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Les Moments forts (4) : Egon Schiele à Vienne, par Matthieu Gosztola

Ecrit par Matthieu Gosztola le 28.02.18 dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques, Côté Arts

Les Moments forts (4) : Egon Schiele à Vienne, par Matthieu Gosztola

 

Passant, à l’Albertina, dans un cérémonieux regard, d’une œuvre à l’autre, nous prend un frisson. Nous sommes devenus mousse, forêt. Et une rigole d’eau – ce frisson – caresse (un peu plume) la mousse de notre corps intérieur (ouvert aux vents enchanteurs qui, légèrement, rudoient : vents de nos Mille Nuits, de nos Mille et Une Nuits). Marchant d’une œuvre à l’autre, nous permettons à notre œil d’être : ce qui écoute. Regardons, écoutons : exquise, déroutante, dérangeante fragilité de ce qui se dit sans affectation. Sans pose. Dans la nudité du premier jour et de la première nuit : dans la nudité nue, de l’enfance éblouie et de la mort (Duras est en étreinte, sans le savoir peut-être, avec Schiele). Sans pose aucune ? Sans même user du langage (d’un quelconque langage). Fragilité accomplie de ce qui se montre sans parer cette monstration, sans la recouvrir, geste social, au moyen d’un voile aux couleurs délavées mais se voulant intenses quoique moirées (les atours du convenu). Beauté certaine de ce qui se montre jusque dans la mort, laquelle perce dans la vie organique : les os, les tendons, le sexe comme une blessure.

Mais approchons-nous (satin) davantage. Trouble (un brouillard exhalant paradoxalement le paysage – tout paysage étant souffle, étant parfum –), trouble du visage couché dans son trouble : rose ou rouge. Mélopée de couleurs intimes ; désordre de bleus. Assurément, cette exposition fut l’un des grands moments récents de la vie culturelle européenne.

 

Matthieu Gosztola

 

Du mercredi 22 février 2017 au dimanche 18 juin 2017, au Palais Albertina (Albertinaplatz 1, 1010 Vienne, Téléphone 00.43.1.534.83.510, site internet : http://www.albertina.at)

 

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A propos du rédacteur

Matthieu Gosztola

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Rédacteur

Membre du comité de rédaction

 

Docteur en littérature française, Matthieu Gosztola a obtenu en 2007 le Prix des découvreurs. Une vingtaine d’ouvrages parus, parmi lesquels Débris de tuer, Rwanda, 1994 (Atelier de l’agneau), Recueil des caresses échangées entre Camille Claudel et Auguste Rodin (Éditions de l’Atlantique), Matière à respirer (Création et Recherche). Ces ouvrages sont des recueils de poèmes, des ensembles d’aphorismes, des proses, des essais. Par ailleurs, il a publié des articles et critiques dans les revues et sites Internet suivants : Acta fabula, CCP (Cahier Critique de Poésie), Europe, Histoires Littéraires, L’Étoile-Absinthe, La Cause littéraire, La Licorne, La Main millénaire, La Vie littéraire, Les Nouveaux Cahiers de la Comédie-Française, Poezibao, Recours au poème, remue.net, Terre à Ciel, Tutti magazine.

Pianiste de formation, photographe de l’infime, universitaire, spécialiste de la fin-de-siècle, il participe à des colloques internationaux et donne des lectures de poèmes en France et à l’étranger.

Site Internet : http://www.matthieugosztola.com