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Le chou, la bibliothèque et le cerveau, par Thomas Besch-Kramer

Ecrit par Thomas Besch-Kramer 05.07.18 dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

Le chou, la bibliothèque et le cerveau, par Thomas Besch-Kramer

 

Voilà, j’ai porté le papier toilette dans les coins d’aisance et récuré les bassins malpropres. Je me lave les mains et me prépare à écrire, car écrire est un art…

Dans le bac à légumes, chez maman, il y a un chou. Un demi-chou blanc et vert pâle. Maman me dit que les rainures, les « nervures » et les feuilles de chou ressemblent à un cerveau. Elle me dit qu’il faut ébouillanter le chou, enlever le cœur – le chou a un cœur donc, comme le bois a une âme – et le préparer lentement : mijotée avec des lardons… Hum, c’est bon, c’est pour le repas de demain !

Comme pour les rainures trop dures, vieillies et indigestes, la bibliothèque désherbe chaque année les livres inusités. La bibliothèque reste digeste, ses rayonnages et registres sont appétissants. Dans le pays d’où je viens – La Louisiane – les bibliothèques universitaires classent les livres « Littérature française » à la cote « PQ »… « Quoi ! » m’insurgeai-je en monologue intérieur, « les livres de Balzac et de Hugo sont ramenés au rang de papier toilette ! » Essayez de faire bouillir un Père Goriot ou La légende des Siècles ou Le promontoire des songes pour les rendre « digestes » ! Vous ferez chou blanc…

Par contre, j’aime bien l’image de maman – jardinière, cuisinière, paysanne, ménagère et fonctionnaire – qui me dit que le cerveau ressemble à un chou. Les feuilles plissées s’enroulent autour de son cœur, son âme, en un fin mille-feuilletage. Les nervures, les nerfs, irriguent l’ensemble comme les fines synapses invisibles. L’on imagine des registres de mots et d’images enregistrés dans ses feuilles complexes, fractales. Et fragile : un demi chou, comme un cerveau coupé en deux – le cerveau droit des artistes, le cerveau gauche des logiciens. J’ai pour ma part un cerveau lent… cerf-volant de mon enfance…

Et je repense au conte enfantin : « les garçons naissent dans les choux, les fillettes naissent dans les roses ». L’amoureux dit « mon chou » à son amoureuse et l’amoureuse dit « mon cœur » à son enfant. Les feuilles de chou sont des enregistrements de la croissance de la plante comestible ; parvenues à maturités, ces feuilles se dégustent comme un bon roman, un bon polar, une bonne feuille… de papier écrit !

Essayez de faire bouillir votre feuille d’impôt pour la rendre plus « digeste »… L’homme à tête de chou – le trésorier-payeur-général – ne vous en sera pas gré mais, tout plus, pourriez-vous payer un pot à votre receveur-percepteur et vous acquitter de vos taxes, heureux jardinier d’en bas, dans la vallée !

 

Thomas Besch-Kramer

 


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A propos du rédacteur

Thomas Besch-Kramer

 

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Lauréat du Conseil International d'Etudes Francophones (Ottawa, 2005), je ne cesse d'interroger l'art, les sciences et les religions sur les questions du bien, du mal. J'ai fréquenté les cieux avec l'aviation et les langues avec l'enseignement.