Identification

Ma mère est une fiction, Chris Simon

Ecrit par Martine L. Petauton 12.12.12 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Récits, publie.net

Ma mère est une fiction, 2012. 52 p. 1,99 €

Ecrivain(s): Chris Simon Edition: publie.net

Ma mère est une fiction, Chris Simon

 

Chris Simon, son écriture aboutie, professionnelle, ses sujets fous, juste pour elle – un sur mesure, en somme d’imagination désaxée. A La Cause Littéraire, on connaît, et on aime ! Souvenez-vous Le baiser de la mouche, un de ses premiers opus, un pur bonheur.

Ici – format numérique défilant vite, avec son lot de surprises en chaîne, convenant parfaitement à l’écriture et au sujet –, elle nous offre, un peu cadeau de Noël, avant l’heure, une grosse nouvelle, un petit roman-écrin, au titre accrocheur : Ma mère est une fiction, qu’on a évidemment envie d’aller voir. Il s’agit de voyages ; on ne regrette pas.

Difficile, et peut-être inutile de dire « ça parle de… ». Chez Chris Simon, les contraintes de temps, d’espace, sont depuis longtemps parties dans l’intersidéral, et plus loin encore. Personnages – dont le principal, la femme qui dit « je » – naviguent entre un présent que tout le monde ne connaît pas – est-ce même un présent ? un passé à deux pas, sage, plat, sous les pins des Landes, et – s’il n’y avait que ça ! – un tour chez les dieux, grecs, tant qu’à faire… Chez Simon, se laisser embarquer a des allures follement angoissantes de grand manège ; ceux qui font tellement peur et plaisir à la fois.

« Des pins, plantés à espaces réguliers, exposent leurs troncs dégingandés, donnant l’impression qu’ils ont grandi trop vite, et quitté leur enfance avant même de l’avoir commencée » ; la fille – mais quel âge au fond ? – et sa mère font une randonnée à vélo dans une pinède, en sortira-t-on ? quoi de plus banal, inoffensif, même… quotidien décliné à petites touches exactes ; l’auteur sait être la narratrice de l’enfance, des rapports mère-fille, de lieux qui prennent vie au détour de détails, l’humour pétaradant en bandoulière : « sur le chemin… de la hanche celluliteuse, du cul mou, granulé… bedaines mâles et embonpoint féminin postménopausé des retraités passant leur temps à table depuis que samedi plus dimanche est égal à tous les jours de la semaine ».

2012 revient, comme repère régulièrement : on est averti que la femme du « je » est dans sa phase adulte, enseignante, pourvue d’un compagnon des plus aimables ; il est question d’un de ces voyages-organisés qu’on rencontre dans les sujets d’Envoyé spécial ; ces séjours à la dure, où vous êtes conviés à voir jusqu’où iront vos forces physiques, bien plus encore, votre mental ; et, voilà, la quinzaine en Amazonie, hors confort, bêtes en sus, sanitaires restés en terre « civilisée ». Le genre où l’on se dit – mi-apitoyés, mi-colériques –, mais que sont-ils allés faire dans cette galère ?? sauf que là, le « circuit » est : « trainpensioncomplète » ; des amis leur ayant conseillé d’éviter le « trainpensioncomplètechambreàgaz »… oui, vous avez bien lu ; simulation d’un aller (retour) France/Pologne… fallait l’imaginer ! Croyez-vous, cependant, qu’on puisse être vraiment sûr de ne pas le voir en catalogue, d’ici… peut-être assez peu.

Mais peut-on écrire sur tout – et, ça, évidemment ? – peut-on dans ce registre où l’humour tient la corde ; peut-on, vraiment ? en dehors du sérieux, du triste, du commémoratif ? Il est vrai que depuisLa vie est belle, le débat a pris corps.

Chris Simon a mis en exergue de son texte une belle et si définitivement juste citation de Hannah Arendt (« il s’est passé là quelque chose dont plus personne ne peut se débarrasser ») puis a laissé filer son imaginaire dévastateur. On pourrait craindre le pire… On a presque peur pour elle. Or, ça et là, efficaces grâce au registre, les vraies valeurs sont bien là, au rendez-vous… « Patrice », le compagnon, « croit qu’il suffit de se mettre à la place des autres et vivre leur expérience pour les comprendre… » ; l’épopée suit son cours, et le cœur se serre, bat au rythme de cet événement gigantesque, même là, dans ce livre a priori loufoque. L’Histoire, celle qu’on connaît tous, des wagons de la mort, est là, avec ses ressentis, ses mots, ses situations à peine murmurables. Objectif, selon moi, parfaitement atteint ; cœur de cible. « Deux soldats surgissent dans le wagon. L’un arrache le Iphone des mains de Laure, l’autre, la roue de coups, bottes, bâtons, bottes, bâtons… ».

Et puis – mais, est-ce finalement si loin de l’Odyssée précédente – il y a cette descente au pays des dieux ; une pincée d’Orphée ; registre fantastico-poétique ; fou. Quelque chose du Grand Guignol rassurant après le noir absolu du reste : « qui es-tu ? Zeus – de la Grèce antique ? – antique, moi ? ».

Quand je vous disais, voyages… Réussi.

 

Martine L Petauton

 

http://www.publie.net/fr/ebook/9782814506954/ma-mere-est-une-fiction

 

  • Vu : 4592

Réseaux Sociaux

A propos de l'écrivain

Chris Simon

Chris Simon est une nouvelliste, scénariste et atelieriste franco-américaine. Depuis 2004, ses nouvelles ont été publiés dans nombreuses revues francophones : Mondes Francophones, Moebius et Virages, Remue-Méninges, Diptyque, Décharge, Brèves et Rue Saint Ambroise. Elle est également l’auteur de deux recueils de nouvelles Le baiser de la mouche, publié en 2011 aux éditions Kirographaires et La couleur de l’œil de Dieu, e-book disponible sur itunes, Amazon Kindle et NookBook de Barnes & Noble.

 

A propos du rédacteur

Martine L. Petauton

Tous les articles de Martine L. Petauton

 

Rédactrice

Responsable du comité de rédaction

 

Chargée des relations avec les maisons d'édition

Présidente de l'association "Les amis de la Cause Littéraire"

Martinelpetauton@lacauselitteraire.fr

 

Professeure d'histoire-géographie

Rédactrice en chef du Webmag "Reflets du Temps"

Auteure de publications régionales (Corrèze/Limousin)