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Les nombres, Viktor Pelevine (2ème critique)

Ecrit par Pauline Fouillet 21.02.15 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Alma Editeur

Les nombres, septembre 2014, 380 pages, 19 €

Ecrivain(s): Viktor Pelevine Edition: Alma Editeur

Les nombres, Viktor Pelevine (2ème critique)

 

Complètement loufoque, une histoire étrange, un personnage un peu barge sur les bords. Voilà résumé le dernier roman traduit de Viktor Pelevine. En Russie, Pelevine est l’un des écrivains les plus lus. Traduit en 33 langues, nominé pour le prix Nobel, il exerce une influence énorme dans le domaine littéraire. Pourtant, en France, il est loin d’avoir la renommée qu’il lui revient.

Ce roman, c’est du grand art. L’auteur y manie les mots comme un boucher manie ses couteaux : avec passion, dextérité et précision. L’histoire est quelque peu toquée. Un homme, Stiopa, russe, dirige sa vie aussi bien professionnelle que personnelle autour d’un nombre « porte-bonheur ». Ce dernier, en l’occurrence, le 34, est censé lui porter chance et lui indiquer les voies à suivre. Ainsi, s’il doit louer par exemple un local, il choisira celui qui porte le numéro 34 de la rue ; sa petite amie sera celle qui à l’hôtel choisira d’elle-même ce numéro de chambre (sans même savoir cette passion de la part de son homme). Mais gare au 43 ! Ce nombre très néfaste pour lui ne sera qu’ombre et trahison !

Drôle, franc, parfois cru, la vie de Stiopa est un véritable roman. Personnage terriblement tourmenté et incrédule, il laisse une drôle d’impression sur le lecteur, qui ne sait alors s’il doit le trouver épatant ou ridicule. Mais une chose est sûre, celui-ci rit, parfois franchement, parfois jaune. L’ironie, souvent à son comble et les jeux de mots décuplent le plaisir de lecture : La quatrième de couverture présentait la chose comme « l’organe des nudistes linguistiques qui ne reconnaissent pas les feuilles de vigne hypocrites sur le beau corps animal de la langue russe ».

Bien plus qu’une blague, ce roman est aussi une véritable leçon de chose. L’auteur y développe de nombreux points sur des sujets aussi divers que la politique, la mafia, la religion, les maths… Sous des dehors faciles, il envoie des messages, il décode des règles, il règle des comptes : « On achète en l’occurrence l’image de soi-même à travers les biens matériels » dixit le choix de la pub pour sa société. Fétichiste ou génie fou, on suit ses pérégrinations, sa carrière professionnelle, ses amours, avec délectation. Et l’on attend alors avec impatience la prochaine traduction de cet auteur fantasque et fantastique, pépite de la littérature contemporaine.

 

Pauline Fouillet

 

Lire la critique de Cathy Garcia


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A propos de l'écrivain

Viktor Pelevine

 

Né en 1962 à Moscou, Viktor Pelevine suit un séminaire littéraire à l’université Gorki après une formation d’ingénieur en électromécanique à l’Institut de génie énergétique de Moscou. De ce jour, il écrit. D’abord dans la presse, puis son premier roman en 1992. Puis, entre autres, L’Ermite et Sixdoigts et La Mitrailleuse d’argile. Il a reçu de nombreux prix littéraires et fut élu en 2009 intellectuel le plus influent de la Russie à l’issue d’une grande enquête menée par Open Space.ru. Lue par plus de 3 millions de Russes, traduite dans 33 pays, son œuvre est particulièrement appréciée au Japon, en Chine et en Angleterre. Après Les Nombres en 2014, deux autres brefs romans (Opération Burning Bush et Les codes anti-aériens d’Al-Efesbi) paraîtront en 2015 chez Alma.

A propos du rédacteur

Pauline Fouillet

 

Rédactrice

 

Je suis née le 27 avril 1988 à Ruffec (Charente). Après un master de droit dont une année effectuée en Italie, je reprends ma véritable passion, la littérature. Je deviens alors libraire dans une librairie indépendante et chroniqueuse pour divers magasines littéraires. Je parle et lis couramment l'italien et découvre ainsi leur littérature en langue originale.