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Labyrinthe des nuits, Marilyne Bertoncini

Ecrit par Chantal Dupuy-Dunier 27.04.15 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Recours au poème Editeur

Labyrinthe des nuits, mars 2015, 30 pages, 5 € (à télécharger en ligne)

Ecrivain(s): Marilyne Bertoncini Edition: Recours au poème Editeur

Labyrinthe des nuits, Marilyne Bertoncini

 

Marilyne Bertoncini est fascinée par la mythologie. Pour elle, « les mythes deviennent les souvenirs ». Orphée, le Minotaure, Leyla… À travers l’exploration du labyrinthe, c’est le sens de la vie qui est recherché, parcours initiatique et bien sûr dangereux, l’interrogation devant la mort qui est posée. Nous ne sommes pas étonnés de retrouver ici la figure hautement signifiante et symbolique du labyrinthe. Le blog de l’auteur se nomme minotaura, on peut y rencontrer Isis, à la recherche des fragments d’Osiris, son époux mort.

Dans un premier recueil, où l’exubérance des fleurs, des oiseaux et l’explosion de couleurs évoquent les enluminures arabes, et où les jardins ouvriers de l’enfance deviennent les dessins d’un tapis persan, Marilyne s’appuie sur l’histoire de Leyla et du jeune poète qui devint « Majnoun », le « fou d’amour ». Amour impossible qui conduira le jeune homme à répéter sans cesse le nom de sa bien-aimée, chant en boucle, « dans l’enfer de sa solitude… / le labyrinthe de sa tête », comme le Minotaure au centre de son dédale, Minotaure, monstrueux mais néanmoins fruit de l’amour de Pasiphaé et d’un puissant taureau. Avec une autre histoire d’amour, celle de Thésée et d’Ariane, pourvoyeuse du fil salvateur, qui pourrait bien être celui de l’écriture poétique. « Cherche… l’élément secret / que sinueusement trace / la lettre… / à travers ses détours ». Écriture solaire à l’image de la roue, figurée par le labyrinthe.

Leyla-Lilas… Cela pourrait sembler simple et bucolique.

Mais : « J’ai vu tes yeux, Leyla, dans l’ombre du volet / Tandis que s’enroulait la voix des tourterelles / Dans le matin couleur de leur plumage rose. / La voix qui me torture est semblable à la tienne ». Quatre très beaux alexandrins, le recueil en contient beaucoup d’autres. « Rien de toi, ici, ce matin n’est resté ».

L’est là pour : L’est pas là ? Plus là… Car ce labyrinthe est celui des nuits, accompagnées de nuages, celui de « l’outre-monde » où nous conduit, sans aucun fil pour pouvoir en sortir, notre humaine condition. Marilyne Bertoncini cite les fameuses paroles du corbeau d’Edgar Poe « Never more » avant d’enchaîner sur « Où vont les souvenirs des morts, / la cendre de leurs pensées ? »

« Est-il plus scandaleuse absence que la tienne ? » dans le « labyrinthe secret où se perd la mémoire en quête de soi-même ».

Ce recueil, livre où l’amour et la mort mêlent leurs voix, se clôt sur ces vers d’une beauté terrible : « Et couronnée d’étoiles crépitantes / moqueuse la mort t’entraîne / sur la courbe du monde », suivis de ces deux mots en italien « Recapito… / impossibile ».

 

Chantal Dupuy-Dunier

 

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A propos de l'écrivain

Marilyne Bertoncini

 

Née dans les Flandres, Marilyne Bertoncini vit entre Nice et Parme,  manière pour elle d'habiter les marges. Docteur en Littérature et spécialiste de Jean Giono dans une autre vie, elle est l'auteure de nombreuses critiques littéraires et d'articles sur la pratique pédagogique. Après avoir enseigné la littérature, le théâtre et la poésie, elle  se consacre désormais à sa passion pour l'art, le langage et la photo, collaborant avec des artistes plasticiennes et traduisant des poètes du monde entier. Ses traductions, ses articles,  photos et  poèmes (également traduits en anglais et en bengali) paraissent dans des revues françaises et internationales, dont La Traductière, Recours au Poème, Autre Sud, Subprimal, Cordite, The Wolf... et sur son blog où dialoguent textes et photos en cours d'élaboration : http://minotaura.unblog.fr.

Sa traduction, Tony's Blues de Barry Wallenstein, et son premier recueil, Labyrinthe des Nuits, sont parus chez Recours au Poème éditeurs . A paraître en 2015, l'édition des poèmes de Martin Harrison, et de Ming Di.

Rédactrice de la Cause Littéraire

A propos du rédacteur

Chantal Dupuy-Dunier

 

Chantal Dupuy-Dunier, née en 1949 en Arles, est poète. Elle vit à Clermont-Ferrand où elle a travaillé comme psychologue. Elle crée des spectacles et a publié une vingtaine de livres dont Initiales (Voix d’encre 1999, Prix Artaud 2000) ; Creusement de Cronce (Voix d’encre 2007) ; Où qu’on va après ? (L’Idée Bleue / Cadex 2008) ; Éphéméride (Flammarion 2009) ; Celle (L’Arbre à paroles 2012) ; Mille grues de papier (Flammarion 2013) ; Des villes, parfois… (Henry 2014).