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Les averses d'automne, Tuna Kiremitçi

Ecrit par Sophie Adriansen 17.01.12 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Bassin méditerranéen, Roman, Galaade éditions

Les averses d’automne, traduit du turc par Jean Descat, octobre 2011, 224 p. 17 €

Ecrivain(s): Tuna Kiremitçi Edition: Galaade éditions

Les averses d'automne, Tuna Kiremitçi

Pelin, jeune turque envoyée étudier en Suisse par son père, répond à une petite annonce trouvée au hasard dans un journal : Rosella Galante, Juive née à Berlin, qui a fui pendant la guerre l’Allemagne pour Istanbul, cherche quelqu’un avec qui converser en turc.

Le turc est la langue de ses souvenirs, d’un amour perdu, d’une part entière de son existence.

Au fil des rendez-vous au domicile de Rosella, une étrange amitié se noue entre les deux femmes. Car la discussion n’est évidemment pas à sens unique, et il est très vite établi qu’elles parleront chaque fois à tour de rôle.

« Vous découvrirez avec consternation que vous vivez désormais dans un monde qui appartient aux autres. Du temps de votre jeunesse, il ne restera plus un seul homme, une seule femme, pas même un chat, un chien ou un enfant… Et je vous assure, mademoiselle, qu’il est beaucoup plus difficile de vivre dans un temps étranger que dans une ville étrangère. Même si vous êtes dans un pays lointain, vous gardez l’espoir de rentrer un jour au bercail. Mais tant qu’on n’aura pas inventé la machine à remonter le temps, il n’y aura aucun moyen de fuir le temps présent et d’échapper à la nostalgie du passé… » (pages 149-150).

Tandis que Rosella évoque son passé et que Pelin relate ses mésaventures quotidiennes, réelles ou fantasmées, la plus jeune enseigne à la plus âgée les expressions nouvelles qui parsèment leur langue commune, et la plus âgée enseigne à la plus jeune ce que la vie lui a appris.

Malgré deux visions opposées du monde et de ses composantes, il n’y a jamais de confrontation, juste une écoute attentive, une saine curiosité – et parfois les prémices d’un caprice de jeune fille de la part de l’une ou de l’autre.

« – Nous nous accordons sur le fait que nous ne pouvons pas nous comprendre.

– Eh bien, c’est déjà quelque chose » (page 150).

Ce roman n’est que dialogue. Rien ne vient perturber la conversation par épisodes de la jeune Pelin avec la sage Rosella, pas même les interventions de la domestique Zelda que l’on n’entend pas mais dont on devine, parfois, la présence.

A mesure que défilent les séances de bavardages, est faite ici la démonstration que le dialogue, dont on vante assez peu souvent les mérites et la puissance d’évocation, exprime bien plus que ce qu’il dit. Des images, un monde entier parfois se dévoilent au détour d’une phrase courte, d’une injonction, d’un silence même.

Petit bijou de poésie et de finesse particulièrement accessible, surprise aussi réjouissante que de retrouver, au hasard d’une vitrine, la confiserie chérie pendant l’enfance (qu’elle soit dans l’Hexagone bêtise de Cambrai, anis de Flavigny ou angélique confite), Les averses d’automne redonne toutes ses lettres de noblesse au dialogue.


Sophie Adriansen


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A propos de l'écrivain

Tuna Kiremitçi

Né en 1973 en Turquie, Tuna Kiremitçi est romancier. Best-seller en Turquie, Les Averses d’automne est son quatrième roman et a déjà été traduit dans cinq langues.


A propos du rédacteur

Sophie Adriansen

 

Sophie Adriansen est l'auteur de plusieurs ouvrages en littérature générale et en littérature jeunesse, notamment Je vous emmène au bout de la ligne (Max Milo), Trois années avec la SLA (Editions de l'Officine), Un meeting (StoryLab), J'ai passé l'âge de la colo ! (Editions Volpilière), Louis de Funès - Regardez-moi là, vous ! (Editions Premium), Quand nous serons frère et sœur (Editions Myriapode). Ses nouvelles ont été publiées en recueils et dans différentes revues.

Elle participe à des jurys littéraires et tient depuis 2009 le blog de lecture Sophielit.

www.sophieadriansen.fr

 

http://www.lacauselitteraire.fr/j-ai-passe-l-age-de-la-colo-sophie-adriansen J'ai passé l'âge de la colo !