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Le train d’Erlingen ou La métamorphose de Dieu, Boualem Sansal (par Farid Namane)

Ecrit par Farid Namane 11.09.18 dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, Maghreb, Roman, Gallimard

Le train d’Erlingen ou La métamorphose de Dieu, août 2018, 256 pages, 20 €

Ecrivain(s): Boualem Sansal Edition: Gallimard

Le train d’Erlingen ou La métamorphose de Dieu, Boualem Sansal (par Farid Namane)

 

Le dernier roman de Boualem Sansal est à la fois une prouesse d’écriture, une analyse fine de l’actualité et une démystification d’un phénomène mondial qui guette l’humanité. Mêlant le genre épistolaire à la mise en abyme, la réalité à la fiction, l’auteur nous livre un roman à lire avec la plus grande attention.

Dans l’attente d’un train qui n’arrive pas, les habitants de la ville d’Erlingen vivent dans la peur d’un « envahisseur sans nom […] sans but évident et [qui] ne dit pas tout » (p.36). Hannah Von Ebert, héritière d’un gigantesque empire financier, écrit des lettres à sa fille Léa établie en Angleterre afin de lui donner des nouvelles d’Erlingen assiégée par cet envahisseur invisible. Toutefois, ces lettres ne sont pas envoyées car les services de la Poste ne fonctionnent plus. Dans l’attente du train rédempteur, Hannah raconte l’histoire de son ancêtre Ernst Hans-Günter Ebert qui faisait partie des premières vagues d’immigration européenne vers l’Amérique.

Les deux histoires s’enchevêtrent quand Elisabeth Potier, professeure d’histoire-géographie en France, prend sa retraite et part enseigner en Allemagne. Elle entreprend alors des recherches sur l’histoire de cet empire financier des Von Hébert partis d’Allemagne et construit leur fortune en Amérique du XIXe siècle. Le lien entre les deux histoires consiste en ces immigrés d’antan partis ailleurs pour s’enrichir et les envahisseurs d’aujourd’hui dont la mission serait d’envahir l’Europe afin de la soumettre à un nouvel ordre : « L’envahisseur d’aujourd’hui a cent noms (des alias qui tous tournent autour du pot) dans toutes les langues du monde, mais nul ne le connaît, ne le désigne, ne le situe. Existe-t-il seulement ? Des milliers de radios, de télés et la Toile tout entière relaient en continu ses turpitudes et ses abominations commises aux quatre coins de la planète, à des vitesses folles, jour et nuit, sans rien nous apprendre sur son identité et ses objectifs »  (p.39)  écrit Boualem Sansal. Elisabeth Potier est ensuite sauvagement agressée par des « islamistes » dans le métro parisien le lendemain des attentats du 13 novembre 2015, et succombe à ses blessures après plusieurs jours dans le coma. Après de tels événements, la France – ainsi que l’Europe – s’interroge : « La question qui se pose quand même : le monde peut-il soumettre l’islam dont la mission est précisément de soumettre le monde ? Allah acceptera-t-il de perdre ? » (p.244).

Dans Le train d’Erlingen Boualem Sansal part d’une construction enchevêtrée de l’intrigue, contrairement à la construction linéaire traditionnelle, avec des éléments factuels et fictionnels, ce qui donne à lire un texte novateur. En traitant un sujet épineux, le dernier roman de Boualem Sansal pose les questions adéquates qui permettront au lecteur de s’interroger à son tour sur un phénomène universel.

 

Farid Naman

 


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A propos de l'écrivain

Boualem Sansal

Boualem Sansal, écrivain algérien né en 1949. Auteur du Village de l’Allemand (2008), Grand Prix RTL-Lire, Grand Prix SGDL du roman et Grand Prix de la francophonie.

Bibliographie :

Le village de l’Allemand ou Le journal des frères Schiller, Gallimard, 2008

Petit éloge de la mémoire, Gallimard, 2007

Poste restante : Alger, Gallimard, 2006

Harraga, Gallimard, 2005

Journal intime et politique : Algérie, 40 ans après, Aube, 2003

Dis-moi le paradis, Gallimard, 2003

L’enfant fou de l’arbre creux, Gallimard, 2000 (Prix Michel Dard)

Le serment des barbares, Gallimard, 1999 (Prix du Premier Roman, Prix Tropiques de l’Agence Française du Développement, Bourse Thyde Monnier)


A propos du rédacteur

Farid Namane

 

Farid Namane, pour me présenter :

J'ai fait une licence de littérature française à l'université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou (Algérie 2012) puis une Maîtrise et un Master (2014) en Lettres Modernes à l'université Paris 3 Sorbonne Nouvelle. Je travaille spécialement sur la littérature francophone (Maghreb Afrique). Actuellement je suis doctorant en Littérature et civilisation française à l'université de Lorraine : mon sujet est autour de l'écriture de la guerre d'Algérie dans la fiction romanesque contemporaine.