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Leïla Slimani préside le Prix littéraire de la Closerie des Lilas (par Mustapha Saha)

Ecrit par Mustapha Saha le 14.05.19 dans La Une CED, Les Chroniques

Leïla Slimani préside le Prix littéraire de la Closerie des Lilas (par Mustapha Saha)

 

Paris. 16 avril 2019. La romancière Leïla Slimani a présidé le Prix littéraire de la Closerie des Lilas, créé en 2007 pour soutenir et promouvoir la littérature féminine. Cette distinction récompense cette année la psychanalyste Sarah Chiche pour son roman Les Enténébrés (Seuil). Leïla Slimani s’est fait un nom en littérature en traitant courageusement de sujets difficiles comme l’addiction sexuelle (Dans le jardin de l’ogre, Gallimard, 2014), en s’attaquant aux vieux tabous marocains, qui perpétuent la répression patriarcale, minent la société et paralysent la jeunesse. Elle a remporté le Prix Goncourt 2016 pour son roman Chanson douce (Gallimard), une histoire inspirée par un fait divers américain où la spoliation de la maternité par une nourrice débouche tragiquement sur un infanticide. Un succès mondial avec une trentaine de traductions, qui la met à l’abri des remises en cause mortifères. Son livre Sexe et mensonge : La vie sexuelle au Maroc (Les Arènes, 2017) recueille les confessions de femmes prises dans la dialectique infernale de l’apparente soumission et de la clandestine transgression, dans une société qui proscrit et sanctionne sévèrement toute expression de la libido hors mariage.

A chaque rencontre avec Leila Slimani s’impose un étrange paradoxe entre son intelligence relationnelle, sa douceur attentionnelle, sa jouvence maternelle et la dureté thématique de ses livres… Cette audace intellectuelle semble secrètement soutenue par une conscience beauvoirienne, une révolte camusienne et un soupçon de provocation durassienne.

La Closerie des Lilas, brasserie cosmopolite par excellence, portant le souvenir de Francis Scott Fitzgerald, d’Henry Miller, comme des estampilles indélébiles, ressuscite, avec bonheur, l’esprit des guinguettes qui avait inspiré son ouverture au dix-neuvième siècle. Les noms des prestigieux clients s’immortalisent sur plaquettes de cuivre incrustées dans les tables du piano bar, et des autographes de célébrités illustrent les nappes de papier. Les serviettes blanches demeurent en tissu comme il se doit, des serviettes qui devenaient des œuvres d’art sous les plumes des génies désargentés. Ici passaient leurs soirées Charles Baudelaire, Paul Verlaine, Théophile Gautier, Pierre-Auguste Renoir, Claude Monet, Alfred Sisley, Oscar Wilde, Emile Zola, Guillaume Apollinaire, Pablo Picasso, Man Ray, André Gide, André Breton, Paul Eluard, Louis Aragon, Jean-Paul Sartre, Samuel Beckett… et tout ce que la matière grise planétaire comptait d’étoiles scintillantes. La Closerie des Lilas à Montparnasse comme le Café de Flore à Saint-Germain-des-Prés, les deux établissements appartenant au même propriétaire, un self-made man yougoslave échoué sur les rives de la Seine, faute d’avoir aujourd’hui des habitués aussi prodigieux, entretiennent, malgré tout, la nostalgie de leur ancienne prospérité littéraire. Décors anciens préservés, rituels inchangés, affiches et photographies historiques arborées sur les murs, pérennisent les pèlerinages touristiques. Les cérémonieux fortunés et les mondaines désœuvrées se donnent un air de culture en sirotant le cocktail Ernest Hemingway. Quelques survivants de l’âge d’or prolongent indéfiniment leurs habitudes, étonnés que nul client ne les reconnaît.

 

Mustapha Saha

 


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A propos du rédacteur

Mustapha Saha

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Depuis son enfance, Mustapha Saha explore les plausibilités miraculeuses de la culture, furète les subtilités nébuleuses de l’écriture, piste les fulgurances imprévisibles de la peinture. Il investit sa rationalité dans la recherche pluridisciplinaire, tout en ouvrant grandes les vannes de l’imaginaire aux fugacités visionnaires. Son travail philosophique, poétique, artistique, reflète les paradoxalités complétives de son appétence créative. Il est le cofondateur du Mouvement du 23 mars à la Faculté de Nanterre et figure historique de mai 68 (voir Bruno Barbey, 68, éditions Creaphis). Il réalise, sous la direction d’Henri Lefebvre, ses thèses de sociologie urbaine (Psychopathologie sociale en milieu urbain désintégré) et de psychopathologie sociale (Psychopathologie sociale des populations déracinées), fonde la discipline Psychopathologie urbaine, et accomplit des études parallèles en beaux-arts. Il produit, en appliquant la méthodologie recherche-action, les premières études sur les grands ensembles. Il est l’ami, dans les années soixante-dix et quatre-vingt, de grands intellectuels et artistes, français et italiens. Il accompagne régulièrement Jean-Paul Sartre dans ses retraites romaines et collabore avec Jean Lacouture aux éditions du Seuil. Il explore l’histoire du « cinéma africain à l’époque coloniale » auprès de Jean-Rouch au Musée de l’Homme et publie, par ailleurs, sur les conseils de Jacques Berque, Structures tribales et formation de l’État à l’époque médiévale, aux éditions Anthropos.

Artiste-peintre et poète, Mustapha Saha mène actuellement une recherche sur les mutations civilisationnelles induites par la Révolution numérique (Manifeste culturel des temps numériques), sur la société transversale et sur la démocratie interactive. Il travaille à l’élaboration d’une nouvelle pensée et de nouveaux concepts en phase avec la complexification et la diversification du monde en devenir.