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Langue française et poésie, Robert Notenboom

Ecrit par Valérie Debieux 25.04.12 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Poésie, Essais, Le puits de Roulle

Langue française et poésie, 2012, 102 p. 10 €

Ecrivain(s): Robert Notenboom Edition: Le puits de Roulle

Langue française et poésie, Robert Notenboom

 

Robert Notenboom a donné une conférence au SIEL de Paris le 27 novembre 2011. Le verbatim de celle-ci figure en première partie de son ouvrage et le rappel des règles de la prosodie classique constitue la seconde.

L’auteur n’a, selon ses propos, pas hérité de la langue française, il a dû la conquérir, ce qui explique, sans doute, le profond attachement qu’il lui porte. Dans cet essai, il dépeint la langue de Molière, son histoire, sa nature, son vocabulaire, son orthographe, sa richesse vocalique, son rythme, son statut actuel entre « classicisme rassurant et verlibrisme délirant ». Il présente, avec bonheur et un souci marqué du détail, la langue française sous toutes ses facettes. Un peu à l’image d’un artisan travaillant la matière. Sa démarche, il l’explique en quelques lignes : « De même qu’un maçon doit connaître le sable et la chaux, ainsi que le maniement de la truelle, un ébéniste doit distinguer les différents bois, en connaître la dureté et la densité, maîtriser l’usage de la gouge et du maillet ; de même le poète doit-il connaître la langue qu’il a choisi de servir, être à l’aise avec sa grammaire, sa syntaxe et ce que l’on nomme communément la prosodie, à laquelle je préfèrerais donner le nom de rythmique ».

Le poète se doit ainsi d’être en osmose avec la langue qu’il pratique ; il se doit d’en connaître les règles et les usages tout en s’accordant certaines libertés en s’affranchissant consciemment des canons de la grammaire. Faut-il plutôt écrire en vers classique, en prose poétique ou en vers libre moderne ? « Fais ce que veux » aurait répondu Rabelais. « Fais comme il te vient », dit Robert Notenboom, qui revendique « […] une certaine audace, tant en matière grammaticale que lexicale ».

Afin d’imager au mieux la teneur de ses propos, Robert Notenboom recourt à l’usage des comparatifs. Aussi se réfère-t-il notamment à la musique : « Nous avons tout intérêt à tenir compte dans la musique de la phrase de ces durées. Elles lui sont ce que sont les blanches et les noires en musique alors que l’accent d’intensité, lui, bat la mesure. Il n’est pas indifférent que dans cette longue méditation qu’est le “Cimetière marin”, la plupart des rimes féminines soient des longues. Même à l’intérieur des vers, Paul Valéry semble avoir préféré les syllabes les plus longues ».

 

Temple du Temps, qu’un seul soupir résume,

À ce point pur je monte et m’accoutume,

Tout entouré de mon regard marin ;

Et comme aux dieux mon offrande suprême,

La scintillation sereine sème

Sur l’altitude un dédain souverain.

 

Robert Notenboom nous montre que la poésie est de la « musique avant tout » : « une musique moins éclatante que la grande musique, une musique discrète, subtile, ridicule quand elle se laisse aller à de grandes envolées pour lesquelles elle n’est pas faite, mais d’autant plus belle qu’elle accepte dans sa modestie, toute harmonie, comme un bateau bien chevillé prêt à prendre la mer ».

Avec son sens de l’image, sa pratique de l’ellipse, il aborde la difficulté rencontrée par le poète, en charge d’exprimer une réalité dans sa globalité, de composer à l’aide des mots, le plus juste reflet de celle-ci.

Robert Notenboom, en orfèvre du mot, pratique l’économie du verbe, tout comme le préconisait Jean Prouvé qui disait, en substance, que tout ce qui n’est pas indispensable est de trop, de même qu’en musique, le musicien « n’ajoutera pas de notes aux notes et ne compliquera pas ses accords dans l’intention d’orner, de rendre son œuvre plus plaisante ».

Cet ouvrage est une remarquable étude de la poésie au travers des siècles.

 

Valérie Debieux


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A propos de l'écrivain

Robert Notenboom

Né en 1931, Né d'une mère allemande et d'un père néerlandais à Paris entre deux guerres, Robert Notenboom a connu une vie mouvementée pendant laquelle il a toujours écrit. Cependant, ce n’est qu’après avoir traversé les souffrances d’une grave maladie qu’il a dévoilé son talent en publiant ses premiers recueils « Du silence à l’éveil » (2009) et « Il n’y a pas d’hiver » (2010).

 

A propos du rédacteur

Valérie Debieux

 

 

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Valérie Debieux a été Directrice adjointe, rédactrice et responsable de la communication sur les réseaux sociaux (septembre 2011-juillet 2014)

Rédactrice et responsable du secteur littérature suisse

Ecrivain et traductrice littéraire née en Suisse en 1970

Membre de l’Association des Amis de Jean Giono: http://www.jeangiono.org/


Le site de Valérie Debieux :

www.lagalerielitteraire.com