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Le signe perdu

Ecrit par François Vinsot 21.06.12 dans La Une CED, Nouvelles, Ecriture

Twitexte

Le signe perdu

La nuit, les tweets se relisent entre eux et en éclatent de rire

 

J’étais en train de faire un peu de ménage dans mon studio lorsque je découvris sous un coin de la moquette un signe de tweet poussiéreux et fripé. A la recherche d’un endroit assez doux pour qu’il puisse reprendre ses forces, je le déposai délicatement sur une feuille de buvard puis sortis faire quelques courses. Je fus accueilli à mon retour par un surprenant « salut la compagnie » qui résonne encore aujourd’hui à mes oreilles comme un beau cri de joie : le signe de tweet semblait en pleine forme et avait une très grande envie de raconter sa vie.

« Et si vous commenciez par m’expliquer comment vous avez atterri sous ma moquette », lui suggérai-je, en m’asseyant dans le fauteuil le plus proche de lui. « C’est très simple et très banal même si cela finit parfois tragiquement » me confia-t-il d’une petite voix chaleureuse et tendre : « La nuit les tweets se relisent entre eux et en éclatent de rire et en général cela ne prête pas à conséquence : au petit matin, tout le monde se calme, chacun récupère ses signes et se prépare pour une nouvelle journée de travail comme tout le monde ; c’est en tout cas ce qui devrait se passer en théorie, vous comprenez ?

En pratique, certaines nuits, pour ne pas dire toutes les nuits, nous avons beaucoup de mal à arrêter à temps et l’on récupère ceux qui traînent un peu n’importe comment. Cette nuit-là je faisais partie d’un tweet tout à fait respectable, jugez-en vous-même : “c’est un tweet d’ombres et de lumière, de silence et de cris, singulièrement pluriel et qui murmure quand on l’écrit”. Vous comprenez bien que j’imaginais mal ce genre de tweet éclater de rire comme un malade ; nous n’étions donc pas sur nos gardes, les 139 signes et moi, si bien que lorsqu’il éclata à l’écoute d’un tweet dont je ne me souviens même plus tellement il était banal, je fus projeté beaucoup plus loin que prévu.

C’était vraiment loin mais sur le coup je ne me suis pas inquiété ; j’ai attendu et l’on n’est jamais venu, ne me laissant pas d’autre choix que de me réfugier sous ce coin de moquette où personne n’a jamais pensé regarder, sauf vous évidement ! Vous m’avez d’ailleurs fait très peur car vous auriez pu me prendre pour une punaise tordue, un reste de gâteau au chocolat ou je ne sais quoi d’autre encore et couic me voilà mort mais non… je suis tombé sur vous ! », conclu-t-il, tout excité avant de s’élancer sur mes lèvres et d’y déposer ce qui doit être le plus beau baiser de tweet jamais donné à un être vivant.

Nous passâmes ensemble le reste de la journée à nous raconter toutes sortes de souvenirs totalement « off tweet » et puis vint l’heure des séparations. Je l’installai dans le fauteuil du salon et attendis derrière la porte entrebâillée. C’était en effet le somptueux cadeau de mon nouvel ami : « Regarde et tu verras tout, tu seras le premier mais tu comprends que cela devra rester entre nous » me dit-il ; et je promis. Tout ce que je peux donc ajouter, c’est que le lendemain le fauteuil était vide, le signe de tweet ayant joyeusement retrouvé les siens et que j’en suis sincèrement très heureux pour lui. Mais oui… il me manque.

 

François Vinsot


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Ancien journaliste vivant dans un endroit calme

 

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