Identification

La Vieille maison, Oscar Peer

Ecrit par David Campisi 09.09.14 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman

La Vieille maison, Traduit du romanche par Walter Rosselli, Ed. Plaisir de Lire, novembre 2013, 176 pages, 17,50 €

Ecrivain(s): Oscar Peer

La Vieille maison, Oscar Peer

C’est un monde où règnent les silences et les non-dits ; une vallée campagnarde du siècle dernier, avalée par les montagnes suisses. Une communauté paysanne comme on en trouve encore au cœur des régions les plus reculées, où le monde est tenu à l’écart par la géologie sévère et les hommes durs et froids, aux regards comme des couteaux.

Le cadre est très rapidement posé. Chasper vient de perdre son père et hérite de la vieille maison, séculaire héritage des temps passés. Et puis, avec la maison, il hérite aussi des dettes énormes qui deviennent son fardeau monumental. Il doit rembourser beaucoup et il doit rembourser vite. Commence dès lors une chasse au trésor ; dans ce royaume du silence isolé de tout, Chasper part en quête de richesses pour honorer les dettes du défunt.

La Vieille maison est une récit intime, mettant en scène des personnages forts dans un milieu intraitable. Bientôt, Chasper sera le paria de la communauté, mis à l’écart par le maire et ses sbires, et d’autres – ses amis – lui tourneront le dos. La narration est centrée sur les visages ; de gros plans en plans rapprochés, nous ressentons tout des individus et de leurs commérages. Le village bruisse bientôt de ragots qui seront comme autant de poisons. Il va pourrir de ses propres silences.

Loin de tout, Chasper devra redoubler d’imagination pour trouver l’argent qu’il doit. De lointains cousins qu’il cherchera à contacter aux vieilles marâtres indolentes qui refuseront de l’aider, il sera seul face à tous, face à lui-même, face au monde. Dans une vallée qui sent la forêt et la tourbe, abandonné par les siens, c’est le sort de la vieille maison qui va bientôt lui échapper, au détour d’un soir de fête et d’ivresse.

Récit puissant et intimiste dans son fond, c’est la forme qui constitue la plus grande force de ce roman admirablement écrit et traduit. Les phrases – courtes, brèves, concises – découpent les silences et mettent en exergue les tensions violentes qui existent au sein de la petite communauté. Les phrases tombent comme autant de sentences inéluctables, et on ne sait pas ce qui résonne le plus dans la vallée, entre les pesants non-dits et les phrases de peu de mots qui suffisent à exprimer l’essentiel.

L’écume du langage laissera parfois place à la vibration des poings sur les visages anguleux, tandis qu’au bistrot du coin les regards se feront de plus en plus lourds. Le destin de la maison ne cessera de balancer : une ancienne maison de pierre, enracinée dans la vallée depuis plus de deux cents ans, liée à la famille de Chasper. Lui échappera-t-elle totalement ?

Au-dessus d’elle tournoient déjà quelques charognards dans l’attente du cadavre. Oscar Peer livre ici l’intimité des petites gens qui vivent de peu, dans la grisante odeur des forêts et des montagnes. Un petit régal de littérature.

 

David Campisi

 


  • Vu : 2208

Réseaux Sociaux

A propos de l'écrivain

Oscar Peer

 

Oscar Peer (1928-2013) est né à Lavin, en basse Engadine, de parents paysans. Attaché à ses origines grisonnes, il est l’auteur d’un dictionnaire romanche-allemand. Il a reçu de nombreux prix et ses romans ont été traduits en plusieurs langues. Les Éditions Zoé ont publié Coupe sombre (1999), La rumeur du fleuve (2001) et Éva (2004).

 

A propos du rédacteur

David Campisi

 

Lire tous les articles de David Campisi

 

David Campisi : vit en Suisse,

Passionné de marketing, de littérature, de philosophie et de politique.