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Les Fils de George, Manu Causse

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas 05.10.16 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Jeunesse, Roman, Talents Hauts

Les Fils de George, août 2016, 175 pages, 8 €

Ecrivain(s): Manu Causse Edition: Talents Hauts

Les Fils de George, Manu Causse

 

Les Fils de George, nouvel opus de la collection choc « Ego », aborde sans détour la thématique des sectes, plus particulièrement évangélistes, et de la vie que peuvent y trouver des adolescents de notre époque.

Le récit est pris en charge par deux jeunes gens : Léo et Mardochée. Le premier mène une vie somme toute banale, entouré par sa famille et ses amis, aimant papoter au café du coin et manger des panini-banane-nutella. Le second appartient à une communauté fermée, exclusive, dont les principes imprègnent chacune de ses pensées, chacune de ses actions, La Congrégation du Livre de George. Au collège ils ne se sont jamais parlé, ils s’observent de loin. Mardochée et les autres jeunes de la Congrégation restent isolés, répondant à l’obligation scolaire par leur seule présence physique. Ils désapprennent le soir venu tout ce qui leur aura été enseigné pendant la journée par les « Restants », ceux qui ne seront pas sauvés selon les lois de George.

L’alternance des voix permet d’accéder au ressenti des deux garçons et de ne pas simplement juger l’un ou l’autre par rapport à ses croyances ou par rapport à ce qu’il est. Le lecteur est cependant confronté sans détour, dès le premier chapitre, à la foi de Mardochée, soutenue par des préceptes, des interdits nombreux et complexes qui l’amènent à vivre un véritable tiraillement intérieur. Un drame sordide précipite la rencontre de ceux que tout séparait : la mort de Chrysostome, autre adolescent de la Congrégation, dans des circonstances des plus suspectes.

Mardochée introduit dans l’existence de Léo des questionnements inédits mais aussi la possibilité de dépasser ses limites pour aller à la rencontre de l’autre, au-delà de ses différences, aussi flagrantes et gênantes soient-elles.

« – D’accord, mais toi ? Enfin, je veux dire… Dieu, tu… y crois ?

C’est bizarre de poser cette question, surtout à une super copine. Je me rends compte que je connais le nom de son auteur de roman préféré (John Greene, évidemment), l’endroit où elle passe ses vacances d’été (Marvejols, en Lozère, même si je ne sais pas à quoi ça peut ressembler) et pas mal de secrets qu’elle m’a confiés, et pourtant, je ne sais pas du tout ce qu’elle pense, au fond, de la vie. Du sens de l’existence. Zut, pourquoi je pense à ça, moi ? C’est Mardochée qui déteint ».

Quant à Mardochée, il découvre que l’on peut aborder la vie tout autrement, en entrant en contact avec Léo. Ce dernier lui ouvre les portes de l’Enfer ou de la liberté, presque sans le vouloir, ébranlant un édifice nourri depuis sa tendre enfance mais qui vacillait déjà du poids de toutes ses questions existentielles.

« Voilà trois nuits que je ne dors plus, ou presque. Tout tourne dans ma tête, oscillant en permanence entre deux visions opposées : celle où Léo et ses camarades me montrent le chemin d’une vie meilleure, plus juste, plus réelle ; et celle où ils sont les agents de David, de la tentation, pour me faire chuter et avec moi, peut-être, toute la Congrégation ».

Dans ce qui devient une véritable tragédie, les deux personnages principaux vont aller puiser en eux tout l’élan vital et la force d’amitié qui permettra à chacun d’avancer, de survivre face à des adultes devenus malveillants et dangereux. Manu Causse déploie ce court récit avec un sens aigu de la tension romanesque, dans une langue superbe, aussi à l’aise dans les expressions du Livre que dans les dialogues SMS de ses protagonistes. On frissonne, on prend des claques, on souffle de soulagement, on rit, on a le cœur qui se serre. Et l’on dévore d’une traite cet ouvrage surprenant et percutant. Salutaire.

Roman à partir de 13 ans

 

Myriam Bendhif-Syllas

 


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A propos de l'écrivain

Manu Causse

 

Manu Causse est écrivain, peintre et musicien. Il est l’auteur de recueils de nouvelles, de pièces de théâtre mais aussi de romans français et bilingues.

 

A propos du rédacteur

Myriam Bendhif-Syllas

 

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Rédactrice

Membre du comité de rédaction

Responsable de la section "littérature jeunesse"

Domaines de prédilection : littérature jeunesse, littérature francophone, documentaires.

Genres : récits, documentaires et albums jeunesse, BD, romans sur l'enfance et l'adolescence, la marginalité.

Maisons d'édition les plus fréquentes : Talents Hauts, Seuil Jeunesse, Sarbacane, Gulfstream, La Boîte à Bulles... Seuil.