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Marcher. Eloge des chemins et de la lenteur, David Le Breton

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas 05.07.12 dans La Une Livres, Les Livres, Essais, Récits, Métailié

Marcher. Eloge des chemins et de la lenteur, avril 2012, 176 p. 9 €

Ecrivain(s): David Le Breton Edition: Métailié

Marcher. Eloge des chemins et de la lenteur, David Le Breton

 

Que vous aimiez partir du côté de Guermantes ou randonner sur les crêtes montagneuses, contempler un lac ou arpenter les ruelles d’un centre-ville, amis marcheurs, ce livre est pour vous. Avec la finesse et la rigueur qu’on lui connaît, David Le Breton reprend la réflexion sur la marche qu’il avait entamée il y a dix ans. Si cet ouvrage ne renouvelle pas fondamentalement la question, il apporte une vision synthétique et une profusion de références qui témoignent de la vivacité et de l’évolution du phénomène. Etrangement, cet Eloge des chemins et de la lenteur donne l’impression d’une profondeur, marquée pas après pas. L’écriture fluide et précise figure ce chemin sur lequel l’auteur nous entraîne, à la suite de ces nombreux marcheurs, témoins, écrivains ou philosophes qui apportent leurs éclairages divers à l’ouvrage : « un chemin est une proposition, bien entendu une orientation ou une direction », une « tension vers un au-delà que chaque pas repousse plus loin ». Explication d’aspects surprenants et micro-récits se succèdent en parallèle à l’analyse d’ensemble menée par David Le Breton.

Marcher aujourd’hui constitue « un anachronisme », un moment de coupure avec le rythme effréné du quotidien : on s’y dégage de l’utilitaire, de l’efficacité pour retrouver l’inattendu, l’ouverture, la sensation. On ne marche pas pour se rendre en un lieu précis. On marche pour la route, le mouvement, pour se retrouver soi-même, à travers un corps remis en action. Au gré des accidents et des détours, les repères changent et la réflexion se métamorphose en parole conjointe de l’âme et du corps. Les plus belles idées traversent le marcheur et le délaissent au moment de l’arrivée.

« Un marcheur est un homme ou une femme qui se sent passionnément vivant et n’oublie jamais que la condition humaine est d’abord une condition corporelle, et que la jouissance du monde est celle de la chair, et d’une possibilité de se mouvoir, de s’extraire de ses routines ».

Marcher « libère des contraintes d’identité ». Loin des obligations de la vie sociale, des canons esthétiques, des pressions diverses exercées par ce qui l’entoure, l’individu se rend disponible à lui-même. « La marche est inutile comme toutes les activités essentielles. Superflue et gratuite, elle ne mène à rien sinon à soi-même après d’innombrables détours ».

Gageons que vous serez gagné par l’envie d’ouvrir et de parcourir cet ouvrage comme l’on se décide à mener un cheminement intérieur avec jouissance et lenteur ; et peut-être vous décidera-t-il à sortir et à accepter de perdre votre temps et votre route, sur un humble chemin de campagne, au détour de rues inconnues. « Ce n’est pas une découverte, c’est un retour ». En chemin vers vous-même.

 

Myriam Bendhif-Syllas


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A propos de l'écrivain

David Le Breton

David Le Breton est professeur de sociologie à l’Université de Strasbourg, membre de l’Institut universitaire de France et du laboratoire URA-CNRS « Cultures et sociétés en Europe ». Il est spécialiste des représentations et des mises en jeu du corps. Il a écrit une vingtaine d’ouvrages depuis Corps et sociétés en 1985. Dernières publications : Eclats de Voix (2011) et Marcher (2012) chez Métailié.

 

A propos du rédacteur

Myriam Bendhif-Syllas

 

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Rédactrice

Responsable de la section "littérature jeunesse"

Domaines de prédilection : littérature jeunesse, littérature francophone, documentaires.

Genres : récits, documentaires et albums jeunesse, BD, romans sur l'enfance et l'adolescence, la marginalité.

Maisons d'édition les plus fréquentes : Talents Hauts, Seuil Jeunesse, Sarbacane, Gulfstream, La Boîte à Bulles... Seuil.