Identification

Les hommes, Richard Morgiève

Ecrit par Valérie Debieux 24.08.17 dans La Une Livres, Les Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Joelle Losfeld, Roman

Les hommes, août 2017, 371 pages, 22,50 €

Ecrivain(s): Richard Morgiève Edition: Joelle Losfeld

Les hommes, Richard Morgiève

 

Montreuil, en Seine-Saint-Denis, année 1974.

Mietek Breslauer, vingt-cinq ans, est sorti de taule depuis vingt-sept mois et quelques semaines. En prison, chaque instant compte ; alors oui, on compte en mois, en semaines et en jours. Des jours qui n’en finissent pas… alors oui, faut faire attention, ne pas y retourner. Car, comme dirait Audiard, « les conneries, c’est comme les impôts, on finit toujours par les payer ».

Son mentor, Robert-le-Mort, un pensionnaire du même établissement, qui, à défaut de pouvoir lui donner de mauvais exemples, s’essaie à lui glisser de « bons » conseils. « On s’était connus là-bas. Robert-le-Mort était sous les verrous depuis un bail. Et puis une ancienne affaire était revenue le chercher en taule, il s’était fait balancer. Il savait qu’il ne sortirait que les pieds devant. […]. Il voulait faire le bien, que j’aille donner son magot à celle qu’il avait aimée. Elle ne venait plus le voir, mais elle élevait leur gosse. Moi, j’allais sortir. Alors Robert m’avait donné l’adresse de sa planque […] Je prenais cinq plaques et je livrais le reste. […]. J’avais fait le boulot, […].

Mes cinq plaques avaient facilité ma réinsertion. Et lui venait d’être diagnostiqué subclaquant-cancer généralisé. Il avait quitté la taule pour l’hosto. Pas de flic devant sa porte. Il n’était pas menotté, il n’irait pas au tribunal. Il n’écoperait pas d’une peine supplémentaire et ne finirait même pas celle pour laquelle il avait été condamné.

– Regarde-toi, a-t-il murmuré. Tu ressembles à un loubard, pas à un type qui roule en Porsche. Tu imagines ce que pense un poulet qui te voit ? Il faut que tu changes de fringues au moins pour le bizness, que tu ressembles à un bourgeois, à quelqu’un qui est du bon côté.

[…]

– Je te vois venir, a-t-il repris, tu penses à un casse autos ! Tu frétilles déjà. Mais non, pas bon : il y a trop de voyous dans le secteur. Non, tu vas faire les successions, les débarras après décès, les greniers. Une sorte de broco, quoi ».

Et là, le film commence, avec son héros, ses bagnoles, ses rencontres. La vie a distribué les rôles, pas de changement au scénario. Petit gangster ou prostituée, chacun interprète son rôle, celui de sa propre vie, avec pour arrière-fond des décors et des dialogues imposés par le hasard de l’existence. Avec des plans-séquences, des gros plans, des contre-champs, des inserts, le tout soigneusement découpé au montage des images et des mots. Au final, une histoire profondément humaine, empreinte d’amour, de sensibilité et de solidarité, marquée par l’omniprésence des femmes.

Ce roman de Richard Morgiève est un très beau voyage dans les années soixante-dix, un voyage dans le temps que le lecteur visite à travers le regard et le cœur d’un homme façonné à l’image d’un José Giovanni. A lire.

 

Valérie Debieux

 


  • Vu : 964

Réseaux Sociaux

A propos de l'écrivain

Richard Morgiève

Richard Morgiève devient très tôt orphelin, sa mère meurt d’un cancer du col de l’utérus alors qu’il n’a que sept ans, et son père se suicide quand il en a treize. Il vit ensuite une adolescence chaotique, au cours de laquelle il se débrouille en dealant du faux haschisch, entre autres activités, avant d’entamer toute une série de petits métiers. Il publie son premier livre, un recueil de poèmes, à compte d’auteur à l’âge de vingt ans mais, honteux et écœuré de devoir payer pour être lu, il s’interdit d’écrire pendant dix ans. Il exerce tour à tour des emplois de débrouille tels fort des halles, employé de bureau, ouvrier, mécanicien, peintre en bâtiment, plâtrier, représentant, colporteur, déménageur de caves, standardiste ou chauffeur poids lourds. Foncièrement autodidacte, Richard Morgiève publie, à l’âge de trente ans, en 1980, son premier livre à compte d’éditeur : un roman policier. Dès lors, il ne cessera plus d’écrire, entamant véritablement son œuvre personnelle avec la publication de son premier roman de littérature générale, Des femmes et des boulons, en 1987. Aujourd’hui, il a écrit plus d’une vingtaine de romans.

A propos du rédacteur

Valérie Debieux

 

 

Lire tous les articles de Valérie Debieux


Valérie Debieux a été Directrice adjointe, rédactrice et responsable de la communication sur les réseaux sociaux (septembre 2011-juillet 2014)

Rédactrice et responsable du secteur littérature suisse

Ecrivain et traductrice littéraire née en Suisse en 1970

Membre de l’Association des Amis de Jean Giono: http://www.jeangiono.org/


Le site de Valérie Debieux :

www.lagalerielitteraire.com