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Mariage blanc, Valérie Zenatti

Ecrit par Sophie Adriansen 06.07.12 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Editions du Moteur

Mariage blanc, Editions du Moteur, mai 2012, 88 pages, 12,50 €

Ecrivain(s): Valérie Zenatti Edition: Editions du Moteur

Mariage blanc, Valérie Zenatti

Rachida aime Antoine. Antoine aime Rachida. Trois ans que cela dure, et sans un seul nuage. Un amour basé sur l’indépendance, les appartements séparés pour mieux entretenir le désir, le partage de convictions et d’avis tranchés. Notamment sur le mariage : ils n’en veulent pas, ni l’un ni l’autre, pas plus qu’ils ne désirent d’enfant. Quant à leurs convictions, dont certaines sont politiques, la nécessité d’aider son prochain y tient une bonne place. Aussi, quand David raconte à son ami Antoine que Tatiana, une architecte russe qui vit à Paris depuis des années, est menacée d’expulsion car son visa arrive à expiration, situation dont seul un mariage blanc pourrait la sortir, Antoine n’hésite pas un instant.

Au nom des mêmes convictions, Rachida trouve l’idée formidable. Et pas dérangeante le moins du monde, puisque cela est « faux » : un faux mariage, une fausse cérémonie franco-russe, une fausse vie sous le même toit pour mieux rassurer les autorités. Mais un mariage, une cérémonie et une vie commune quand même.

La date du grand jour approche. Si Rachida continue à sourire, au nom des valeurs qu’elle prône – reconnaître qu’elle commence à douter, pour son propre couple, à douter du bien-fondé de cet acte généreux reviendrait à la mettre en contradiction avec les valeurs en question, et elle s’y refuse – elle n’en pense pas moins.

« Pour dire clairement les choses, si je n’ai jamais eu envie de me marier avec Antoine je ne suis pas sûre du tout d’avoir envie qu’il se marie avec quelqu’un d’autre. Jusqu’où peut aller le jeu ? » (page 31).

Antoine va donc épouser Tatiana, avec la bénédiction de Rachida. Ils vont se dire oui « pour le meilleur et pour le pire ». Mais, comme dirait la mère de Tatiana, « le pire est toujours plus probable que le meilleur » (page 51).

Dans ce petit livre, Valérie Zenatti, auteur de plusieurs ouvrages portés à l’écran, entremêle les voix des différents protagonistes pour offrir une comédie de boulevard à la sauce XXIème siècle.

Les personnages secondaires – Pauline, la meilleure amie évoluant dans l’ombre de Rachida, et Tatiana –, pétris de doutes et de défauts, capables d’avouer leurs faiblesses sans que cela finalement ne les desserve jamais, se révèlent nettement plus attachants que les principaux, Antoine et Rachida, jeunes, beaux, pleins d’avenir, à qui tout réussit.

On sourit des situations sans rire aux éclats – car le fond n’est pas si rose, qui résonne avec des sujets de société particulièrement d’actualité.

C’est la force de ce Mariage blanc : sous son apparente légèreté, porté par la plume aisée, fort agréable et très maîtrisée de Valérie Zenatti, ce texte pose de vraies questions.

 

Sophie Adriansen


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A propos de l'écrivain

Valérie Zenatti

Née à Nice en 1970 dans une famille juive, Valérie Zenatti a émigré en Israël à l’âge de 13 ans. Avec sa famille, elle a vécu à Beer-Sheva, ville du sud d'Israël. De 1988 à 1990, elle effectue son service militaire comme toutes les jeunes Israéliennes de son âge.

« J'avais toujours cette impression de ne pas être au bon endroit. Je me sentais ashkénaze, mais ma famille était séfarade. J'ai rejeté la religion, tout en vouant une véritable passion à la Bible et au Talmud. J'adorais Jérusalem, mais je faisais tout pour aller à Tel-Aviv. » (extrait d'un entretien de l’auteur avec Émilie Grangeray, Le Monde 27 septembre 2002)

Elle revient en France pour y suivre des études d’histoire et d’hébreu (qu’elle a approfondi à l’Inalco). Elle est d’abord journaliste, puis passe le Capes pour devenir professeur d’hébreu, son premier poste est à Lille. Depuis 1999, Valérie Zenatti écrit des romans pour la jeunesse et traduit en français l’œuvre de l’écrivain israélien Aaron Appelfed.

 

(Source "bibliomonde")


A propos du rédacteur

Sophie Adriansen

 

Sophie Adriansen est l'auteur de plusieurs ouvrages en littérature générale et en littérature jeunesse, notamment Je vous emmène au bout de la ligne (Max Milo), Trois années avec la SLA (Editions de l'Officine), Un meeting (StoryLab), J'ai passé l'âge de la colo ! (Editions Volpilière), Louis de Funès - Regardez-moi là, vous ! (Editions Premium), Quand nous serons frère et sœur (Editions Myriapode). Ses nouvelles ont été publiées en recueils et dans différentes revues.

Elle participe à des jurys littéraires et tient depuis 2009 le blog de lecture Sophielit.

www.sophieadriansen.fr

 

http://www.lacauselitteraire.fr/j-ai-passe-l-age-de-la-colo-sophie-adriansen J'ai passé l'âge de la colo !