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Le Hobbit, J. R. R. Tolkien

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas 07.11.12 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Iles britanniques, Roman, Science-fiction, Christian Bourgois

Le Hobbit, illustrations d’Alan Lee, trad. de l’anglais par Daniel Lauzon, octobre 2012, 303 p. 35 €

Ecrivain(s): J. R. R. Tolkien Edition: Christian Bourgois

Le Hobbit, J. R. R. Tolkien

Difficile de présenter l’œuvre d’un auteur aussi célèbre et célébré que le sieur Tolkien après la déferlante cinématographique qui a donné corps et vie aux protagonistes de la geste du Seigneur des Anneaux dans l’adaptation de Peter Jackson. Moins connu et moins lu, le récit des aventures de Bilbo mérite cependant toute notre attention. Parce qu’il faut l’avoir lu, avant d’en voir la version filmée cet hiver, certes ; mais surtout parce que cet ouvrage recèle en germes prometteurs tout l’univers du chef d’œuvre de l’auteur, les amorces de sa future intrigue et une première étape de son travail d’écrivain, marqué par des formules, des images récurrentes, un humour singulier et une véritable poésie.

Destiné à l’origine aux enfants de l’auteur, Le Hobbit se distingue des œuvres suivantes par son style plus accessible, ses mélanges de registres, ses rebondissements. Mais on trouve déjà un récit linéaire consacré à un groupe de héros menant une quête périlleuse, des phénomènes et des êtres féériques ou monstrueux, et surtout la révélation des talents du personnage le plus anodin, véritable héros en devenir. Nous voici dans un conte où l’on chante, où l’on rit et où l’on frémit tour à tour avec enchantement.

« Au fond d’un trou vivait un hobbit. Non pas un trou immonde, sale et humide, rempli de bouts de vers et de moisissures, ni encore un trou sec, dénudé, sablonneux, sans rien pour s’asseoir ni pour se nourrir : c’était un trou de hobbit, d’où un certain confort ».

Ainsi le brave Bilbo Bessac vivait-il en paix dans la Comté, sur la Colline… lorsqu’arrivèrent les ennuis en la personne du magicien Gandalf, vieillard à la longue barbe blanche, vêtu de gris. Mais « qu’est-ce qu’un hobbit ? » « Je suppose qu’il faut de nos jours en faire une description, puisqu’ils sont désormais rares et craintifs envers les Grandes Gens, comme ils nous appellent ». Cet être de petite stature, aux longs pieds pourvus de fourrure et totalement dévoué aux plaisirs de ce monde est mis en scène dans le cadre rassurant de sa demeure.

L’intrusion d’une troupe de treize nains patibulaires sous la houlette du prince Thorin fait basculer l’équilibre serein de son existence : Gandalf a présenté Bilbo comme un habile Cambrioleur, capable d’aider les guerriers nains à mettre la main sur leur trésor volé par le dragon Smaug, au cœur de la Montagne Solitaire. Et voilà le hobbit sur les routes en compagnie de cette troupe haute en couleurs. Il leur faudra traverser des lieux terribles et franchir des obstacles en apparence insurmontables. Pourtant, le désir d’aventures du petit hobbit est bel et bien là : il découvrira le pays des elfes et la vieille forêt, il sortira des griffes des trolls et des gobelins, il rencontrera les rois des hommes et l’étrange seigneur ours Beorn en qui l’on reconnaît l’influence de Beowulf, il dérobera à Gollum un mystérieux anneau qui lui sauvera la vie et déclenchera bien des péripéties…

« Ce son enfla à tel point qu’il devint impossible de ne pas reconnaître le gargouillis caractéristique d’un gigantesque animal en train de ronfler dans son sommeil, là-bas dans cette lueur rouge devant lui.

C’est alors que Bilbo s’arrêta. Continuer d’avancer, faire un pas de plus dans ce tunnel est la chose la plus brave qu’il ait jamais faite. Les événements extraordinaires qui suivirent ne représentent rien, comparativement. La vraie bataille, il l’a livrée seul, à cet endroit, avant même de poser les yeux sur le formidable danger qui l’attendait ».

Le Hobbit est un récit palpitant et enlevé qui ne pourra que séduire les lecteurs quel que soit leur âge, s’ils aiment à rêver de mondes merveilleux et de hauts faits, s’ils aiment à croire que même l’être le plus fragile possède des qualités propres à faire de lui un être d’exception au service de ses amis et d’une juste cause.

 

Parmi les nombreuses rééditions du roman cette année, celle des éditions Christian Bourgois se démarque par des atouts de taille : un format grimoire, épais et lourd à souhait, une superbe traduction de Daniel Lauzon et surtout, les illustrations sombres et saisissantes d’Alan Lee qui règne en maître absolu sur l’illustration féérique ; ayant déjà donné vie aux autres œuvres de Tolkien. Il faut également rappeler le bréviaire de la mythologie anglo-saxonne, Faeries, qu’il a réalisé en collaboration avec Brian Froud, ouvrage qui devrait siéger en bonne place dans toute bibliothèque de passionné d’heroï-fantaisy aux côtés du Hobbit. Pour les fans les plus érudits, une édition annotée est également proposée chez le même éditeur.

 

Myriam Bendhif-Syllas


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A propos de l'écrivain

J. R. R. Tolkien

 

J. R. R. Tolkien est né en 1892 à Bloemfontein dans l'état libre d'Orange de l'Afrique du Sud et a vécu en Angleterre où il fut universitaire à Oxford. Son extraordinaire œuvre de fiction : Bilbo le Hobbit (1937), Le Seigneur des Anneaux (1954-1955), Le Silmarillion (1977)… lui a apporté une reconnaissance internationale.

 

Alan Lee est illustrateur, peintre, écrivain et concepteur visuel. Il est devenu l’un des spécialistes de l’illustration de romans féériques, ainsi que de l’œuvre de Tolkien. Il a d’ailleurs collaboré avec Peter Jackson à la préparation du film Le Seigneur des Anneaux.

 

 


A propos du rédacteur

Myriam Bendhif-Syllas

 

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Rédactrice

Responsable de la section "littérature jeunesse"

Domaines de prédilection : littérature jeunesse, littérature francophone, documentaires.

Genres : récits, documentaires et albums jeunesse, BD, romans sur l'enfance et l'adolescence, la marginalité.

Maisons d'édition les plus fréquentes : Talents Hauts, Seuil Jeunesse, Sarbacane, Gulfstream, La Boîte à Bulles... Seuil.