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Ma captivité chez les Sioux, Fanny Kelly

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas 04.09.12 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Petite bibliothèque Payot, Récits, USA

Ma captivité chez les Sioux, trad. (USA) par Danièle Momont, Petite Bibliothèque Payot, mai 2012, 266 p. 8,65 €

Ecrivain(s): Fanny Kelly Edition: Petite bibliothèque Payot

Ma captivité chez les Sioux, Fanny Kelly

Fanny Kelly sera l’auteur d’un seul livre, mais de quel livre ! Dans Ma captivité chez les Sioux, récit encore inédit en français, elle relate une expérience unique en son genre et témoigne à sa façon particulière de la culture d’un peuple, les Sioux Oglalas. Ma captivité chez les Sioux est une lecture originale, où l’aventure le dispute au documentaire, qui vaut surtout pour le regard de la narratrice, une jeune femme courageuse et observatrice, une Blanche parmi les Peaux-Rouges.

En 1864, Fanny Kelly est une jeune femme de 19 ans lorsqu’elle se lance dans ce périlleux voyage qu’est la conquête de l’Ouest, aux côtés de son mari et de leur petite fille adoptive. Leur convoi est attaqué par des guerriers Sioux qui ne laissent aucune chance aux colons. Seules Fanny et sa fille échappent au massacre et au pillage et se retrouvent prisonnières.

Durant cinq mois, Fanny va vivre au rythme de la tribu, partageant le quotidien rude, les fêtes rituelles, les souffrances de ce peuple pour lequel elle éprouve à la fois respect et crainte. Elle va vivre dans l’angoisse d’avoir perdu son mari et sa fille qu’elle a tenté de faire s’échapper dès leur première nuit de captivité. Fanny ne se résigne jamais et tentera, de multiples façons, de contacter les siens afin d’échapper au joug de la tribu.

Pour cette dernière, elle devient une sorte de trophée d’exception, objet des convoitises des autres clans et de tractations obscures. Tantôt protégée, tantôt malmenée, elle survit grâce aux bonnes dispositions du chef Ottawa.

La plume de Mme Kelly se fait épique, voire grandiloquente lorsqu’elle vante les qualités de ses compatriotes ou qu’elle s’emporte dans des envolées mystiques ; elle condamne sans appel les défauts des braves qui l’ont privée de sa famille ; mais elle atteint des sommets en revanche dans les descriptions des paysages traversés, révélant un véritable talent pour la description. La traduction se révèle sensible à capter ces diverses tonalités du texte.

Certes les rebondissements de cette détention retiendront l’attention du lecteur, mais c’est bel et bien la singularité du regard de Mme Kelly qui marque ce récit de son empreinte. Un regard féminin tout d’abord qui s’arrête à des précisions pratiques, au sort des femmes indiennes… « Le Peau-Rouge n’agit que par calcul ». « Chez lui, la cruauté est innée et se manifeste tôt ». Si, comme ses contemporains, Fanny voit les Sioux comme des sauvages cruels et inférieurs, l’ambigüité de ses sentiments et de ses remarques témoignent d’un certain attachement pour ses geôliers. En découle une analyse intéressante de la main mise par les Occidentaux des territoires indiens, des effets néfastes de la civilisation sur les Indiens, de la lutte désespérée et vaine des clans pour préserver leurs terres et leur culture.

« Qu’on abatte du bois d’œuvre, qu’on tue des bisons ou qu’un convoi traverse la région, tout ce qui peut donner à penser que le Blanc s’empare définitivement des lieux suscite une hostilité meurtrière. C’est l’ultime espoir des Peaux-Rouges ; s’ils n’opposent plus de résistance, il leur faudra mourir ou vivre à jamais sous le joug des lois blanches. Voilà pourquoi ils ne manquent pas une occasion de tuer des Blancs, de les harceler ou de les voler ».

Enfin, la description détaillée du mode de vie des Oglalas, de leurs coutumes et de leurs cultes, de leurs relations, s’avère des plus passionnantes. La présentation liminaire de Françoise Lapeyre apporte en outre un complément d’information et une mise en contexte éclairants pour comprendre au mieux les enjeux de ce témoignage.

 

Myriam Bendhif-Syllas


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A propos de l'écrivain

Fanny Kelly

 

Fanny Kelly (1845-1904 [1] ) était une femme du Nord pionnier américain capturé par les Sioux et libéré cinq mois plus tard. Plus tard, elle a écrit un livre sur son expérience appelée Récit de ma captivité chez les Indiens Sioux en 1871.

A propos du rédacteur

Myriam Bendhif-Syllas

 

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Rédactrice

Responsable de la section "littérature jeunesse"

Domaines de prédilection : littérature jeunesse, littérature francophone, documentaires.

Genres : récits, documentaires et albums jeunesse, BD, romans sur l'enfance et l'adolescence, la marginalité.

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