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Les évaporés, Thomas B. Reverdy, (par Christian Massé)

Ecrit par Christian Massé 24.09.18 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, J'ai lu (Flammarion)

Les évaporés, 316 pages, 7,20 €

Ecrivain(s): Thomas B. Reverdy Edition: J'ai lu (Flammarion)

Les évaporés, Thomas B. Reverdy, (par Christian Massé)

 

En seconde page, le roman annonce : Un roman japonais.

Le lecteur est en effet immergé dans le Japon, celui de l’après-Fukushima. Tous les Japonais s’accrochent en titubant aux rochers de leur île comme sur le pont d’un très gros bateau (p.107).

Avant de disparaître, Kazehiro laisse un mot à sa femme : « Je ne mettrai plus les chaussons ! ». Il ne donne aucune justification à qui que ce soit.

De l’autre côté de la planète, à Los Angeles, Richard B. cultive ses habitudes de détective et de poète. Un coup de fil de son amie Yukiko, fille de Kazehiro : « Parti, envolé, plus de nouvelles… ». Elle avait quitté le Japon un an après le tsunami et le chaos qui avait suivi. Vous êtes au bord de l’océan. Autrefois il y avait une ville ici. Des gens. Une civilisation. Il n’en reste aucune trace (p.186).

Devenu Kaze (le vent en japonais), l’évaporé embarque dans une camionnette utilisée par ceux qui veulent disparaître. Il ne veut pas faire partie des évaporésqui ont faim et qui sont prêts à travailler sans contrat, sans identité. Kaze trouve un travail ambulant : Kaze/débarras en tous genres/meubles usés, machines cassées, déchets/Kaze les emporte au loin (p.119).

Richard fréquente un cybercafé où l’on peut rencontrer des tas de gens et mettre des petites annonces. Il mène l’enquête, écrit : Je passe des jours entiers coincé dans la rubrique des petites annonces. J’ai l’impression d’être une petite annonce pour la vente d’une maison hantée (p.168).  Les terres dévastées s’achètent en terres constructibles. La ruée vers la catastrophe fonctionnait sur le même principe que la ruée vers l’or : premier arrivé, premier servi (p.172). La mafia et son syndicat du crime, le Yamaguchi-gumi, font régner l’ordre. Toute forme d’humanité a été emportée par le tsunami et ses conséquences nucléaires. Kaze aide les candidats à l’évaporation : transport nocturne, hébergement provisoire, faux papiers. Il crée son « agence d’évaporation ». Kaze note trente bonnes raisons pour disparaître. La  première : une femme. La trentième : le tsunami. Au Japon, un adulte a légalement le droit de disparaître. Il n’y a pas d’enquête de police.

Richard a une piste, dans un bar de Tokyo où des couples essaient de se reconstruire. Les hommes forment souvent le sous-prolétariat du nucléaire prêt à se sacrifier… De tuyau en tuyau, Richard retrouve Kazehiro devenu Kaze, les yeux comme des billes noires cernés de rides avec, dessous, une peau froissée comme du papier. Richard ne dira pas à Yukiko qu’il a retrouvé son père : on ne retrouve pas les évaporésdu Japon.

Dans un roman français, ils (Richard et Yukiko) n’auraient jamais pu retrouver son père, et, dans un roman américain, ils auraient pu le ramener chez lui. Mais c’était la fin d’une histoire japonaise. Un roman japonais.

 

Christian Massé

 


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A propos de l'écrivain

Thomas B. Reverdy

 

Thomas B. Reverdy est un romancier français né en 1974. Il est déjà auteur de trois romans publiés aux éditions du Seuil avant ce dernier opus Les évaporés. Il enseigne actuellement au lycée Jean Renoir en Seine-Saint-Denis.

A propos du rédacteur

Christian Massé

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Rédacteur


Christian Massé, la soixantaine, vit installé en Touraine depuis 1990, après dix huit années passées à Paris. Marié, père de cinq enfants.

A publié :


Entre noir à Jean-Jaurès, éd. Denis Jeanson, 1997.
Le Drôle-au-diable, récit, éd. Le Temps des Cerises, Paris, 2001.
La mesure du temps, anthologie, éd. Denis Jeanson, 2004, épuisé.
La Loire dans tous ses ébats, nouvelle ligérienne, éd. Le Petit Pavé, Brissac, 2007.
La dernière nuit de Josepha, roman, éd; Le Temps des Cerises, 2008.
Les troubadours dans la ville, ouvrage collectif (? De la plume à la dague ?, nouvelle de CM) édité par le

La mesure du temps, anthologie, éd. Denis Jeanson, 2004, ré-édité en 2012.

Le mauvais génie, nouvelle, façon Oulipo, La comtesse de Ségur et nous, ouvrage collectif, éd. Le Jardin d'Essai.

La colère des imbéciles remplit le monde. Opuscule sur l'écrivain Georges Bernanos, à partir de son essai "Les grands cimetières sous la lune". BNF 2013.

Lettres de Lucien Gerfault à son père, roman épistolaire, éd. Antya, 2013.

Et Siroco nous était conté?Récit d'un séjour effectué en mer Méditerranée sur le vaisseau de guerre SIROCO, du 9 au 14 juin, éd. Antya,2013.

Palestine...Terre sainte, Terre souffrante.Opuscule d'une conférence tripartite organisée par la paroisse de Saint Côme en Loire en octobre 2010. Ed. Antya.

Le temps ininterrompu, anthologie, éd. Antya, 2014.

Consuelo, c'est moi, récit critique, "Lire George Sand", ouvrage collectif, éd. Le Jardin d'Essai, 2014.

Le temps numérique, anthologie (chroniques littéraires numériques), éd. Antya, 2015.

L'atelier de l'avenue du Maine, adaptation théâtrale du roman de Marguerite Audoux, "L'atelier de Marie-Claire", éd. Le Jardin d'Essai, 2015.

Le Journal retrouvé, récits auto biographiques, auto édité, 2016.

Les genêts, éd. Antya, 2017, ré édition (1ère édition: Les Lettes Libres, 1986)

La dernière nuit de Josepha, roman, éd. Antya, 2017, ré édition (1ère édition: Le Temps des cerises, 2008)

Flaure, peintre du figuratif,éd. Les Dossiers d'Aquitaine, collection Beaux livres. 2018

 

A été membre de l'Union des écrivains, pendant 15 ans.
Membre de la Société des Gens de Lettres (depuis fin décembre 2010)

- Animateur de rencontres littéraires et artistiques (Tours).

- Président de l'association Les Arts en écho !


Président de l'Association littéraire La Plume ligérienne (organise des soirées littéraires dans des lieux non institutionnels)