire de la philosophie. Comment concevoir la carte de fidélité ? Comment comprendre les messages publicitaires de Nespresso, qui déploie de lourdes activités marketing pour nous enfermer dans un monde où le choix est important, mais où le choix n’est pas partout : il n’est que chez eux. Comment envisager l’art abstrait – celui que personne ne comprend ? Pourquoi le GPS donne-t-il l’impression de nous libérer du chemin ? Pourquoi prend-on du plaisir à le duper parfois ? En quoi l’indignation – celle de Stéphane Hessel – est une réaction qui relève du réflexe, et non une valeur ?

Le micro-trottoir selon Raphaël Enthoven : « c’est l’étape obligée du sujet de société (…) pour rassurer le téléspectateur en l’informant sur ce qu’il pense quand il ne réfléchit pas. (…) On ne regarde pas le micro-trottoir pour apprendre, mais pour vérifier qu’on se ressemble ».

On aimerait y voir un essai sur la philosophie du quotidien, et pourtant Matière première ressemble parfois à un brûlot qui manque de profondeur, un moyen de communication génial pour non pas diffuser un savoir mais un point de vue singulièrement subjectif, et parfois on n’est pas d’accord avec le philosophe, mais il est clair que notre désaccord naît de l’inconfort de fulgurances qui bousculent, de révélations subtiles qui nous poussent dans nos derniers retranchements. C’est un livre actif qui nécessite une défense de notre part pour ne pas succomber trop facilement aux idées du philosophe qui déploie des trésors de langage pour nous faire adhérer à ses idées parfois parfaitement assumées, tantôt consensuelles, tantôt révoltées, toujours pertinentes. Il s’agit d’apprendre à porter un regard différent et nouveau sur le monde qui nous entoure.

 

David Campisi

 


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A propos de l'écrivain

Raphaël Enthoven

 

Raphaël Enthoven, né le 9 novembre 1975 à Paris1, est un professeur de philosophie, animateur de radio et de télévision.

 

A propos du rédacteur

David Campisi

 

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David Campisi : vit en Suisse,

Passionné de marketing, de littérature, de philosophie et de politique.