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Le Ciel identique, Stéphane Blok

Ecrit par Valérie Debieux 20.06.14 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Campiche

Le Ciel identique, mars 2014, 125 pages, 15 €

Ecrivain(s): Stéphane Blok Edition: Campiche

Le Ciel identique, Stéphane Blok

 

« C’est étrange de ne pas penser à ce que l’on fait ».

Tous les jours sont différents. Et pourtant. Tous les jours, on a des gestes, une façon de vivre, que l’on enregistre, que l’on ne pense plus et que l’on produit machinalement ou reproduit mécaniquement :

« Je ne pense en fait pas (ou très rarement) aux actions que j’effectue. Est-ce que cela change quelque chose de penser ou non aux actions que j’effectue ? (…) A tel point que je doute de me rendre réellement compte de la présence des autres autour de moi quand nous sommes à plusieurs. (…) Je ne vois pas vraiment ce que je vois, ni n’entends ce que j’entends. (…) … mû par mes plus anciens instincts – attention la voiture, la plaque est brûlante, la fille est désirable ».

Toutes ces petites choses, cumulées les unes aux autres, font de nous des « automates ». L’être humain vit sous un « ciel identique » : chacun d’entre nous se brosse les dents, remplit ses poubelles, éteint les plaques, allume son ordinateur, vérifie mille trucs avant de quitter son appartement, surtout avant un départ ou un voyage. Tics et tocs : « Ne surtout pas oublier la poubelle, le chargeur, le cash, les clefs, les cartes de crédit, le passeport ».

« Aimer se perdre », arracher les trèfles dans le gazon, se laisser envahir par la sensation du départ qui précède les longs voyages. Et puis. Toutes ces pensées urbaines qui effleurent l’esprit au milieu du bruit que l’on n’entend plus :

« Me suis-je déjà arrêtée ainsi ?

Elle continue sa route.

 

Pour ne rien faire ?

Profiter

 

Ces gens ont bien raison

De s’asseoir dès le matin, dehors

 

Dans la rue

 

Pourquoi pas moi ?

Un matin, je m’arrêterai

 

Sur un banc

C’est égal, mais sans l’avoir prévu

 

Sinon ça ne marchera pas

 

Pourquoi ?

Parce qu’il ne faut pas trop réfléchir.

 

Elle traverse la station des trolleybus et s’engage sur un grand pont reliant l’autre côté de la ville.

 

L’horizon s’ouvre à l’ouest.

 

(…) lundi n’est pas lundi, chaque jour est différent

 

les heures n’existent pas, elles ne sont qu’un calcul.

(…)

Quelle fâcheuse manie de considérer le jour comme instant actif – éveillé – et le sommeil comme instant passif ; confondre l’inactivité et le repos du corps.

(…)

Comme si en permanence, un tiers du temps, un tiers du monde ne faisait rien, comme si rien faire était ne rien être. Voilà quelque chose d’impossible.

(…)

Les rêves subis, imposés. J’imagine que nous ne subissons pas nos rêves.

(…)

On habite nos rêves comme on habite ailleurs, voyageant durant le repos, conversant en silence avec d’autres endormis.

(…)

 

Les songes sont une prière que l’on s’adresse à soi-même.

 

Le quotidien est silencieux quand on vit seul

Le voisin du dessus écoute les informations

(…)

Mon voisin rêve

Le tortionnaire rêve de douceur

L’innocent rêve qu’il a tué

(…)

Est-ce que les intuitions sont de la même teneur que les rêves ? (…) J’ai rêvé de ce que je ne connaissais pas encore.

(…)

Le deuil est un souffle qui traverse la foule comme le vent d’été couche les herbes hautes et les blés dans les champs ».

 

Stéphane Blok, musicien de rue à ses débuts, riche de son expérience, chante la vie, entre volupté et angoisse et va à l’essentiel : « C’est ainsi : un soir puis un matin ».

 

Le miroir de la vie, son souffle, son intuition et ses rêves ou encore l’envie de vivre la vie d’un autre alors que nous vivons tous sous « un ciel identique »…

 

Tout simplement délicieux et à découvrir…

 

Je peux tout écrire, je peux tout effacer

Faire venir le monde au point de non-retour

Au bord d’un précipice

L’obliger silencieux à contempler un jour sombre se lever

Un jour sombre comme il en a rarement été

 

Valérie Debieux

 


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A propos de l'écrivain

Stéphane Blok

 

Stéphane Blok est né le 10 juillet 1971 à Lausanne. Tout d’abord autodidacte et musicien de rue, il suit durant quatre ans des études à l’École de jazz et musiques actuelles de Lausanne. Il écrit plusieurs albums de chansons et signe en 1997 un contrat d’artiste auprès du label parisien « Boucherie Productions ». Poète et musicien, il écrit et compose pour le théâtre, la danse et le cinéma, réalise des installations multimédias et est également auteur de textes pour les chœurs traditionnels et folkloriques de sa région. Après Les Illusions en 2012, Le Ciel identique est sa deuxième publication chez Bernard Campiche Editeur.

 

A propos du rédacteur

Valérie Debieux

 

 

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Valérie Debieux a été Directrice adjointe, rédactrice et responsable de la communication sur les réseaux sociaux (septembre 2011-juillet 2014)

Rédactrice et responsable du secteur littérature suisse

Ecrivain et traductrice littéraire née en Suisse en 1970

Membre de l’Association des Amis de Jean Giono: http://www.jeangiono.org/


Le site de Valérie Debieux :

www.lagalerielitteraire.com