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Les Paradoxes de la postérité, Benjamin Hoffmann (par Didier Bazy)

Ecrit par Didier Bazy 07.02.19 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Les éditions de Minuit

Les Paradoxes de la postérité, janvier 2019, 243 pages, 29 €

Ecrivain(s): Benjamin Hoffmann Edition: Les éditions de Minuit

Les Paradoxes de la postérité, Benjamin Hoffmann (par Didier Bazy)


De qui se souvient-on ? De ses proches, de ceux que l’on a croisés. Dans le meilleur des cas. Pour le meilleur ou pour le pire. Chacun ses panthéons. Chacun ses enfers. Parfois les uns croisent les autres, en compensation ou contamination.

Plus précisément, que reste-t-il (de nos amours) des êtres morts que l’on a connus ? Chacun ses réponses.

Encore plus précisément : que reste-il de nos lectures et de nos non-lectures ?

Encore plus plus précisément : de quelle œuvre passée, de quel auteur (mort) se souvient-on ?

Encore plus plus plus précisément : qu’est-ce qui fait que telle œuvre, tel titre, tel auteur, telle autrice passe à la postérité ? et de quelle postérité s’agit-il ?

Ainsi la problématique – posée par Benjamin Hoffmann – semble-t-elle s’inscrire dans une série de sorites dont les suites ici sont classées en trois groupes et trois sous-groupes… (mais c’est sans doute par commodité et clarté de présentation et de lecture).

Neuf séries de paradoxes dans une collection paradoxale mais déjà légendaire pour les lecteurs de Minuit. Elle s’honore de Deleuze et Rosset, de Lapoujade et Grossman, de Didi-Huberman et Szendy, de Marx et Hamel… pardon pour les autres, faut bien stopper les séries sinon c’est chiant et je ne souhaite pas les refiler aux oubliettes de la postérité – en serais-je capable ? – Non.

L’organisation de ces séries limitées (par nécessité mais proliférantes) tient dans une table des matières que je ne vais quand même pas recopier pour La Cause littéraire. On y rencontrera (avec des rengaines et sur des rythmes enjoués) : Diderot, Casanova, Sartre, Molière, Bouddha, Rousseau, Champollion, Chateaubriand, Orwell… Ouf, ça fait neuf.

Les paradoxes de la croyance, de l’identité et de la médiation ne sont pas épuisés pour autant. C’est un des multiples aspects positifs de ce travail passionnant et éclairant. Certains y verront une faiblesse. Nous y détectons une œuvre ouverte qu’un Eco n’aurait pas manqué de lire tant il lisait.

En effet, à quoi bon écrire ? A quoi bon écrire quand la majorité des œuvres sombrent dans l’oubli ? Question de temps. A quoi bon écrire encore après avoir lu un splendide essai sur les paradoxes de la postérité ? Et cette question ne concerne pas seulement les écrivains ou les écrivant(e)s. L’essai peut très bien s’appliquer à la peinture, à la musique, à la philosophie ou à la science. A quoi bon lire à la fin ? A quoi bon faire de la philosophie, de la science ou de l’art ?

C’est là la limite absurde, paradoxale et, au fond, très kantienne. Inutile et incertain d’aborder ces rivages absurdes ou paradoxaux. Il faut vivre. Il faut lire. Il faut écrire. Il faut créer. Il faut se divertir. Par delà l’absurde et le paradoxal. Par delà la mort et les maladies.

Et rire. Rire de tous nos désirs d’éternité. Avec ou contre Ferdinand Alquié, passé dans une postérité confidentielle, précaire et provisoire, telle que nous, telle que vous. Tel est le fond mis en forme, à la surface d’une chronique sitôt lue sitôt oubliée.

Ce qui reste, c’est ce qui dure un peu plus longtemps. A peine plus.


Didier Bazy



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A propos de l'écrivain

Benjamin Hoffmann


Né en 1985, Benjamin Hoffmann est docteur de l’Université de Yale et professeur de littérature française à l’Université d’État de l’Ohio (OSU). Il est l’auteur de romans et d’essais parus en France et aux États-Unis.

Bibliographie (extrait) : Père et fils (Gallimard, 2011), American pandemonium (Gallimard, 2016), Lezay-Marnésia, Letters written from the banks of the Ohio (Pennsylvania State University Press, 2017), Posthumous AmericaLiterary Reinventions of America at the End of the Eighteenth Century (Pennsylvania State University Press, 2018).

 



A propos du rédacteur

Didier Bazy

 

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Co-fondateur de La Soeur de l’Ange (Ed. Hermann)

Co-fondateur de la Cause Littéraire

Editeur du 1er texte de HD Thoreau en Français

– Préfacier chez Pocket (Molière, Corneille)

– Deleuze et de Cuse (Collectif) Aux sources de la pensée de Deleuze. Vrin, 2005) dir : Stéfan Leclercq

– Après nous vivez (G S Editions, 2007)

– Brûle-gueule (Ed Atlantique, 2010) préface de Michel Host

– Thoreau, Ecrits de jeunesse (bilingue. Ed de Londres, 2012) préface de Michel Granger

L’ami de Magellan (Belin Jeunesse, 2013) sélectionné 2014 prix roman historique jeunesse

– Cendres    (Publie.net, 2015)

– Traitements de textes ( Ed. de Londres 2015 )
– Explorateurs, qui êtes vous ? (Ed. Bulles de savon 2016)

Sélection 2018 prix Michel Tournier Jeunesse

– Savants, qui êtes-vous ? ( Ed. Bulles de savon, diff-distr Flammarion )2017

à paraître 2018

– Péguy internel