Identification

Les petites reines, Clémentine Beauvais

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas 06.07.15 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Jeunesse, Sarbacane

Les petites reines, avril 2015, 304 pages, 17 €

Ecrivain(s): Clémentine Beauvais Edition: Sarbacane

Les petites reines, Clémentine Beauvais

 

Clémentine Beauvais nous propose une histoire de boudins, au sens propre comme au sens figuré, une histoire qui oscille entre tristesse et comique débridé. Lauréates bien malgré elles d’un concours initié par Malo, Mireille, Astrid et Hakima sont les « boudins » de l’année dans leur collège de Bourg-en-Bresse.

Mireille, la narratrice, prend la chose avec un peu de plus de recul que les deux autres jeunes filles : normal, elle a déjà été couronnée l’an passé et elle subit depuis sa tendre enfance des remarques désobligeantes sur son embonpoint et sa laideur. Elle se pense blasée et, de plus, elle possède une répartie efficace et tranchante dont sont dépourvues Astrid et Hakima comme elle va le découvrir. Car Mireille décide d’en savoir plus sur ces filles qui doivent souffrir en silence des rires et des commentaires de la meute facebookienne.

« (Rubrique trucs et astuces de la vie, par Tata Mireille : prends les insultes qu’on te jette et fabrique-toi des chapeaux avec) ».

Pour les trois « boudins », c’est une révélation : elles découvrent ensemble l’amitié mais aussi la volonté de ne pas subir un destin que les autres vous imposent. Et en effet ce destin, les filles peuvent le changer : cette année même, lors du 14 juillet, pendant la réception de l’Élysée. S’y trouveront réunis Klaus Von Strudel, le mari de la Présidente et père qui s’ignore encore de Mireille, le groupe Indochine dont Astrid est une fan inconditionnelle et enfin le Général Sassin qui a envoyé dans une embuscade mortelle le frère d’Hakima et ses compagnons, Kader étant l’unique survivant, avec deux jambes en moins. Les « boudinettes » décident de monter à Paris, en vélo, tout en vendant des boudins durant leur périple, et de tout faire péter à l’Élysée.

Nous voici face à un scénario complètement loufoque mais dans lequel on se laisse prendre avec facilité et plaisir. Les péripéties du voyage dépassent l’entendement et l’auteure n’a pas sa pareille pour jongler avec les expressions et les moyens de communication des ados. Par leur ténacité, leur bon cœur et leur originalité, ces héroïnes du quotidien s’affranchissent des servitudes de l’image imposée par la société ; les médias en prennent également pour leur grade, prêts à soutenir une cause et son contraire dès qu’il y a une perspective d’obtenir « le » scoop.

Oui, les vrais gens qui existent semblent tous nous aimer. Il y a un tel gouffre entre les mots sur Internet et ceux des gens qu’on rencontre ! Et c’est bizarre, cette popularité. Je n’ai pas l’habitude qu’on me sourie comme ça. Je n’ai pas l’habitude qu’on me demande comment je vais. C’est peut-être ça que ça fait d’être beau ; j’ai toujours remarqué que les gens beaux attiraient les sourires et les « ça va ? ». On n’aime pas voir les gens beaux aller mal. Les moches, eux, évidemment qu’ils vont mal, ils sont moches.

Mais là, enfin, on a gagné le droit qu’on nous demande comment ça va, et qu’on nous sourie.

On est ici dans la farce, dans la caricature ; et certes, cet humour mordant, cette approche très directe de sujets délicats, ne plaira pas à tous. Notons que cela n’empêche pas la justesse des sentiments et la fragilité de poindre… L’auteure propose également une belle série de personnages féminins présentant chacun une facette du féminisme : la mère de Mireille, mère célibataire, prof de philo et auteure d’un essai qui ne demande qu’à être publié ; Simone de Gouges, la bloggeuse qui voit en nos trois « boudins » des modèles « déjantées et dégourdies » ; Adrienne, digne petite vieille dame ayant subi les humiliations lors de la libération et ayant choisi de vivre sa vie comme elle l’entendait.

Roman à partir de 13 ans

 

Myriam Bendhif-Syllas

 


  • Vu : 1252

Réseaux Sociaux

A propos de l'écrivain

Clémentine Beauvais

 

Clémentine Beauvais est née en 1989. Elle a publié une quinzaine de livres dont plusieurs titres chez Sarbacane. Bloggeuse, post-doctorante à l’université de Cambridge, elle se consacre aux romans comme aux albums jeunesse.

 

A propos du rédacteur

Myriam Bendhif-Syllas

 

Lire tous les articles de Myriam Bendhif-Syllas

 

Rédactrice

Membre du comité de rédaction

Responsable de la section "littérature jeunesse"

Domaines de prédilection : littérature jeunesse, littérature francophone, documentaires.

Genres : récits, documentaires et albums jeunesse, BD, romans sur l'enfance et l'adolescence, la marginalité.

Maisons d'édition les plus fréquentes : Talents Hauts, Seuil Jeunesse, Sarbacane, Gulfstream, La Boîte à Bulles... Seuil.