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Les prêches de l’hérétique (par Julien Quittelier)

Ecrit par Julien Quittelier 04.09.19 dans La Une CED, Ecriture, Création poétique

Les prêches de l’hérétique (par Julien Quittelier)

 

Sentez de ces flacons la crasse furibonde !

S’ils ont empuanti les laudes du vieux monde

C’est que leur gros corset souvent cru se confond

À cette ivresse en pieu qu’est votre esprit sans fond ;

 

Ils clamsent s’ils refont, couleuvres du berceau,

L’angoissée opaline en son votif tombeau ;

Ils éclosent, rythmés par pucelles et myrrhes ;

Odoriférants que farfouillent vos deux lyres !

Il en est un qui siège en Graal des souvenances,

Celui dont la beauté crapote vos prestances ;

Et qui de l’ombre au pus trame diluviaux

La vêpre et le fumiste : argh ! Ces soûls bestiaux !

 

D’autres comme des blocs, des crachats et des fers,

Souscrivent au présent, décrus de mille enfers :

Oméga, linceul, sens, non-être, répugnance ;

Et puis vous les blairez – la gorge ne les tance !

 

Chaque nuitée amoche une aube métissée,

Chaque voûte s’épelle astrale, et l’odyssée

Inéclose des temps se mêle avec l’ardeur

Des stèles du combat que l’on doute vengeur ;

 

Mais les maux paresseux, les déroutes, les creux,

Dans l’armada bouffis d’un silence glaireux,

Fourbissent la tristesse aux lâches robustesses

En la vôtre néant – Hé ! Belles pécheresses !

 

Vous êtes les outils de leur champ que dessine

De vos contorsions la terreur alcaline ;

Ah !… Mais voyez encor mantes et vespéral :

Cette complie atteste un sursis vertébral !

 

Car c’est comme endeuillés, soumis avilissants,

Que vous humectez l’art (fientes des firmaments),

Votre ivresse halée est sociale, comme

Le rendez-vous du pitre et du rachitique homme…

 

Ces flacons, que sont-ils ? Des sourdes villanelles

Qui produisent, comme ordre, une loi parmi celles

Que vous postillonnez longuettes de raffut

Qui tord la préscience et le dédain promu…

 

Que vous apportent-ils ? Des lèvres et des lois

Que molestent les sens des déluges sournois ;

Que vous pénètrent-ils ? Qu’un tel lacrymatoire

Parvienne et sache, soit si malléable à croire,

 

Ce n’est pas assez faux pour vous scier, pauvresses !

Mais déjà pour snober ! Soleilleux de paresses,

Comme enfanter un astre au ciel des orphelins

Et le défleurir vif de charniers abyssins.

 

Bethléem paraissant les Tikal et les mâts,

(La vulve balafrée ou la vulve en trépas) ;

Ô mais priez ! Priez… le parfum-décalogue ;

C’est donc Dieu qui surprend ses prieux : crève et vogue !

 

Ce parfum plus moral laisse place à l’éthique,

Que la soumission en actes se prédique

Encor par de fameux encensoirs surannés,

C’est bien là de ce siècle un point des deuils vannés.

 

Et lui, ce flacon feu des élisabéthains,

Ce poète à la mère ou ses sonnets en grains,

Il se goûte ordalique et, summum de débauche,

S’avale omniprésent de son gras qui se fauche.

 

Le flacon philosophe est plus creux d’amalgames,

Des soucis le présent semble un con mû de flammes,

Car… singez-le de même, il vêt l’omniscient

D’illusion plus mûre et d’affect sénescent !

 

Le flacon nihiliste est sabir du prélat,

Et, voyez-vous, comment dépolir par-delà

Les cieux diligentés par la bêtise éclose ?

Niaiserie en tombe, en croc ; sale amaurose !

 

Et le flacon sectaire entonne les effluves

Rondouillets et messeux déglutis dans les cuves

De cet ecclésiaste en prime des néants

Qui tord de sa bavure un fiel toujours céans.

 

Et le flacon d’ignare, ivresse des déchus,

Dont l’esprit s’intitule en leurs brefs absolus,

Peuplés de ronflements et de raison scabreuse,

Se déflagre action de l’âme vétilleuse !

 

Les autres, vaniteux, ou princiers, et semblables,

Se veinent d’Ophélie aux madones ces diables ;

Et consort : l’absolu ; puisque encor ils refont

L’éthylisme avorté : l’imberbe crevaison…

 

Et bien voilà : je guette un chemin plus saillant

Peut-être vers cet œil que l’on croit ce manant ;

Ah ! Mais voyez son gouffre ! Il contemple le vide !

Et comme vous voyez : pouffez que l’art se bide !

 

Comment suis-je plus seul ? Innommé ? Cinéraire ?

Innommable ? Agonie ? Au diable le contraire !

Ah mais voilà ! Je plonge ! Ai-je l’or ? Suis-je l’art ?

Non mais ! Ressentez-moi : le sens meurt en retard !

 

Qu’êtes-vous, tôt veinés, sarcasmes et lynchés,

Si ce n’est le rayon des miasmes éthérés ?

Que parfument l’éloge et l’autre idiotie

Qu’est cet intitulé qui vous rogne et vous strie ?

 

Qu’est-il cet éteignoir des lions aphasiques ?

Il est un tout semblable aux stances des suppliques,

Lesquelles se tairont quand se taire sera

La plus haute révolte ivre en l’art scélérat ;

 

Ivresse ! Ivresse ! Soûls vous le serez… Innés

De crasse intime et fauve en bêchant ravinés

Les désespoirs proprets de vos dentelleries

Pour les parachever : fières putasseries !

 

Ah ! La putasserie ultime sera celle

Qui vous fera l’amen la hideur idéelle !

Mais telle hideur lors de vos gnons de pauvrets :

Comme pisseux de chlore ! Et gerbeux de boulets !

 

Omettant les flacons des roses lavements,

Accueillant comme émail les courageux satans,

Comme vous deviendrez ! La clique des satanes

Avec de ces pamphlets copulés et profanes !

 

Trimant sur les trottoirs comme un prêcheur de stances

Avec des yeux de fou comme un lynché d’arts rances,

Mes flacons ont été… (Quoi ? Vous perdez le fil ?

Hé ! Sentez le fiel vôtre, à vous – pamphlet civil !)

 

J’ai donc senti l’effroi me faire légion,

J’ai su que la beauté, par moi l’abjection !

J’ai crevé, j’ai crevé les syllabes des gueuses

À vous les démembrer sur vos faces messeuses !

 

Le flacon de la femme a fait de moi l’otage,

Le bienheureux cramé, sexué qui surnage !

Et j’ai par impudeur imploré quelque amour

Comme on implore un Dieu par le plus bel atour !

 

Et j’ai vu ! Ce regard : billot de la beauté,

Dans le vôtre rinçant la haine à coup paumé ;

Jusqu’en moi le lynchage en chœur de l’Ennéade

A trimé pour rythmer votre bitume en rade !

 

Julien Quittelier

 

Extrait du recueil de poésie Héliotrope aux enfers (2019)

 

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A propos du rédacteur

Julien Quittelier

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Né à Mons (Belgique) en 1991, Julien Quittelier est un poète. Il publie, en 2019, une œuvre poétique de 900 pages en quatre volumes : Vespéral de l’être, Sonnets du levant lacrymal, Héliotrope aux enfers et Antécédences nocturnes. L'auteur travaille actuellement à un roman et à un essai sur le symbolisme belge.

Bibliographie

Vespéral de l’être, poésie, éditions ÉLP, juin 2019.

Sonnets du levant lacrymal, poésie, éditions Stellamaris, juin 2019.

Mail : quittelierjulien@hotmail.fr