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Le Dernier amour du Lieutenant Petrescu, Vladimir Lortchenkov

Ecrit par Marc Ossorguine 20.06.18 dans La Une Livres, Agullo Editions, Les Livres, Critiques, Russie, Roman

Le Dernier amour du Lieutenant Petrescu, trad. russe (Moldavie) Raphaëlle Pache, 321 pages, 21,50 €

Ecrivain(s): Vladimir Lortchenkov Edition: Agullo Editions

Le Dernier amour du Lieutenant Petrescu, Vladimir Lortchenkov

 

Cela se passe en Moldavie dans la capitale Chisinau, plus précisément… et j’imagine déjà quelques lecteurs de cette chronique en train de commencer à sourire en se souvenant des planches d’Hergé et du Sceptre d’Ottokar. N’empêche que la Moldavie existe bel et bien et si l’on sait y faire preuve d’humour, ce n’est pas pour autant que les réalités de cette ex-république soviétique, aujourd’hui coincée entre la Roumanie et l’Ukraine, prêtent franchement à sourire ou à rire. L’humour y est donc plus qu’opportun ou nécessaire : vital.

C’est que la Moldavie a hérité de l’Union soviétique un goût très prononcé pour les services secrets et des fonctionnaires zélés, ou presque, entendent bien assumer l’héritage des Tchéka, GPU, NKVD et KGB. Le lieutenant Petrescu, le lieutenant Sergueï Konstantinovitch Petrescu, son prénom russe et son nom roumain, n’a en principe rien à voir avec les services secrets du SIS. En principe. Il n’est qu’un simple policier qui retrouve des télés volées. En principe. Car il suffit de peu de choses pour que les agents désœuvrés du SIS s’intéressent à quelqu’un, surtout si cela peut faire avancer leur carrière.

Et justement,

il y a pas loin de là, juste en face des locaux accueillant du SIS, un kiosque où des immigrés font des chawarmas (une variante du kebab) dans un pays où personne ne connaît rien aux chawarmas. Ils sont plusieurs à tenir le petit commerce. Plusieurs dont un grand Afghan efflanqué et imperturbable auquel les autres semblent obéir. Jusque-là, rien de problématique. Sauf que… Sauf que l’Afghan se prénomme Oussama. Oussama. Comme l’autre. Celui que pourchassaient en ce temps toutes les forces, secrètes ou pas, des Etats-Unis. Et en plus il lui ressemble ! Il n’en faut pas plus pour que certains soient convaincus qu’il est le vrai Oussama, Oussama Ben Laden, et que dans sa grande sagesse et ruse, en guerrier aguerri, il est allé se cacher là où personne jamais ne songera à le chercher… dans un kiosque à chawarmas à Chisinau, Moldavie.

Il n’en faut pas plus, tellement c’est énorme, pour mettre le SIS sur les dents. Aussitôt la surveillance est organisée. Celle du stand et de ses clients dont un certain lieutenant Petrescu. Le machiavélisme des espions va vite se prendre le pieds dans les ambitions et les maladresses, les incompétences. John le Carré est bien loin, sans parler de Ian Fleming !

Tout s’embrouille rapidement et devient une grande farce. Mais une farce qui reste toujours dangereuse pour ceux qui y sont embarqués sans même le savoir. Quant au dernier amour du lieutenant Petrescu, vous risquez bien de ne jamais en entendre parler. Ou peut-être que si. Allez savoir. Tout devient imprévisible quand la volonté de bien faire et surtout de bien se faire voir s’empare de certains. Dites-vous bien qu’il n’y a qu’un pas à faire, ou que quelques pages à lire pour que Ben Laden et le lieutenant Petrescu aient à s’inquiéter de l’ivresse de Noë et de l’histoire de son arche. Mais attention, Andreï Kourkov (Le Pingouin, Le Concert posthume de Jimi Hendrix…) nous le rappelle dans sa préface : nous avons affaire au SIS, c’est à dire ces services secrets moldaves avec lesquels on ne plaisante pas.

 

Marc Ossorguine

 


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A propos de l'écrivain

Vladimir Lortchenkov

 

Vladimir Lortchenkov est né en 1979 à Chisinau. Fils d’un officier de l’armée soviétique, il a sillonné durant son enfance l’URSS et ses pays satellites. Ecrivain et journaliste, il a été sélectionné en 2014 pour le Prix Médicis Étranger pour Des mille et une façons de quitter la Moldavie. Il vit avec sa femme et leurs deux enfants à Montréal (présentation de l’auteur par l’éditeur).

 

A propos du rédacteur

Marc Ossorguine

 

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Rédacteur

Domaines de prédilection : littérature espagnole (et hispanophone, notamment Argentine) et catalane, littératures d'Europe centrale (surtout tchèque et hongroise), Suisse, littératures caraïbéennes, littératures scandinaves et parfois extrême orient (Japon, Corée, Chine) - en général les littératures non-francophone (avec exception pour la Suisse)

Genres et/ou formes : roman, poésie, théâtre, nouvelles, noir et polar... et les inclassables!

Maisons d'édition plus particulièrement suivies : La Contre Allée, Quidam, Métailié, Agone, L'Age d'homme, Zulma, Viviane Hamy - dans l'ensemble, très curieux du travail des "petits" éditeurs

 

Né la même année que la Ve République, et impliqué depuis plus de vingt ans dans le travail social et la formation, j'écris assez régulièrement pour des revues professionnelles mais je n'ai jamais renié mes passions premières, la musique (classique et jazz surtout) et les livres et la langue, les langues. Les livres envahissent ma maison chaque jour un peu plus et le monde entier y est bienvenu, que ce soit sous la forme de romans, de poésies, de théâtre, d'essais, de BD… traduits ou en V.O., en français, en anglais, en espagnol ou en catalan… Mon plaisir depuis quelques temps, est de les partager au travers de blogs et de groupes de lecture.

Blog : filsdelectures.fr