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Les Mamiwatas, Marc Trillard

Ecrit par Didier Bazy 09.10.11 dans Actes Sud, La Une Livres, La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, Roman

Les Mamiwatas, Août 2011, 296 p, 21 €

Ecrivain(s): Marc Trillard Edition: Actes Sud

Les Mamiwatas, Marc Trillard


Le lecteur averti se souviendra toujours d’une confidence de Michel Leiris et comment il succomba aux charmes d’une Ethiopienne (ces femmes qui passent parfois pour les plus belles du monde). Séduction ou possession ?

Théâtre ou expérience vécue ? Sans doute un breuvage d’étranges mélanges.

Ici, nous sommes au Cameroun, de l’autre côté de l’Afrique fantôme.

Mike, qui n’est pas l’auteur (il souligne une certaine distance à l’égard de « l’autofiction »), dirige l’Alliance Française de Buea. Alliance en déliquescence. Au bord de l’océan, sévissent de drôles d’Atalantes (elles courent si vite que nul homme ne peut les rattraper ; seuls qui y parviennent les épousent… ). Tandis que la révolte et les violences grondent en dessous du volcan, Gloria accepte un verre de Mike dans les profondeurs d’un bar nocturne.

« Elle l’attendait sans l’attendre. Un regard qui n’avait que flotter sur sa personne quand il était passé devant elle."

Dès la page 25, l’amorce est consommée : après le bar, l’hôtel ; dans l’hôtel, au fond du lit, le narrateur entend, ou croit entendre, un bruit inouï et singulier. Certaines parties de leurs corps « parlent » et produisent une étrange musique. Le ton vient d’être donné avec les expressions sonores d’un marécage. Et les fils intérieurs de la narration vont s’immiscer, plongées abyssales, dans les plus petits recoins des neurones et des synapses du lecteur envoûté.

Full contact : rapport direct et profond, non protégé. Ainsi la rencontre du quinquagénaire blanc avec une jolie camerounaise de vingt ans. Les mauvaises langues agitent le phénomène social du tourisme sexuel. Elles se fourvoient. L’argent et le pouvoir ne sont pas ici causes premières  même si les puissances irrationnelles de la possession risquent de conduire à la ruine d’une âme occidentale déjà bien abîmée. Une autre Néréide a bien ruiné de A à Z le prédécesseur de Mike.

Notable expatrié, intellectuel, Mike se mute en Pygmalion. C’est décidé, il va aider Gloria à grandir, à s’émanciper, à se cultiver. Allons donc ! Mike s’aperçoit bien qu’il glisse sur une  planche savonneuse, tel un galet roulé dans la farine de l’écume,  Galatée renversée.

Mike, mon homme, mon sponsor, mon papa-sucre…

Jusqu’où peut aller « l’amoureux lucide » ? Aussi loin que l’amour peut être « voyant » et « voyeur », aussi loin qu’un occidental accidentel peut être « écrivain » et « voyageur », aussi loin que, selon la formule fondatrice de Malinowski, un ethnologue peut être participant – observer. Aussi loin que puisse une intégrité, précisément, « persévérer dans son être ».

Quand le possessif est possédé, que cède-t-il au final ? Mike n’a acheté personne. Gloria n’est pas Gloria. Elle ne vend ni son corps ni son âme. Si Papa gâteau lui fait des cadeaux, c’est son problème, pas le sien.

Le découpage des chapitres en les cinq premiers jours de la semaine laisseront la part belle à ce qui peut advenir lors du week-end. Imaginez. Imaginons.


Didier Bazy


Note sur les Mamiwatas : « Mamiwata est la Mère des eaux, mi-femme mi-poisson, mi-terrestre mi-aquatique, déesse du culte vodun au Togo et au Bénin, esprit de l’eau craint par les pêcheurs du Nigeria et du Ghana, mangeuse d’Hommes qui erre dans la nuit africaine sous les traits d’une revenante, sainte patronne des prostituées de Kinshasa. Mamiwata est une divinité qui est l’objet d’autant de cultes que d’adeptes. Héroïne de contes lacustres et de légendes urbaines, elle recouvre autant de symboles que de cultures, et incarne autant de vertus que d’espoirs, autant de maléfices que de peurs.

Cette sirène est l’une des rares déités de la mythologie africaine à être représentée, picturalement parlant, sous des traits et une forme récurrents. Les Dieux du panthéon Yoruba, sont presque les seuls à posséder des effigies et des représentations humaines. Rappelons que l’une des caractéristiques de la spiritualité africaine, est sa capacité à « animer » des objets et des êtres appartenant au monde animal, végétal ou minéral, en leur reconnaissant une âme et une existence propre. Mais également en les investissant de pouvoirs et de symboles, permettant aux hommes de communiquer avec le monde “invisible”, celui des morts et des esprits ». Extrait cité avec autorisation  du site :http://www.masque-africain.com/sculptures.html


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A propos de l'écrivain

Marc Trillard

Marc Trillard, né à Baden-Baden en 1955, est un écrivain français. Il publie ses contributions dans de nombreux titres de la presse écrite française. Il est aussi auteur de documentaires pour la radio France Culture et la télévision France 3. Il s’est installé au Brésil en 2010. Prix Interallié 1994 pour Eldorado 51. Prix Louis Guilloux 1998 pour Coup de lame.

 


A propos du rédacteur

Didier Bazy

 

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Co-fondateur de La Soeur de l’Ange (Ed. Hermann)

Co-fondateur de la Cause Littéraire

Editeur du 1er texte de HD Thoreau en Français

– Préfacier chez Pocket (Molière, Corneille)

– Deleuze et de Cuse (Collectif) Aux sources de la pensée de Deleuze. Vrin, 2005) dir : Stéfan Leclercq

– Après nous vivez (G S Editions, 2007)

– Brûle-gueule (Ed Atlantique, 2010) préface de Michel Host

– Thoreau, Ecrits de jeunesse (bilingue. Ed de Londres, 2012) préface de Michel Granger

L’ami de Magellan (Belin Jeunesse, 2013) sélectionné 2014 prix roman historique jeunesse

– Cendres    (Publie.net, 2015)

– Traitements de textes ( Ed. de Londres 2015 )
– Explorateurs, qui êtes vous ? (Ed. Bulles de savon 2016)

Sélection 2018 prix Michel Tournier Jeunesse

– Savants, qui êtes-vous ? ( Ed. Bulles de savon, diff-distr Flammarion )2017

à paraître 2018

– Péguy internel