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Les mille veuves, entretien avec Damien Murith

Ecrit par Valérie Debieux 21.11.15 dans La Une CED, Entretiens, Les Dossiers

Les mille veuves, entretien avec Damien Murith

« Assises devant les maisons, les femmes raccommodent les mailles déchirées des filets. Leurs doigts sont gercés ; par habitude ils ne saignent plus.

Elles parlent des hommes, de la mer, elles parlent des mains affolées qui s’agitent au bout des quais, des lèvres qu’il faut pincer car au fond de la bouche cogne la nausée des grandes peurs, des tumultes du cœur quand l’attente a le souffle de la cire et de l’encens, elles parlent, elles chantent, et leurs voix comme des brouillards s’élèvent immenses et lasses » (Quatrième de couverture).

 

Valérie Debieux : Damien Murith, après La Lune assassinée et Les mille veuves, vous êtes en cours d’écriture du troisième volet de ce triptyque peu ordinaire. L’évocation du « ciel » va-t-elle ainsi succéder à celle de la « terre » et de la « mer » ?

Damien Murith : Le ciel aura effectivement une présence importante dans les trois volumes. Il est celui qui regarde les hommes, le témoin des drames à venir, celui par qui les saisons viennent, s’en vont. Par contre, il ne sera pas la suite de la terre et de la mer ; le troisième volume aura pour cadre la pierre, plus précisément, la ville.

Valérie Debieux : Votre premier roman, La Lune assassinée, a été couronné à quatre reprises : Prix SPG, Prix Bibliomedia, Prix Alpes-Jura et, enfin, Prix du Livre du Village de Ceyreste et il a également été sélectionné par le Prix des Libraires. Comment avez-vous vécu cette année 2014 ?

Damien Murith : Je l’ai très bien vécue ! C’est un grand plaisir, une fierté que de recevoir un prix. Mais les prix ne sont pas un objectif à atteindre. De plus, leur attribution est très subjective. Il y a malheureusement tant d’excellents romans qui ne sont pas primés alors qu’ils le mériteraient tellement. Mon objectif est d’écrire du mieux que je le peux, avec plaisir, et si prix il devait y avoir, alors tant mieux.

 

Valérie Debieux : Qu’est-ce qui vous a conduit à l’écriture et, plus particulièrement, à celle de ce triptyque ?

Damien Murith : J’écris depuis le collège. Des poèmes, des nouvelles. Par jeu, par ennui parfois. Sans volonté d’une publication. Arrivé à l’âge de quarante ans, j’ai pensé qu’il était temps de prendre un risque, et je me suis lancé. L’idée d’une trilogie a germé durant l’écriture de La Lune assassinée. Raconter l’histoire de trois femmes, trois drames qui se déroulent dans trois cadres différents. Une trilogie de forme, d’ambiance, où chaque volume peut se lire de façon totalement séparée.

 

Valérie Debieux : En plus d’être un homme de plume, vous enseignez. Qu’est-ce que vous désirez le plus transmettre à vos élèves ?

Damien Murith : Je travaille avec des adolescents en grande difficulté scolaire et sociale. Le but est avant tout de leur redonner l’envie d’apprendre afin que leur entrée dans le monde professionnel se fasse au mieux.

 

Valérie Debieux : Quelles sont les lectures qui ont accompagné votre enfance ?

Damien Murith : Enfant, je lisais très peu. Le basket occupait tout mon temps. Je me souviens tout de même avoir lu Le dernier des MohicansIvanhoéMichel Strogoff, et bien sûr les aventures fascinantes de Oui-Oui. J’ai aimé lire vers dix-sept ans seulement. Avant, la lecture me semblait un devoir scolaire, et comme je n’aimais pas l’école…

 

Valérie Debieux : Quels sont les univers d’auteurs qui vous interpellent le plus ?

Damien Murith : Ils sont nombreux. Je recherche bien sûr les univers sombres comme celui de Queffelec, mais j’apprécie aussi les univers plus légers, même comiques comme celui de Kolebka. J’aime être surpris, que l’auteur, par la magie de ses mots, m’entraîne dans son univers, et que cela ne soit pas moi qui entre dans le sien, comme par effraction.

 

Valérie Debieux : Quel est l’auteur des siècles passés avec lequel vous désireriez partager un repas s’il était possible de remonter dans le temps ?

Damien Murith : Blaise Cendrars. Pas forcément pour l’homme de lettres, mais pour l’aventurier, le légionnaire, que l’on parle de sa vie plutôt que de son œuvre, que j’apprécie beaucoup d’ailleurs. La Prose du Transsibérien est un texte superbe.

 

Valérie Debieux : Vous aimez écrire des tragédies. Qu’est-ce qui vous séduit le plus dans ce genre ?

Damien Murith : J’écris des tragédies pour le moment, mais je compte bien m’intéresser à d’autres genres aussi. Ce qui me séduit dans la tragédie c’est le côté recroquevillé de l’histoire. J’imagine des personnages tordus par la vie, des tableaux de Munch, de Schiele. La tragédie est une porte grande ouverte sur la prose poétique, et comme je me sens davantage poète que romancier, elle m’inspire beaucoup.

 

Valérie Debieux : Vous faut-il le calme, le silence absolu ou un peu des deux, pour écrire ?

Damien Murith : Non, je n’ai pas besoin de calme pour écrire. J’ai trois enfants et j’aime quand cela bouge dans la maison. De toute manière, je n’écris que par petits moments, trente minutes, rarement plus.

 

Valérie Debieux : Je vous laisse le mot de la fin…

Damien Murith : Le mot de la fin… je le donne à Norge :

« Il est difficile de peindre la mer, mais il est simple de peindre des vagues. Toutes les couleurs conviennent, elles sont toujours justes, car il existe des vagues de toutes les couleurs. Voilà pourquoi l’artiste dessine beaucoup de vagues, puis il étend des jaunes, des bleus, des verts, des gris, des bruns même. Enfin, il peint le sentiment. C’est le plus important pour la mer ».

 

Entretien mené par Valérie Debieux

 


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A propos du rédacteur

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Valérie Debieux a été Directrice adjointe, rédactrice et responsable de la communication sur les réseaux sociaux (septembre 2011-juillet 2014)

Rédactrice et responsable du secteur littérature suisse

Ecrivain et traductrice littéraire née en Suisse en 1970

Membre de l’Association des Amis de Jean Giono: http://www.jeangiono.org/


Le site de Valérie Debieux :

www.lagalerielitteraire.com