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Lucie ou la vocation, Maëlle Guillaud

Ecrit par Thomas Besch-Kramer 16.08.16 dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, Roman, Héloïse D'Ormesson

Lucie ou la vocation, août 2016, 176 pages

Ecrivain(s): Maëlle Guillaud Edition: Héloïse D'Ormesson

Lucie ou la vocation, Maëlle Guillaud

 

On se demande, à lire les belles phrases courtes, précises et documentées de Maëlle Guillaud, si son roman n’est pas infusé d’une réalité qu’elle a peut-être connue…

Lucie et Mathilde, Juliette l’espiègle aussi, forment un binôme dans la Congrégation des religieuses parisiennes ; les corps se transforment, s’empâtent ; la foi et l’idée de la foi sont meurtries par le chaud-froid des humiliations/récompenses de la mère supérieure.

Le texte est donc réel, sans effets de réel (Barthes) mais rempli d’une simplicité à l’évocation des mobiles intérieurs : « Maman, j’ai choisi cette vie. Je suis au plus près du Seigneur, de Son amour » (p.72).

Aussi, on note des touches de réalité romantique quand le paysage extérieur reprend les doutes à propos d’une vocation : « Les murs sont muets. Et le désir frappé d’exil. Elle est épuisée » (p.76).

La lecture fluide est agréable pour qui – comme votre critique littéraire – a contemplé l’entrée en vie monacale, pour qui a vécu une enfance – et continue de vivre – dans l’oppression des catholiques ultra-hypocrites de gauche : « mangez, empâtez-vous de “bœuf bourguignon” (double portion obligatoire dans le roman) et priez, soyez docile à la Règle ! ».

On le voit, il y a une critique implicite du religieux comparé à la Religion. Le sentiment religieux est en soi noble quand les prescriptions des Religions, ordres tout humains, sont abêtissantes et se font humiliations avant de transformer les corps et les âmes en pâte informe mais malléable.

On sait gré à Maëlle Guillaud d’expliquer avec clarté et simplicité le passage presque normal d’une classe préparatoire hypokhâgne avec ses humiliations et « ses moyennes négatives » au noviciat inhumain et tout aussi humiliant pour le corps et l’esprit d’une Congrégation.

Tout, ainsi, n’est pas rose dans l’accueil des vocations ; les appelé(e)s – et on croit à certains moments, en faire partie – ont besoin de discernement, pas d’ordres et de punitions d’une mère supérieure adjudantesque comme il en existe beaucoup dans les milieux ultra-catholiques de gauche.

Ce roman nous touche donc par sa vérité romanesque et ses peu nombreux artifices romantiques éclairants. On s’y croit et on gage que Maëlle Guillaud croit tout aussi en Dieu qu’elle s’est libérée de l’empâtement grossier des « vraies » religieuses (sœur Marguerite-Marie au monastère de la Visitation d’Annecy). Son livre n’est pas un pamphlet : c’est un livre triste sur la lucidité, parfois la joie, d’une femme qui recherche un idéal transcendant, idéal que les Catholiques et leurs institutions tout humaines dévoient : « Je hais l’Eglise, je hais le cardinal et je la hais, elle, qui accepte de s’humilier devant Lui. Le don de soi au Seigneur est effroyable et irréversible. Je chavire » (Juliette, p.114).

 

Thomas Besch-Kramer

 


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A propos de l'écrivain

Maëlle Guillaud

 

Née en 1974, Maëlle Guillaud est éditrice. Lucie ou la vocation est son premier roman.

 

 

A propos du rédacteur

Thomas Besch-Kramer

 

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Lauréat du Conseil International d'Etudes Francophones (Ottawa, 2005), je ne cesse d'interroger l'art, les sciences et les religions sur les questions du bien, du mal. J'ai fréquenté les cieux avec l'aviation et les langues avec l'enseignement.