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Les aventures d'Alexandre le Gland, Olivier Douzou

Ecrit par Laetitia Steinbach 17.12.12 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Jeunesse, Le Rouergue

Les aventures d’Alexandre le gland, septembre 2012, 112 pages, 24,80 €

Ecrivain(s): Olivier Douzou Edition: Le Rouergue

Les aventures d'Alexandre le Gland, Olivier Douzou

 

Il était une fois un roi, un grand conquérant et un fier guerrier qui unit la Macédoine et soumit la Perse et d’autres terrifiants empires d’Orient. Voici l’épopée d’Alexandre le Gland. Déclamée par un conteur affublé d’un gênant défaut d’élocution ? Et bien non. Alexandre le Gland est bien un gland, ou un akène si vous préférez. C’est-à-dire le fruit du chêne. Et le dernier album d’Olivier Douzou retrace avec tendresse et cocasserie le parcours d’un petit gland qui va devenir grand.

S’inspirant des romans d’apprentissage de la période classique, l’auteur, à la manière de Fénelon, nous propose un Télémaque d’un genre bien particulier. Du fruit suspendu à sa branche nourricière, dont il refuse de se séparer, à la pousse plantée en terre, Alexandre vivra moult rencontres plus insolites les unes que les autres. Comme il se doit, l’enfant (comment appeler sinon un « jeune gland » ?) est pétri de défauts, n’écoute pas ses aînés et tirera – parfois – des leçons de ses mésaventures.

Olivier Douzou livre ici un album qui réussit la performance d’unir une grande érudition à beaucoup de drôlerie et de simplicité, multipliant ainsi les niveaux de lecture et les publics. Entre les menaces de la forêt obscure (les « truffiers », mystérieux mammifères affublés d’un groin fouisseur, guettent, prêts à engloutir l’explorateur intrépide et innocent), les dialogues pétris de jeux de mots entre Alexandre et une noix, ou une noisette, ou des fourmis, ou un escargot, ou encore un nez bouché et un bouton (!), le lecteur ne sait plus où donner de la tête. Chacun ayant une façon bien particulière de s’exprimer, chaque rencontre est un véritable poème à la Raymond Queneau et dissimule rimes, contrepèteries, allusions et calembours :

Ainsi à un ver : « Allons-y, je te suis, lampe donc devant moi que je t’emboîte le pas ».

Des châtaignes : « Connais-tu les Bogues-sœurs, les reines de la castagne, celles qui distribuent les gnons et les beignes ? »

Alexandre à une vieille noix : « Je sais, on me l’a dit mille fois : Alexandle, tlouve un tlou, sinon en malmelade, en confitule, en Macédoine tu finilas ».

A la reine des fourmis : « Hola petite leine, je suis le pul Alexandle ».

A un sanglier qui l’a aspiré par le nez : « Laissez-moi soltil ! ouvlez moi la polte poul l’amoul de dieu !»

Et cela foisonne à chaque page. On voit qu’en plus d’être amusante, la lecture fourmille d’allusions savantes, historiques ou populaires qui vont de simples comptines, à des citations de La Fontaine, des maximes de La Rochefoucauld et des clins d’œil très appuyés à Carlo Collodi, tant dans la présentation du texte que dans la succession des aventures et des personnages : on croise le compagnon d’Alexandre dessiné sous l’apparence de Jiminy Criquet (chapeau claque, guêtres, queue de pie et canne à pommeau inclus !), des mauvais garçons qui l’entraînent dans de mauvaises directions, un truffier qui l’avale à l’instar d’une baleine géante, sans compter que si le gland est le fruit non comestible du chêne, Pinocchio signifie en toscan pignon, le fruit comestible du pin…

 

A l’instar de tout bon roman d’apprentissage, le narrateur (et peut-être même l’auteur) se permet d’intervenir pour distiller une morale au jeune lecteur à « éduquer » ; morale qui sera suivie ou non d’effet, car Alexandre comme tout enfant est plutôt paresseux et menteur. D’ailleurs quand il ment, des branches lui poussent hors de la cupule à la façon d’un nez qui s’allonge. Etrange, cela vous rappelle des souvenirs ?

« Cher lecteur, observe ici combien toute volonté peut être annulée par l’imagination. Et le mobile aisé pour choisir l’immobilité ».

Et ma foi, Olivier Douzou a dû avoir d’excellents précepteurs puisqu’il nous propose encore une fois un album d’un rare talent, alliant une plume originale à un graphisme élégant. La mise en page est classique et raffinée : papier épais, dos toilé rouge, utilisation du crayon gris créant de tendres clairs obscurs (avec quelques touches de rouge parfois) sur fond crème.


Le petit Alexandre ouvre ses yeux démesurément grands et naïfs sur un monde qu’il peine à comprendre et qui, pense-t-il, lui est hostile. Jusqu’à ce qu’il trouve sa place et que la vie puisse enfin commencer…

Les aventures d’Alexandre le gland, d’Olivier Douzou toucheront tous les lecteurs à partir de 9 ans. A condition qu’ils aient le sens de l’humour.

 

Laetitia Steinbach


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A propos de l'écrivain

Olivier Douzou

 

Olivier Douzou est architecte de formation, il est un des fondateurs de la collection Jeunesse des éditions du Rouergue. Il est graphiste, auteur-illustrateur. L’un de ses ouvrages On ne copie pas, illustré par Frédérique Bertrand, a obtenu le Prix Bologna Ragazzi 99, Le nez a obtenu le prix Baobab en 2006. Il a aussi conçu des scénographies (Play et clac-clac) pour le compte du salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis. Pour la maison du Rouergue, il révèle de nombreux jeunes talents tout en renouvelant la conception de l’album tant au niveau de sa forme que de son contenu (Boucle d’or et les trois ours, 2012).

 


A propos du rédacteur

Laetitia Steinbach

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Rédactrice

 

Laetitia Steinbach est professeur de lettres modernes dans le secondaire. Elle s’intéresse particulièrement aux albums et romans graphiques et à la littérature de jeunesse contemporaine. Elle travaille actuellement à la rédaction d’une thèse portant sur l’homosexualité dans le roman pour adolescents et l’édition jeunesse.