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Les écrivains judéo-algériens, par Amin Zaoui

Ecrit par Amin Zaoui le 27.06.17 dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

Les écrivains judéo-algériens, par Amin Zaoui

 

En ces jours funestes où les haines et les guerres sacrées très sales sont devenues la culture quotidienne, banale, dans le monde arabo-musulman, et afin de lever tout amalgame politico-culturel, j’évoque la littérature judéo-algérienne d’expression française.

Si l’école judéo-algérienne de musique est considérablement connue, par le large public comme par les spécialistes, la littérature judéo-algérienne, quant à elle, demeure totalement méconnue ou tabou.

Le monde de la culture artistique connaît assez bien les génies de la musique et de la chanson à l’image de cheikh Raymond, Reinette l’Oranaise, Lili Labassi, Blond-Blond, Salim Halali, José de Suza, Lili Boniche, René Perez, Maurice El-Medioni, et j’en passe. Une école judéo-algérienne qui a marqué l’histoire de la musique algérienne jusqu’à nos jours.

De l’autre côté, la société littéraire et les gens du livre algériens ne savent rien ou peu de chose sur les écrivains judéo-algériens, à l’image de :

Elissa Rhaïs, de son vrai nom Rosine Boumendil, qui est considérée comme la pionnière de la littérature judéo-algérienne. Elle est née en 1876 à Blida, et décédée en 1940. La première écrivaine algérienne publiée et reconnue en France. Je rappelle quelques-uns de ses titres : Le Café chantantLa Fille des pachasLa Fille du douarLe Mariage de HanifaEnfants de Palestine

Sadia Lévy, née à Oran en 1875 et décédée en 1951, fut l’une des proches du poète Guillaume Apollinaire. Jean Sénac a témoigné et a reconnu de ce qu’il doit à l’érudition de Sadia Lévy. Elle a écrit quelques titres en collaboration avec Robert Randau, chef du courant littéraire algérianiste, parmi eux un recueil de nouvelles intitulé Onze journées en force.

Jules Tordjman est né à Béchar en 1907 et décédé en 1990, son génie poétique a été salué par Léopold Sédar Senghor et par Emmanuel Roblès.

Maximilienne Heller, de son vrai nom Fénech, est née à Constantine en 1889 et décédée en 1960. Elle est lauréate du Grand prix littéraire de l’Algérie en 1922. Ses écrits sont jugés anticolonialistes.

Jeanne Benguigui est née à Sidi Bel-Abbès en 1922 et décédée en 2003 : son livre Conte de Sidi Bel-Abbès montre son attachement à sa ville natale et à sa riche culture populaire.

Albert Bensoussan est né en 1935 à Alger où il a passé sa jeunesse, professeur au lycée Bugeaud d’Alger (aujourd’hui lycée Émir Abdelkader) jusqu’en 1961. L’Algérie est fort présente dans son œuvre, en particulier l’univers judéo-arabe. Son recueil de nouvelles L’Echelle algérienne évoque avec détails la vie de cette communauté.

Myriam Ben, née Marylise Ben Haïm à Alger en 1928 et décédée en 2001, fut romancière, poétesse, peintre et une voix anticolonialiste. Parmi ses livres à retenir et à lire : Le Soleil assassiné (poésie), Au Carrefour des sacrifices (poésie), Quand les cartes sont truquées (Mémoires), Sabrina, ils t’ont volé ta vie (roman).

Hélène Cixous née en 1937 à Oran est une grande figure littéraire, critique et philosophique d’aujourd’hui, elle est aussi connue pour ses engagements féministes et anticolonialistes. Elle a écrit une cinquantaine de livres, tous genres confondus, entre autres : Le Prénom de DieuLe Jour où je n’étais pas làÈve s’évade : La Ruine et la vie

D’autres écrivains et philosophes judéo-algériens sont devenus des légendes et ont toujours l’Algérie dans leur cœur et dans le verbe : Jacques Derrida, né à Alger en 1930, décédé en 2004. Jean Daniel Bensaïd, dit Jean Daniel, né à Blida en 1920, écrivain, journaliste et fondateur du Nouvel Observateur, un militant et grand ami de la révolution algérienne…

Si les écrivains algériens d’expression française d’origine arabe (Mohammed Dib, Malek Haddad, Mostefa Lacheraf) ou d’origine berbère (Mouloud Feraoun, Mouloud Mammeri, Jean Amrouche) ont une place dans les réflexions universitaires, les écrivains judéo-algériens, quant à eux, sont totalement oubliés.

En ce temps de haine et des guerres sacrées sales, et afin de réveiller l’image d’une Algérie plurielle, il faut que nous n’oubliions jamais le chahid Fernand Iveton, ce juif algérien, mort pour l’indépendance de l’Algérie libre. Il a été condamné à mort par la France coloniale et guillotiné en 1957. Il a écrit : « Dans la vie d’un homme, la mienne compte peu, ce qui compte, c’est l’Algérie, son avenir, et l’Algérie sera libre demain ».

 

Amin Zaoui

In "Souffles" (Liberté, Alger)

 

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A propos du rédacteur

Amin Zaoui

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Rédacteur


Amin Zaoui est un écrivain algérien né le 25 novembre 1956 à Bab el Assa (Algérie). il écrit chaque jeudi deux articles un en arabe dans le quotidien arabophone echorouk et en français dans le quotidien francophone liberté.

 

 

 

1984-1995 : enseignant à l’université d'Oran (département des langues étrangères)

1988 : Doctorat d'État en littératures maghrébines comparées

1991-1994 : directeur général du Palais des Arts et de la Culture d’Oran

2000-2002 : enseignant à l’université d’Oran (département de la traduction)

2002-2008 : directeur général de la Bibliothèque nationale d'Algérie

2009 : membre du conseil de direction du Fonds arabe pour la culture et les arts (AFAC)

Conférencier auprès de plusieurs universités : Tunis, Jordanie, France, Grande-Bretagne.

 

Publications en français

Les romans d’Amin Zaoui ont été traduits dans une douzaine de langues : anglais, espagnol, italien, tchèque, serbe, chinois, persan, turque, arabe, suédois, grec…

 

Sommeil du mimosa suivi de Sonate des loups (roman), éditions le Serpent à plumes, Paris, 1997

Fatwa pour Schéhérazade et autres récits de la censure ordinaire (essai collectif), éditions L'Art des livres, Jean-Pierre Huguet éditeur, 1997

La Soumission (roman), édition le Serpent à Plumes, Paris, 1998 ; 2e édition Marsa, Alger. Prix Fnac Attention talent + Prix des lycéens France

La Razzia (roman), éditions le Serpent à Plumes, Paris, 1999

Histoire de lecture (essai collectif), éditions Ministère de la Culture, Paris, 1999

L’Empire de la peur (essai), éditions Jean-Pierre Huguet, 2000

Haras de femmes (roman), éditions le Serpent à Plumes, 2001

Les Gens du parfum (roman), éditions le Serpent à Plumes, Paris, 2003

La Culture du sang (essai), éditions le Serpent à Plumes, Paris, 2003

Festin de mensonges (roman), éditions Fayard, Paris, 2007

La Chambre de la vierge impure (roman), éditions Fayard, Paris, 2009

Irruption d’une chair dormante (nouvelle), éditions El Beyt, Alger, 2009

 

En arabe

 

Le Hennissement du corps (roman), éditions Al Wathba, 1985

Introduction théorique à l’histoire de la culture et des intellectuels au Maghreb, éditions OPU, 1994

Le Frisson (roman), éditions Kounouz Adabiya, Beyrouth, 1999

L'Odeur de la femelle (roman), éditions Dar Kanaân, 2002

Se réveille la soie (roman), éditions Dar-El-Gharb, Alger, 2002

Le Retour de l'intelligentsia, éditions Naya Damas, Syrie, 2007

Le Huitième Ciel (roman), éditions Madbouli, Égypte, 2008

La Voie de Satan (roman), éditions Dar Arabiyya Lil Ouloume, Beyrouth ; éditions El Ikhtilaf, Alger, 2009

L'Intellectuel maghrébin : pouvoir - femme et l’autre, éditions Radjai, Alger, 2009