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Les Portes (2)

Ecrit par Ahmed Yahia Messaoud 12.09.14 dans La Une CED, Ecriture, Création poétique

Les Portes (2)

 

 

 

II

 

J’aperçus l’onde à l’instant où elle se fracassa contre un rempart.

Le soupçon de lumière embrasait mon échine. De mon ombre, le mur s’empare.

Je laissais mon appétit s’instruire, ma faim se remit à luire.

Ses doux roulis froissaient l’espace sans autant me nuire.

Almée, reine de minuit sur des écumes de flammes.

Attendant sous la trouée, par où surgissaient ses larmes.

Je dévorais ma faim des colonnes calcinées.

Cherchant une terre en mer. Une barque ruinée.

Des visages en offrande de deuil, et maux.

Dans l’ennui de la nuit bruissaient des mots.

 

Pour peu qu’on prête l’oreille, vibre la misère.

Religieuse de lune, qui rit d’un rire qui fait taire.

Ce que je serais demain, je le serais sans toi.

Inutile de le dire, mais je le crachais dans le désarroi.

Et les promesses ? Pourquoi pas des promesses ?

Elles seraient pour toi des messes.

Pour moi des prières, des genoux dans la poussière.

Mieux vaut sans étendards, ni manières.

Beau, fait de boue, ce fut un présage.

Admirant l’outil, oubliant l’usage.

Torpeurs navrantes, cerveau humide des flaches.

S’amusant, ivre de besognes, des inutiles tâches.

Oh, Dieu des choses, fais donc autre chose.

Assez des congestions, des fabriques de ventouses.

Détourne-toi de moi, et de ce qui s’est quantifié.

Détourne-toi de toi, et cours vers le diversifié.

J’ai rêvé la nuit sans temps, en cent ans.

J’ai débuté rampant, puis enfant marchant.

La tête pleine d’hiver pour une poignée de jours radieux.

Je jouais le fou, je traînais la meute de démons odieux.

Des injustes châtiments subis, naissent les fées.

Ces petites besogneuses subtiles, aphrodisiaques de l’esprit.

Elles seraient courtisées, aimées jusqu’à l’idolâtrie.

Les visages souriants, les yeux en fenêtres donnant sur un abîme… Niaiseries.

Et tous les Dieux subalternes te réciteraient en te traitant d’andouille.

Ricanant : – Ton avenir est dans tes couilles.

Elle me murmura ses cris…

Nous irons sans mains, peindre le ciel des saisons des gueux.

Nous partirons à l’aube sans bagages recoudre les passions.

Nous aménagerons les lamentations pour qu’elles deviennent des pensées.

Nous irons raconter l’orage à la terre, pour revoir les herbes pousser.

Nous cèderons jusqu’à notre âme, pour le silence glorieux.

Nous… J’entendais des profondeurs, le soleil bâtir son empire.

 

Misère au mieux !

J’ouvrais les yeux sur le midi d’Illizi. Août, 55 degrés.

Peau noircie, me vautrant dans mon vomi.

J’avais bu, j’étais ivre, je m’étais perdu.

La chaleur m’effraie, le sable m’éblouit, je me suis rendu.

En ce 27ème jour du mois sacré.

J’étais contaminé de soleil, je le voyais virer au bleu avec des boutons d’acné.

Eteindre le soleil, telle était ma volonté.

Finir dans le froid et les ténèbres hantés.

Entouré de mes chimères et démons.

Me rappelant les vaches de mon père et ses moutons.

Peindre une icône, avec des couleurs de haine…

Non, je ne veux pas mourir de haine.

Les nomades ! Tout l’univers sous leurs sandales.

Ils m’arrachèrent à la mort, sans dire un mot ou mal.

Pour ce monde sans portes, ni murailles, je serais étranger.

Je serais retourné à mon récit biaisé, à mes habituelles Fourberies.

Vicaires aux visages lésés, calmant la boulimie de mon abîme.

Le voici mon amour, le voici travesti, fardé de mots sans rime.

Aux soins des Houris, brunes des tourments de fournaise.

J’abandonnais mes haillons, maudissant les princesses.

Mesdames ! Triste pudeur. J’éprouvais la femme suant des mélodies.

Je pensais ma mère. Hommage à mes oliviers.

Les Nymphes aux larges yeux, changeaient la vie, non pas les vitres.

S’empressaient avant le déclin du jour à me trouver le vertueux prêtre.

On me céda à la piété d’une Zaouïa. Aux pieux.

Où tout se répétait en rites, misérable était ce lieu.

Davantage à écouter, presque rien à regarder.

Seul compagnon, le Coran. J’étais livré. Délivré !

Oh, ces lourdes pattes sur ma tête.

Défilé, mascarade, me qualifiant de bête.

On m’arracha un ongle. J’écoutais :

« Certes, nous avons placé dans le ciel des constellations,

Et l’avons embelli pour ceux qui regardent » [Al-Hijr. verset 16]

J’avais un bandeau me couvrant les yeux.

J’avais dans mon idée, comme une espèce de confinement de lumière moisi.

J’avais dans l’idée l’ombre d’un maigre sentiment d’amour.

On me fit boire une eau qui a su écouter ;

« Ne foule pas la terre avec orgueil :

Tu ne sauras jamais fendre la terre,

Et tu ne pourras jamais atteindre la hauteur des montagnes » [AL-Isra, Verset 37]

L’âtre fumant. Des booms en rythme irrégulier.

Harmonieuses voix louant l’omniscient. Pitié.

Tantôt bouillir, tantôt enflammer des verdures méconnues.

Je buvais, je respirais l’apaisement. Le tout me semblait nu.

De quoi me guérissent-ils ? Pourquoi dorlotent-ils mes creux ?

On me versa de l’eau pour me purifier. Qui est donc ce « Moi » heureux ?

« Durcir lentement, lentement, comme une pierre précieuse

– Et rester finalement là, tranquille, pour la joie de l’éternité » [Friedrich Nietzsche, Aurore]

Ici, en ce lieu, je sentais transpirer les vendredis.

Voici épouses et concubines des Muphtis.

Serrant leurs voiles sur elles. Paupières en rideaux baissés.

Elles seraient reconnues et n’être point offensées.

Mon démon, mon djinn. Oh, ma vie, un exorcisme.

Non, vous ne me comprenez pas ! Humanisme.

 

Ahmed Yahia Messaoud

 

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